La Tribune

Le pianiste Stefano Bollani enflamme la salle Pleyel

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Par Laura Fort  |   -  527  mots
Une salle Pleyel qui n'avait pas mis Gershwin au programme depuis de nombreuses années et un pianiste Stefano Bollani en grande forme. Il n'en fallait pas plus pour que la salle comble batte le rappel pendant près d'une heure après le concert.

Quatre rappels : c?est un fait assez rare à Pleyel pour être mentionné. Venu interpréter Gershwin, le pianiste Stefano Bollani a transporté l?auditoire mercredi 29 février. L?orchestre de Paris a fait salle comble, attirant les amateurs de Gershwin qui n?en avait pas entendu une note à Pleyel depuis de nombreuses années. Et qui sont du coup venus gonfler les rangs des habitués de la salle, d?ordinaire plutôt difficiles à bousculer. Mais le jazzman italien à la chevelure rebelle aura eu raison des académismes.

L?incontournable "Rhapsody in Blue"
Avec la complicité du chef d?orchestre Riccardo Chailly, Bollani a donné à entendre (et à voir !) un Gershwin tour à tour enlevé, torturé, hypnotique et enjoué.
Le "Catfish Row" issu de l?opéra "Porgy & Bess" était interprété pour la toute première fois par l?orchestre de Paris. Banjo et percussions s?en sont donnés à c?ur joie dans le deuxième mouvement de cette suite symphonique, entraînant les spectateurs dans les plaines du Grand Ouest américain.
L?incontournable "Rhapsody in Blue", jouée dans sa version pour piano et jazz band et que l?orchestre de Paris n?avait pas interprété depuis 1983, a ravi les connaisseurs. Et les acclamations ont fusé. Si bien que dès l?entracte, le disque de Stefano Bollani, enregistré en 2011 avec Riccardo Chailly et l?orchestre du Gewandhaus, est parti comme des petits pains au comptoir de vente de la salle?

"Wood-block" et archets
Composé en 1925, le concerto pour piano en fa majeur, n?a été mis au programme de l?orchestre qu?une seule fois en 1976.
Dans le premier mouvement, le "wood-block" (grosses claves rectangulaires) vient donner du relief au piano, avant qu?une tempête d?archets ne s?abatte sur les contrebasses. Plein d?humour, le pianiste pardonnera aux spectateurs transportés (ou dilettantes) leurs applaudissements à la fin de ce premier mouvement du concerto.
Dans l?adagio, l?inévitable Roland Daugareil, premier violon de l?orchestre, s?illustre à plusieurs reprises dans des solos remarqués. Stefano Bollani, habité, ponctue les envolées des violons et des vents de touches fragiles, oniriques et envoûtantes, ces "blue notes" propres à Gershwin.
Plus musclé, le dernier mouvement, allegro agitato, est l?occasion pour Bollani de montrer toute l?étendue de son talent dans un jeu nerveux, mordant, à la virtuosité captivante.

Un pianiste taquin
Rares aussi furent les départs de spectateurs sitôt la baguette du chef d?orchestre baissée. Et grand bien leur en a pris : Bollani a offert quatre rappels à une salle euphorique, alternant les ambiances et les techniques : tantôt piano-bar, virtuose ou dans l?improvisation avec la salle sur des mélodies jazzy et déjantées. Après un premier rappel enjoué avec l?orchestre sur le "Rialto Ripples Rag" de Gershwin, le pianiste taquin fait plusieurs fois mine de revenir s?asseoir au piano pour repartir aussitôt, déclenchant les rires des spectateurs. Puis enchaîne, à peine assis sur son tabouret, "Mapple Leaf Rag" de Scott Joplin et deux improvisations à partir de "The man I love" et "I got rhythm", deux "songs" de Gershwin.

 

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