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Corot, à l'aube de la modernité

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Le Musée des Beaux-arts de Reims s'est associé au Louvre pour mettre en lumière l'influence de Corot sur les artistes de l'ère moderne.

Corot portrait

"Il étonne lentement, il enchante peu à peu", disait de lui Baudelaire. Jean-Baptiste Camille Corot ne fait pas partie de ces artistes qui cherchaient la rupture à tout prix. Lui qui a peint de 26 ans jusqu’à sa mort, 53 ans plus tard, en 1875, a bien révolutionné l’histoire de l’art. Mais il l’a fait sans bruit. C’est ce bouleversement silencieux qu’éclaire le Musée des Beaux-arts de Reims avec l’exposition "De Corot à l’art moderne". Associé au Louvre, il met en perspective 31 œuvres du maître avec 42 autres signées de ses successeurs, impressionnistes en tête.

Le parcours thématique - campagnes, cadrages, reflets, muses… - nous fait mieux comprendre pourquoi le peintre est souvent présenté comme "le dernier des classiques et le premier des modernes". "Corot a joué un rôle de passeur, explique Vincent Pomarède, commissaire de l'exposition et directeur du département des peintures du Louvre. Il a su régénérer la tradition classique à travers un travail de synthèse et une vision déjà sentimentale de la nature qu’il a transmis aux générations suivantes."

La scénographie simple (une toile de Corot accrochée à côté d’une autre d’un de ses héritiers) offre une approche comparative didactique permettant de bien saisir les différents apports du maître. Avec sa "Paysanne en forêt de Fontainebleau" par exemple, Corot joue sur les aplats de peinture et ressert sa gamme de couleurs. Exactement comme le fera quelques années plus tard - mais cette fois sans s’embarrasser d’un quelconque réalisme - Cézanne avec ses "Rochers et branches à Bibérus".

De la même façon, aux reflets de "L’étang de la ville d’Avray" répondent ceux encore plus diffus et vaporeux du "Parlement de Londres" de Monet ou du "Petit pont" de Renoir. Plus loin, c’est la composition de "L’étang à l’arbre penché" qui se pose comme modèle aux "Saules suspendus" de Mondrian. Des réminiscences de son travail se retrouvent même encore plus tard, dans les poses lascives de certaines figures féminines qui inspirent aussi bien Matisse que Braque.

Corot voyageait sans cesse. Dehors, il emmagasinait impressions et souvenirs. Mais c’est une fois en atelier, dans son travail de réinterprétation, qu’il innovait. Fin mélomane, grand amateur d’opéra, il cherchait à peindre comme on joue de la musique. C’est ce qui lui vaudra l’admiration des plus grands. En particulier Monet pour qui il n’existait qu’un seul maître : Corot. "Nous ne sommes rien en comparaison, disait-il. Rien."

 

 

"De Corot à l’art moderne", jusqu’au 24 mai au Musée des Beaux-arts de Reims. Renseignements : www.ville-reims.fr et 03.26.35.36.00.
Catalogue "Souvenirs et variations : de Corot à l’art moderne", Editions Hazan, 216 pages, 39 euros.

 

Olivier Le Floc'h

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