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Matisse, une passion commune

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Artistes américains et français ont fait de Matisse un modèle. Sans pour autant être sous influence, comme le raconte une belle exposition présentée au Cateau-Cambrésis.

Matisse

"Henri Matisse est-il le plus grand ?" Aujourd'hui, nul ne se poserait la question. Mais, en 1948, aux Etats-Unis, on s'interrogeait. Il est vrai que déferlait alors sur l'Amérique un mouvement sur le point de balayer l'art moderne : l'expressionnisme abstrait. Au même moment, de ce côté-ci de l'Atlantique, Matisse n'a pas la cote. On trouve sa figuration un peu traditionnelle, décorative. Quant à ses découpages de gouaches, on y voit comme un manque d'inspiration. Voire une sénilité artistique.

Reste qu'une poignée de jeunes artistes américains nommés Pollock, Rothko ou Newman regardent Matisse d'un œil beaucoup plus pertinent que les Français, comme le raconte une belle exposition, présentée au musée du Cateau-Cambrésis, la ville natale de Matisse. Conçue par Eric de Chassey, historien d'art, et Emilie Ovaere, conservateur, l'exposition "Ils ont regardé Matisse" rassemble plus d'une cinquantaine de toiles réalisées par des artistes d'hier et d'aujourd'hui présentées en face à face avec celles du maître.

Tout est parti d'un tableau de Matisse "Porte-fenêtre à Collioure" (1914) dans lequel on ne peut voir que trois panneaux de couleurs, noirs et gris. Tableau qui renvoie directement à Barnett Newman comme si les deux œuvres avaient été peintes en même temps. Troublant ! Ce trouble accompagne d'ailleurs le visiteur tout au long du parcours de l'exposition. Que dire du rapport de "La Danse" de Matisse avec "Out of the Web" (1949) de Jackson Pollock ? Qu'il y a comme un transfert d'émotion dans l'œuvre de l'Américain, tant le mouvement est identique et les formes en miroir malgré les drippings.

Avec Rothko, c'est encore plus flagrant. On y verrait même presque un devoir de mémoire. Ce dernier disait d'ailleurs que toute sa peinture était née de l'observation de l'œuvre de Matisse. Ainsi, à travers des artistes comme Sam Françis, Simon Hantaï, Ellsworth Kelly, Daniel Buren, Viallat et quelques autres, Français ou Américains, observe-t-on une fusion avec l'œuvre de Matisse dans des jeux d'espaces, de couleurs et de formes.

Cette exposition se termine sur un coup de maître. Des toiles du peintre allemand Blinky Palermo font face au tableau de Matisse "La Jeune Fille en blanc, fond rouge" (1946). On retrouve chez les deux artistes, la même volupté, la même sensualité. Le regard qui se perd dans l'œuvre. Chez Palermo, dans une proposition de tissu monochrome, bleu et vert. Chez Matisse, dans une composition d'une efflorescence de couleurs et de formes qui ne peuvent qu'émouvoir. La sensualité triomphe !

 

 


Musée départemental Matisse. Palais Fénelon, 59360 Le Cateau-Cambrésis, tél. : 03.27.84.64.50. Tous les jours sauf mardi, de 10 heures à 18 heures. Jusqu'au 14 juin.

Jean-Louis Pinte

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