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Source : La Tribune.fr - 31/03/2010 | 10:41 - 498 mots  | 

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L'Inde à la découverte de ses tribus oubliées

Les Adivasi sont "les premiers habitants" en Inde : ces tribus, éparpillées dans tout le sous-continent, ont une culture artistique longtemps restée en marge du pays. Le musée du Quai Branly permet de la découvrir. Une réussite.

expo INDE

Ils sont près de 60 millions, mais dans un pays d'un bon milliard d'habitants, presque tous les Indiens les ignorent: sous l'appellation générique d'Adivasi se regroupent des dizaines de tribus plus ou moins isolées dans les montagnes, plus ou moins en marge du monde actuel, plus ou moins rejetées par des différentes castes qui imprègnent l'immense sous-continent. Du Nagaland collé à la Birmanie au Gujarat, Etat natif de Gandhi, au nord de l'Océan indien, en passant par le très touristique Tamil Nadu ou le reculé Jharkhand, vivent des peuples jusque-là encore moins respectés que les Intouchables.

Une variété de cultures oubliées jusqu'à ce que quelques ethnologues locaux s'intéressent à elles une fois l'Indépendance acquise en 1947, pour, finalement, reconnaître cet art populaire et créer à la fin des années 1990 un musée dédié dans la capitale New Delhi.

Dans une exposition remarquablement bien organisée malgré un apparent désordre, le musée du Quai Branly permet de découvrir avec bonheur ces peuples et leurs créations artistiques, aujourd'hui enfin reconnues. Une autre originalité de cette première hors de l'Inde est la présence d'oeuvres spécialement créées pour l'exposition, dont certaines – pas les meilleures – sont exposées dans les jardins, qui ont souffert de la rudesse de cet hiver.

Avec 400 pièces très diverses, le parcours se décompose en deux grandes parties. La première, la plus réussie, la plus traditionnelle en ces lieux dédiés aux arts premiers, décline les oeuvres d'une douzaine de tribus. Cela va des immenses statues en bois du culte des Butha (esprits des ancêtres) du Karnataka aux minuscules figurines en bronze du royaume des Gond, des naïves plaques d'argile représentant la scène d'un village Molela aux agressives statuettes des guerriers Naga: un voyage hors du temps dans un monde éclaté.

Plus unitaire et un peu répétitive est la deuxième partie consacrée aux artistes populaires, notamment les peintures à la mélasse de riz sur bouse de vache de Jivya Soma Masher étrangement proches de celles des aborigènes d'Australie, ou les créatures colorées et pointillistes de Jangarh Singh Shyam, des artistes dont les toiles, hier ignorées, s'adjugent aujourd'hui dans les salles des ventes occidentales plusieurs dizaines de milliers d'euros. C'est que le marché de l'art, forcément spéculatif, table sur l'arrivée de nouvelles fortunes locales, avides d'acquérir des oeuvres d'artistes compatriotes.

Reste qu'au delà de cet engouement commercial encore limité, le visiteur peut, grâce à cette exposition ambitieuse et originale, découvrir des cultures jusque-là connues de quelques rares initiés. C'est aussi la reconnaissance, fut elle tardive, d'un art populaire varié, mais d'une évidente qualité. L'Inde, même la plus contemporaine, demeure multiple: la richesse de son art en est une des preuves.

Le musée du Quai Branly présente (jusqu'au 17 juillet) dans sa mezzanine Ouest une autre exposition particulièrement intéressante: "La fabrique des images" est, en 160 objets, un décryptage anthropologique des grandes productions artistiques des cinq continents. Ou comment les différentes civilisations voient notre monde: de manière commune...

 

"Autres maîtres de l'Inde", musée du quai Branly, à Paris, jusqu'au 18 juillet ; renseignements: www.quaibranly.fr

Jérôme Stern

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