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Quand on connaît les difficultés à organiser une exposition retrospective (dénicher les bonnes toiles, se les faire prêter, les transporter, payer les assurances et couvrir les frais, énormes), on ne peut que se réjouir de cette importante manifestation où se retrouvent 169 oeuvres de Claude Monet (1840-1926) venues aussi bien de Paris, Hanovre, Melbourne, Toronto, Dallas, Saint Petersbourg ou Cergy-Pontoise.
Des oeuvres souvent peu connues, montrant via un parcours thématique, le travail acharné d'un artiste, qui soixante ans durant, n'a cessé de peindre, de peindre et de peindre, recherchant dans chaque détail à capter les effets de la lumière du jour. Au point qu'il a toujours plusieurs toiles en cours, (près de cinquante parfois) et qu'en fonction de l'évolution des nuages, du soleil, de la brume, de la veille, comme du mois précédent, il reprend aussitôt ses pinceaux pour achever en atelier sa peinture. Perfectionniste voire obsessionnel, Monet multiplie les prises de vue, et avec l'âge venant, il produit des séries nombreuses, par exemple trente toiles de la seule cathédrale de Rouen dont dix-huit frontales suivant les diverses lumières diurnes, mais aussi des séries de meules de foin, de peupliers, de brouillards sur la Tamise, sans oublier d' innombrables nymphéas de sa maison de Giverny (Eure).
L'exposition du Grand Palais, remarquablement mise en scène par Hubert Legall avec des éclairages particulièrement étudiés, n'est pas comme d'habitude chronolgique, mais thématique, mèlant les périodes et ne retenant qu'un unique axe d'expression. On passe ainsi, au premier étage de la Normandie à la Méditerranée, via Paris, Argenteuil ou Belle-Ile, là où Monet a séjourné, et l'on s'attarde face à la Seine prise par la glace, aux délicats portraits colorés, aux belles femmes au jardin, aux surprenantes natures mortes et à un immense Déjeuner sur l'herbe fragmenté. Plus répétitif mais particulièrement instructif car montrant les fameuses séries (même s'il n'y a que cinq "Cathédrales"), le rez de chaussée s'étire jusqu'à dix "Nymphéas", dont, et c'est le seul regret de cette exposition, il manque les meilleurs, ceux du musée Marmottan qui a refusé de prêter ses chefs d'oeuvre pour cette passionnante rétrospective.
Il n'empêche: le visiteur ne peut que s'émouvoir devant la sensibilité que Monet a réussi à faire passer dans ses toiles. En investissant de considérables moyens dans cette exposition, la Réunion des musées nationaux (RNM) compte en faire le plus grand évènement culturel tricolore, voire européen de ce semestre. Déjà 80.000 billets ont été pré-vendus avant même l'ouverture et 700.000 visiteurs sont attendus, avec des horaires élargis pendant les vacances scolaires.
La précédente exposition-phare, "Picasso et ses maîtres" avait réuni il y a deux ans 783.000 personnes. Le record pourrait être battu, car le pari est d'autant plus gagnant que Monet reste le peintre le plus consensuel, le plus recherché en salle des ventes et le sujet le plus vendu des livres d'art "in the world".
Jusqu'au 24 janvier, Galeries nationales du Grand Palais, Paris, renseignements : www.monet2010.com - Catalogue de 384 pages, 50 euros.
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