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Exposition de peintures

J.L.Gérôme, la peinture en cinémascope

Source : La Tribune.fr - 26/10/2010 | 03:29 - 470 mots  | 
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J.L.Gérôme, la peinture en cinémascope

C'est la première grande exposition consacrée à l'un des peintres français le plus célèbre à la fin du XIXème siècle. Jean-Léon Gérôme, longtemps décrié comme trop académique retrouve ici une évidente modernité. Logique, c'est un metteur en scène d'images colorées, précurseur des péplums cinématographiques.

C'est un de ces clins d'oeils artistiques que les musées parisiens aiment à proposer au public. D'une part, une formidable rétrospective des peintures impressionnistes de Claude Monnet (au Grand Palais), d'autre part une remarquable monographie du peintre et sculpteur académique Jean-Léon Gérôme (au Musée d'Orsay). Deux "ennemis" de la fin du XIXème siècle, le premier révolutionnant avec brio l'art pictural devenu évocateur, le deuxième concrétisant avec talent la reproduction d'images résolument naturaliste.

Exposition remarquable, car si Gérôme (1824-1904) était de son temps l'un des peintres les plus célèbres, puis décrié voire honni par ses successeurs, il a été totalement négligé depuis. Cette manifestation toute en couleurs (murs verts pour les portraits, rouge pour l'histoire, blanc pour l'Orient, gris pour l'atelier) et en explications (cartels très instructifs, catalogue épais), la première depuis le décès de l'artiste, est une réhabilitation d'une oeuvre entière, bien moins traditionaliste que sa réputation. Car le regard du XXIème siècle, plus ouvert et plus initié aujourd'hui, permet à l'amateur d'art de trouver une étonnante sensibilité et une surprenante note d'humour dans ces immenses tableaux hyperréalistes basés sur la mythologie ou l'exotisme. Si le style reste fondamentalement "pompier" donc particulièrement kitsch, le travail de Gérôme est empreint de poésie un brin surréaliste. Mieux, il est un formidable metteur en scène d'un théâtre déclamant le grandiose, souvent inspiré par le classicisme grec ou la démesure orientaliste.

Le parti pris de cette exposition non chronologique est de montrer Gérôme comme un des plus grands créateurs d'images de son époque. Pari réussi, d'autant que le peintre - plus que le sculpteur aux réalisations froides ou le dessinateur hésitant - a exagérément brodé autour des mythes et des personnages, embellissant la Cour de Versailles, enjolivant un sérail égyptien, magnifiant une arène romaine, flattant un modèle d'atelier d'artiste...

Certaines toiles sont dignes d'un décor hollywoodien: Gérôme nous projette dans un péplum fortement coloré. Pas étonnant que les plus grands collectionneurs, dès 1875, sont Américains (un grande partie des oeuvres présentes viennent d'Outre Atlantique), grands amateurs de reconstitutions historiques très personnalisées mises en scène sur un grand écran rempli de héros bien propres sur eux.

Mais Gérôme n'est pas que ce peintre doué, photographe appliqué du détail pompeux et poète du kitsch. C'est aussi un artiste préoccupé par la plus grande diffusion de son oeuvre et un des initiateurs de l'estampe accessible, profitant de la nouvelle technique de la polychromie: conjuguant des images qu'il sait populaires donc vendues à des milliers d'exemplaires, il provoque le courroux d'un de ses plus féroces détracteurs, Emile Zola.

Il n'empêche: grâce à cette exposition de qualité, non seulement le visiteur (re)découvre un peintre soucieux du détail archéologique , mais surtout il est en présence, contrairement à sa réputation de réactionnaire et fier de l'être, d'un réel artiste moderniste dont l'oeuvre s'avère émotionnelle, malgré tout.

Jusqu'au 23 janvier 2011, Musée d'Orsay, Paris, renseignements: www.musee-orsay.fr

Jérome Stern - 26/10/2010, 03:29  | 
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