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Difficile pour le touriste, voire impossible avec les restrictions officielles liées aux événements du Sahel, d'aller au pays Dogon au centre du Mali, le long des superbes falaises de Bandiagara et de mieux faire connaissance avec cette peuplade toujours souriante, cultivant, même désormais plus islamisée qu'animiste, avec autant de ferveur ses traditions ancestrales ancrées dans les grottes alentour que ses légumes odorants dans de minuscules champs clos de la vallée.
Faute de Mali, il faut donc se rendre à Paris, plus précisément au Musée du Quai Branly. L'établissement dédié aux arts premiers présente avec éclat nombre d'éléments cultuels et d'objets du quotidien des Dogons, permettant ainsi, non un voyage dépaysant, mais une visite instructive. Il est vrai que sur place, à part dans un petit musée local - et auprès des innombrables copies vendues aux "toubas" de passage - on ne trouve plus de reliques représentatives, le pays ayant été pillé de ses trésors au profit de collectionneurs et musées occidentaux. Il est vrai aussi que sur le marché de l'art, les pièces Dogons peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros.
La preuve: réparties selon plusieurs styles correspondant à des peuples différents ou à des zones géographiques spécifiques, les 330 œuvres présentées proviennent toutes de collections muséales ou privées, françaises, belges, suisses, américaines...
Organisée sous la houlette de la très grande spécialiste du genre, Hélène Leloup, l'exposition, sans doute la seule du genre pour longtemps, tente de mieux détailler quelques pans du mystère de cette culture particulièrement étudiée, puisque les premiers travaux sur place datent du début du XXème siècle et se poursuivent encore aujourd'hui. Le monde des Dogons demeure la peuplade africaine la plus étudiée. Une peuplade dont les premières traces remontent au premier millénaire et qui contredit donc l'idée que l'art africain est récent. On trouve ici des statuettes, très actuelles de forme, qui ont été élaborées quand se bâtissaient des cathédrales en Europe. D'ailleurs, on compte nombre de tribus différentes établies successivement, apportant chacune leur propre culture, se mélangeant aux autres : Djennenke, N'Duleri, Tombo, Niongom, et Tellem, Gogon-Mande, Tintam, Bombou Toro, Kambari, Komakan,...
La visite se déroule en trois grandes parties. Après une présentation générale et une grande carte explicative, le visiteur se trouve face à 133 statuettes présentées dans des vitrines semi-obscures. Cette accumulation représente la moitié des plus rares de ces représentations dans le monde, une pléthore de quoi réjouir l'initié et de quoi désorienter le profane. Ces oeuvres toutes différentes présentent souvent des traits communs: bras levés vers le ciel, hermaphrodites, jumeaux, couples, représentations animales, zoomorphisme... C'est l'étrange mythe de la création Dogon, pas toujours commode à saisir.
Suit une salle lumineuse où sont exposés une vingtaine de peintures rupestres et une trentaine de masques aux représentations abstraites, voire cubistes.
De l'oiseau picoreur au singe blanc, du crocodile à l'antilope, la plupart sont zoomorphes, mais c'est l'immense (5,20 m de haut) "maison à étages Sirige" qui retient surtout l'attention. Car la plupart des autres masques sont trop haut perchés, difficile de les admirer yeux dans les yeux comme il se doit. La visite se poursuit par la présentation en vitrine de 140 objets du quotidien, bijoux, plats, sièges, serrures, poteaux, tous empreints d'une beauté religieuse, car même sur une porte de grenier ou un étrier de métier à tisser, les Dogons parviennent à décliner les thèmes qui leur sont chers.
L'ultime et le plus remarquable objet est aussi celui qui accueille le visiteur habituel du musée à l'entrée des salles d'expositions permanentes: une grande (2,10 m) figure hermaphrodite au bras levé du Xème siècle (que le Musée du Quai Branly a obtenu grâce au mécénat d'Axa, 4 millions d'euros lors de son inauguration).
Jusqu'aux vacances d'été, il faut voir cette exposition qui est exceptionnelle à plus d'un titre. D'abord par sa thématique bien cernée. Ensuite par la quantité et surtout la qualité des objets présentés, enfin par son originalité, car si elle se poursuivra jusqu'en 2012 à Bonn et à Milan, il est vraisemblable qu'une telle manifestation ne puisse se reproduire dans l'avenir tant il a été compliqué de réunir toutes ces pièces hors norme. Une exposition unique.
Jusqu'au 24 juillet, Musée du Quai Branly, renseignements: www.quaibranly.fr catalogue dense et détaillé de 416 pages, 39 euros.
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