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La Tribune.fr - 15/04/2009 Ã 08:16 - 876 mots

L'académicien et ancien ministre Maurice Druon est décédé mardi à quelques jours de ses 91 ans, a annoncé dans la soirée Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française. "C'était un ami très proche, c'est une perte immense pour l'Académie", a déclaré Hélène Carrère d'Encausse à l'AFP (Agence France Presse) . "Il était la mémoire de l'Académie, il en connaissait les usages et les habitudes. J'ai passé 19 ans avec lui. C'est lui qui a désiré que je prenne sa succession", a souligné Hélène Carrère d'Encausse.
Né le 23 avril avril 1918 d'un père russe originaire d'Orenbourg dans l'Oural, il avait été élu à l'Académie française en 1966 à 48 ans. Il avait reçu le Prix Goncourt en 1948 pour son ouvrage "Les Grandes Familles". Maurice Druon, qui fut ministre des Affaires culturelles, député et député européen, était l'auteur avec son oncle Joseph Kessel du "Chant des partisans", devenu l'hymne des maquisards aux heures sombres de l'Occupation allemande.
Hanté par le concept du déclin, il s'était insurgé maintes fois contre celui de la langue française, du gaullisme ou, selon lui, de la République. L'un de ses derniers combats avait porté sur la féminisation des noms de métiers et fonctions dans l'Education nationale, proposée par le gouvernement de Lionel Jospin. Sur la féminisation, "tout le monde se couche, la droite se couche mais les académiciens ne se coucheront pas", avait-il alors déclaré.
Correspondant de guerre, il se consacre à la littérature dès la Libération, évoquant son expérience de combattant dans son premier roman, "La Dernière brigade" (1946). Son oeuvre est ensuite essentiellement marquée par la trilogie "La Fin des hommes" ("Les Grandes Familles" (1948), "La Chute des corps" (1950), "Rendez-vous aux enfers" (1951)), et la monumentale fresque historique "Les Rois maudits", évocation en sept volumes des derniers Capétiens, dont il dépeint la décadence.
Passionné d'histoire, attiré par le tragique, Druon se veut romanesque, violent, passionnel. Elu en 1966 à l'Académie française au fauteuil de Georges Duhamel, il en devient le benjamin et y retrouve son oncle Kessel. Sa carrière prend en 1973 une tournure politique, lorsqu'il est nommé ministre des Affaires culturelles. Celui qui, quelques années plus tôt, a vilipendé les insurgés de mai 68, annonce qu'il ne subventionnera pas ceux qui "viendront au ministère avec une sébile dans la main et dans l'autre un cocktail Molotov". Au cours de son passage aux Affaires culturelles (1973-74), il crée notamment le Centre national des Lettres.
En 1977, Maurice Druon entre au comité central du RPR, fondé par Jacques Chirac, et sera membre de son conseil politique de 1979 à 1980. Député de Paris de mars 1978 à juin 1981, il est élu à l'Assemblée des communautés européennes en juin 1979, mais démissionne un an plus tard. Refusant de "juger avec nos yeux instruits d'aujourd'hui" plutôt qu'avec nos "yeux aveugles d'hier", il avait pris la défense de l'ancien préfet de Vichy Maurice Papon lors de son procès à Bordeaux, en 1998.
En juin de la même année, il avait demandé au RPR se cesser de se revendiquer comme gaulliste. Qualifiant Jacques Chirac de "passager" hissé "à l'étage élyséen" par l'ascenseur du parti, il ironisait sur les conflits entre ses successeurs potentiels. Elu secrétaire perpétuel de l'Académie française en 1985, il avait démissionné de la fonction en octobre 1999 pour se consacrer à l'écriture. Maurice Druon, qui savait aussi reconnaître les cultures modernes, avait affirmé que le chanteur de rap français MC Solaar "restaurait la poésie". Il avait installé un site Internet à l'Académie : "la vieille dame du quai Conti, retroussant ses jupes, saute à pieds-joints dans le grand système de communication qui entoure la terre", s'était-il alors félicité.
Hommages unanimes
Le président de la république, Nicolas Sarkozy, a rendu hommage à l'académicien, le qualifiant de "grand écrivain, grand résistant, grand homme politique, grande plume et grande âme". "Maurice Druon restera avant tout dans l'histoire comme celui qui a écrit le "Chant des partisans", avec son oncle Joseph Kessel. Il a risqué sa vie en résistant, et cette flamme, cette passion de la France et de la liberté, ne l'a jamais quitté", a-t-il souligné.
Le Premier ministre, François Fillon, a également rendu hommage à l'"homme d'action et d'intelligence, dont l'oeuvre porte témoignage de l'histoire d'une génération". Hommage également du ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, qui a salué "un combattant de la liberté profondément attaché aux valeurs du gaullisme et à la grandeur de la France".
La ministre de la Culture, Christine Albanel, a déploré la perte d'une "figure majeure" de l'Histoire de France. "Grand patriote, Maurice Druon n'a jamais cessé de servir la nation durant sa carrière de député, de ministre de la Culture et d'académicien", écrit la ministre dans un communiqué. "Grand défenseur de la langue française et de la francophonie", Maurice Druon "était avant tout un amoureux des mots, qu'il mettait au service de sa passion pour l'histoire", ajoute-t-elle.
Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, a de son côté salué la mémoire d'un "immense homme de culture et inoubliable auteur du Chant des partisans" qui s'est "attaché avec ardeur et élégance à faire rayonner et à défendre la culture et la langue française dans le monde". Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a évoqué la disparition "d'un grand serviteur de l'exception culturelle française" qui a "consacré toute sa vie au service de la culture populaire".
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