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La Tribune.fr - 10/06/2009 Ã 15:58 - 392 mots

A cause de son héros récurent, le commissaire Maigret, Georges Simenon est considéré comme un auteur de courts et simples romans policiers. Triplement à tort. D'abord parce que les innombrables (75 romans et 28 nouvelles) Maigret ne sont qu'un infime partie de son oeuvre pléthorique (192 romans, 158 nouvelles, des milliers d'articles publiés sous nom et près de 200 autres romans écrits sous vingt-sept pseudonymes différents).
Ensuite parce qu'avec plus de 500 millions de livres vendus en 55 langues, il est un des écrivains les plus populaires, encore aujourd'hui, vingt ans après sa mort.
Enfin, parce qu'il a une plume talentueuse à l'instar de Balzac décrivant les personnages de son siècle, Simenon a la particularité de mettre, dès les premières lignes, le lecteur dans l'ambiance de son époque, que ce soit dans un bistrot enfumé parisien, une ville glauque de province ou un hameau isolée sous la bruine. Et de l'entraîner avec complicité dans l'aventure littéraire.
La Pléiade, la collection francophone la plus prestigieuse, lui a déjà rendu hommage il y a deux ans avec deux tomes de romans choisis. Pour le troisième volume qui parait ce printemps, la Pléiade a ressuscité "Pedigree", une autobiographie d'adolescence jusque là négligée, car Simenon n'a pas l'habitude de parler - directement - de lui, n'a pas pour coutume de rédiger 400 pages surtout en corrigeant beaucoup, n'a pas l'heur d'accepter des commandes; or, c'en est une de Gide, alors aux commandes de Gallimard. D'ailleurs, mécontent de cette tournure, Simenon collaborera par la suite avec un autre éditeur.
Si le héros de ce roman se nomme Roger Mamelin, c'est bien de Simenon jeune qu'il s'agit ici, entre un père bien respectable et une mère trop aimante, dans un décor liégeois tout en grisaille, aux personnages secondaires, nombreux et attachants. Même un peu long (les romans de Simenon, écrits d'une traite, dépassent rarement les 200 pages), "Pedigree" est un très beau livre plein d'humanisme et de tendresse, d'un ton bourru et de mots acérés. Une réelle découverte.
Sept autres (excellents) romans complètent cette édition: plus traditionnels, plus percutants, plus descriptifs, plus amers, ils n'en sont pas moins (en
partie) autobiographiques, notamment "Les trois crimes de mes amis" ou "La chambre Bleue".
Un livre pour les vacances...et bien après.
"Pedigree et autres romans" par Georges Simenon, La Pléiade, Gallimard, 1.699 pages (dont 189 de notices), 55 euros jusqu'au 31 août, 63 euros au delà.
Jérôme Stern
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