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La marche sur Rome, ou comment rire du fascisme

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Réédité par les éditions du Félin, le récit du député italien Emilio Lussu réussit le tour de force de nous faire rire en évoquant la tragique prise de pouvoir par les fascistes italiens dans les années 20.

Livre La marche sur Rome

En racontant avec force détails et de nombreuses anecdotes burlesques la montée du fascisme dans son île, le député sarde Emilio Lussu réussit ce tour de force assez rare. En effet, comment ne pas s’esclaffer lorsque sont évoquées la veulerie et la couardise des fascistes de la première heure lorsque les événements se retournent un tant soit peu contre eux. Comment ne pas sourire lorsque l’on apprend que la marche sur Rome, symbole héroïque de la prise de pouvoir par les chemises noires, n’était finalement qu’une randonnée de quelques éclopés assez peu convaincus de la réussite de leur projet.

Une marche qui n’aurait pas fait couler une goutte de sueur à Benito Mussolini, le futur dictateur, ce dernier ayant préféré rejoindre Milan en train, en première classe. La bataille rangée provoquée par l’éternuement d’une chèvre sur les hauteurs de Lipari résume à elle seule le manque de discernement des fascistes.

Résumer ce magnifique témoignage historique à ces anecdotes comiques ne serait pas juste, car l’horreur et la bêtise écoeurante des futurs maîtres de l’Italie reste parfaitement palpable au fil des pages. Tout comme les tergiversations malheureuses et outrageantes de Victor-Emmanuel III, qui provoqueront la fin de la monarchie dans la péninsule à la libération et les incroyables retournements de vestes des opposants au régime des "faisceaux".

Ils se situent simplement en arrière-plan, comme si le républicain Lussu, qui entrera au gouvernement une fois la guerre terminée, avait vécu ces événements tragiques en simple spectateur, malgré les menaces de mort, les sévices et son emprisonnement pour crime contre la patrie mussolinienne. Un détachement que résume parfaitement la dernière phrase de ce récit.

"Le monde ne va ni à droite, ni à gauche. Le monde continue à tourner sur lui-même, avec des éclipses de lune et de soleil, comme d’habitude", écrit Emilio Lussu.

 


"La marche sur Rome et autres lieux", d’Emilio Lussu, préface d’Antonio Tabucchi. Editions du Félin, 11,90 euros.

Fabien Piliu

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