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Si vous vous émerveillez d'apprendre que le serpent indigo est l'ennemi juré des serpents à sonnette, qu'une eau salée n'est d'aucune utilité à l'homme assoiffé, que le pas lent et régulier du bœuf de trait est idéal pour réaliser une ascension ou qu'il est presque impossible de s'ensevelir au-delà de la taille dans des sables mouvants, Désert Solitaire devrait vous apparaître comme une révélation. Au milieu du siècle dernier, Edward Abbey, ranger pour le compte du somptueux parc national des Arches, vit reclus dans une caravane au milieu de l'immensité, à contempler et parcourir les recoins arides et sévères de ce monde à part. Autobiographique, le texte sait alterner entre des scènes captivantes de randonnée digne de films à sensation tels que 127 heures, de Danny Boyle, et de non moins passionnantes digressions sur la faune et la flore locales. L'auteur voue un véritable culte au désert, qu'il associe à la musique étrange et désordonnée des dodécaphonistes, au même titre que la mer rappelle les partitions de Bach et les montagnes celles de Beethoven.
Quelques années plus tard, sa fascination pour toute cette beauté est ébranlée par le développement vertigineux du tourisme industriel dans les parcs nationaux américains. A contresens du calme et de la grandeur des lieux, les automobilistes viennent dicter leur loi à la nature. Alors que les kilomètres d'asphalte défigurent peu à peu ce joyau de l'Utah, Edward Abbey tente de trouver des solutions, hélas restées illusoires, à ce sacrilège.
"Comment désincarcérer les touristes de leurs voitures, de leurs chaises roulantes mécanisées, capitonnées et éreintantes et leur faire reprendre pied sur l'étrange et chaleureuse fermeté de notre mère la Terre ?". Plusieurs solutions s'imposent : bannir les véhicules motorisés au profit de la marche, du cyclisme ou de l'équitation, enrayer séance tenante la prolifération des routes tout en favorisant l'aménagement de sentiers, et sortir les rangers de la torpeur administrative pour les envoyer sur le terrain à guider les touristes. Plus vindicatif encore, "Le Gang de la clef à molette", écrit par le même auteur quelques années plus tard, met en scène une poignée d'insoumis prêts à tout, notamment au sabotage, pour contenir l'élan industriel de l'Ouest américain. Edward Abbey, dont on ignore toujours où se trouve la tombe dans le désert américain, est considéré comme l'un des pionniers de la prise de conscience écologique outre-Atlantique.
"Désert solitaire", d'Edward Abbey, Editions Gallmeister, 23,90 euros, 356 pages
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