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Rentrée littéraire - 08/09/2011 | 09:09 - 761 mots

Quelques (bons) romans pour la rentrée

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Ce qui marque la rentrée chaque année, ce sont bien sûr les sorties de livres. Latribune.fr présente cinq romans sélectionnés parmi les 654 à paraître.

Même s'il y en a 47 de moins que l'année précédente, avec 654 romans (435 français, 219 étrangers) à paraître dès la mi-août, la rentrée littéraire 2011 s'annonce, une fois encore, riche, trop riche, en publications. Impossible de tout lire et la sélection qui s'impose est forcément subjective. Voici quelques ouvrages qui ont retenu l'attention. Et qui pourraient être récompensés par un prix automnal.

Emois et moi
Avec Scott, ado en quête de pureté (et sa mère trop aimante et son père trop tyrannique, les seuls autres acteurs), c'est l'Amérique des années 1960, ou plutôt Phoenix, Arizona, qui sont les héros de ce brillant roman. L'auteur, Laurent Seksik radiologiste (c'est son premier métier) de l'âme, s'est taillé un succès mérité avec son précédent ouvrage "Les derniers jours de Stefan Zweig", après une remarquable biographie d'Albert Einstein. Il démontre là un vrai talent d'écrivain, passant avec bonheur d'une thématique à l'autre, tout en affinant un style centré sur l'intimité des personnages. Cette fois, dans le contexte d'une période trouble - Kennedy versus Cuba - il décrit avec émotion les tourments d'un ado ballotté entre une douce "Mam" infirmière de nuit et un père brutal, blessé de guerre, tant physique que psychologique. Face à ces deux oppositions d'affection, Scott ne rêve que d'une fuite avec sa mère, ce qui se produit finalement, pour se terminer par une tragédie. Et là les sentiments basculent... En alternant phrases courtes et descriptions (trop ?) détaillées, en mélangeant mélancolie et haine, en cassant brutalement le récit, Seksik a concocté un roman qui ne peut que toucher le lecteur. Forcément.
"La légende du fils", par Laurent Seksik, Flamarion, 17 euros. (sortie le 24 août)

Sa vie est un roman
Qui se souvient et qui même connaît Edouard Limonov, né en Ukraine, dans une URSS de l'après-guerre, complexe, politique et surtout violente ? Cette brutalité innée, mêlée à un national-bolchévisme implacable et une fougue littéraire sans autre limite que la provocation semble être la caractéristique de ce va-nu-pied-poète-maudit. Sa vie décousue passe par les USA puis la France, avant de revenir dans une Russie éclatée, mais toute aussi inconfortable et incomprise. Dans une subtile biographie rédigée avec une évidente fascination (et le recul d'un enquêteur, non d'un historien), Emmanuel Carrère dresse là un portrait étonnant d'un homme hors norme, entre clochard courageux et artiste malfaisant, épris de lui-même bien avant d'avoir une philosophie politique. Fascisant et fascinant.
"Limonov" par Emmanuel Carrère, POL, 20 euros. (sortie le 15 septembre)

Barbaries
L'histoire est connue, celle d'Ilan Halimi, vendeur de téléphones, enlevé, torturé puis assassiné par une bande d'ados immatures dirigée par Yousouf Fofana, auto-proclamé « chef du gang des barbares » qui en voulait à la terre entière, à commencer par les "feujs", tous suffisamment riches pour payer une rançon. Morgan Sportes, déjà auteur d'un autre remarquable roman-enquête "L'appât" où une jeune fille piégeait un pseudo notable afin que ses copains le dévalisent et le tuent, signe là une photographie à peine retouchée d'un crime antisémite violent, tant dans son exécution que son environnement. Ce livre ne juge pas: il décrit. Ce qui le rend encore plus cruel.
"Tout, tout de suite" par Morgan Sportes, Fayard, 20,90 euros, (sortie le 17 août)

Mon traître, ce héros
Pendant trente ans, Sorj Chalandon a couvert pour le journal Libération la guerre fratricide irlandaise et en a tiré plusieurs romans. Cette fois, il revient dans l'île verte avec Tyrone Meehan, (déjà présent dans "Mon traître", de son vrai nom Denis Donaldson). Curieux personnage, à la fois combattant adulé et retors haï qui fait ici l'objet d'une sorte de biographie historique, avec en filigrane l'incertitude de la réalité, ou jusqu'où aller, ou ne pas aller, pour justifier une cause à laquelle on croit intensément ? Un retournement écrit d'une plume aussi acre qu'une pinte de Stout noire...
"Retour à Killybegs" par Sorj Chalandon, Grasset, 20 euros, (sortie le 17 août)

Born (and made) in USA
Best seller depuis un an aux Etats-Unis, voici, à travers un trio amoureux, l'épouse devenue modèle, le mari toujours conventionnel et l'ex boy-friend resté rocker, la figuration de l'Amérique moyenne, très moyenne, de ces quatre dernières décennies. L'auteur des "Corrections" - autre succès de librairie - dresse un portrait épais (et pas seulement pour sa pagination) et cruel d'un mariage qui se trouve être le symbole d'une société qui ne cesse de se chercher sans jamais se trouver. Avec en point d'orgue les événements du 11 septembre, qui, brutalement, remettent tout en cause. Ce regard dans le miroir de l'Amérique d'aujourd'hui a séduit les lecteurs d'Outre-Atlantique. Il a de quoi interpeller les Européens.
"Freedom" par Jonathan Franzen, L'Olivier, 24 euros (Sortie le 18 août).

Jérome Stern - 08/09/2011, 09:09  | 
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