La Tribune

Le trait de l'artiste

Jérôme Stern  |   -  541  mots
Pour les puristes, le dessin, plus encore que la peinture, est la marque première d'un artiste: il s'agit d'une œuvre sans retouche, faite d'un trait. Plusieurs ventes sont dédiées à cet art, encore accessible.

C'est la première technique graphique, celle que l'on apprend d'abord dans les écoles des beaux-arts, celle que les artistes utilisent avant d'entamer une peinture, une sculpture ou un meuble. Généralement sur une simple feuille de papier, parfois sur un carton ou une toile, un trait ébauche l'oeuvre à venir. C'est ce travail d'approche que nombre d'amateurs d'art apprécient particulièrement, car le dessin est considéré comme la signature même de celui qui la réalise, sans aide extérieure, tels un atelier, un élève, un graveur, un fondeur et autres collaborateurs (les contemporains Damien Hirst ou Jeff Koons n'hésitent pas à confier l'exécution de leurs oeuvres à des dizaines, voire des centaines de salariés).

Si le dessin le plus courant est réalisé avec une mine de plomb ou crayon, se classent dans la même catégorie les plumes, les encres, les feutres, les stylos, les craies, les fusains, les pastels, les sanguines, les pierres noires, voire les aquarelles et les gouaches. Autant de réalisations rapides destinées à préparer une toile ou tout simplement marquer un souvenir. Et qui sont rarement signées.

C'est d'ailleurs cette absence de griffe qu'apprécient les amateurs, car elle les oblige à fouiller dans l'oeuvre de l'artiste, histoire d'identifier l'auteur, et de l'authentifier avec la mise en parallèle d'autres travaux préparatoires ou d'oeuvres achevées.

Les collectionneurs sont également intéressés par le grand nombre de dessins encore peu connus, voire inconnus: les découvertes sont fréquentes et font monter les prix, qui, dans l'ensemble restent raisonnables car ce n'est pas un marché spéculatif.

Toutes les époques sont ainsi concernées, et depuis la création du Salon du dessin chaque printemps, Paris est redevenue la capitale mondiale de cet art, les meilleurs experts y ayant pignon sur rue.

De nombreuses maisons de vente proposent des vacations dédiées aux oeuvres sur papier, mélangeant souvent dessins anciens et modernes, alors que les collectionneurs, de plus en plus nombreux, de plus en plus informés, restent fidèles à un style, une période, un artiste.

Parmi les oeuvres du XXème siècle, dans la vente du 23 novembre à Drouot, on peut noter un feutre de Combas (estimation de 2.200 euros), une encore de Chine et lavis de Michaux (15.000 euros), un portrait au fusain de Picabia (10.000 euros) ou un crayon gras d'Atlan (5.000 euros). Dans la vente du 27, toujours à Drouot, on peut signaler quatre nus au crayon de Derain (1.000 euros chaque), deux gouaches de Gleizes (15.000 euros l'unité), quatre esquisses de personnages de Dufy (1.500 euros la pièce), une aquarelle de signac (20.000 euros), une encre de Leger (6.000 euros), une aquarelle et crayon de Foujita (4.000 euros) ou une mine de plomb de Cocteau (800 euros).

Dans les premiers numéros de la vacation de Christie's France le 1er décembre, on trouve une aquarelle, encre et lavis de Zao Wou-Ki (10.000 euros), un crayon gras et aquarelle de Joan Mitchell (15.000 euros) ou une plume à l'encre de Gonzalez (7.000 euros).

- 23 novembre, Drouot Richelieu, salle 2, renseignements : www.millon-cornette-de-saint-cyr.com
- 26 novembre, 76 Faubourg St Honoré, Paris, renseignements : www.sothebys.com
- 27 novembre, Drouot Richelieu, salle 2, renseignements : www.tajan.com
- 1er décembre, 9 avenue Matignon, Paris, renseignements : www.christies.com

Réagir