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http://www.latribune.fr/loisirs/musiques/20091207trib000450500/ecm-heraut-musical-sans-frontieres.html

Un libanais (darbouka), un suédois (basse), un allemand (clarinette basse) et, comme "patron" un tunisien (oud). Invité de la salle Pleyel pour les quarante ans d'ECM, le quartet d'Anouar Brahem incarne parfaitement l'esprit éditorial du label de Munich : transculturel. Dans le catalogue d'"Editions of Contemporary Music" - un millier de références - elles sont légion ces rencontres entre musiciens de nationalités et de formations différentes, venant qui du jazz, qui du classique ou encore des musiques traditionnelles.
Manfred Eicher, son fondateur, n'était nullement destiné à cette ouverture sans frontières, lui qui fit ses premières gammes professionnelles au sein du rigoureux Philharmonique de Berlin dirigé de main de fer par Herbert von Karajan. Un an lui aura suffi et le musicien de 26 ans se mit à son compte soutenu par un homme d'affaires de Munich. Le premier titre publié, à 500 exemplaires seulement, signé par le pianiste Mal Waldron constituait tout un programme : "Free at last".
En quatre décennies, Manfred Eicher ne s'est interdit aucune aventure musicale : du jazz avec Keith Jarrett comme chef de file - l'album "The Köln Concert", sorti en décembre 1975, s'est écoulé à 3,5 millions d'unités - ou encore des coloristes tels que Charlie Haden, Gary Burton, Enrico Rava, de la "musique du monde" du Nord (Jan Garbarek) au Sud (Anouar Brahem), mais aussi du classique et du contemporain (Arvo Pärt). Au-delà de la musique, ECM s'est même engagé avec des bandes-sons intégrales de films de Jean-Luc Godard ("Nouvelle vague" et "histoires du cinéma").
Un seul domaine échappe à cette ouverture d'esprit, la qualité du son. La réputation de rigueur de Manfred Eicher est légendaire dans le métier. A telle enseigne qu'un journaliste a pu évoquer "le plus beau son après le silence".
Label indépendant, ECM, basé à Munich, bénéficie du soutien majeur du géant Universal pour la distribution, atout indéniable pour le succès de ses 40 à 50 nouveautés annuelles. A l'heure de l'effondrement du marché physique de la musique enregistrée, Manfred Eicher maintient sa foi dans le CD et refuse de casser les prix. "Je ne peux pas envisager la gratuité de la musique et la mort du droit d'auteur, déclarait-il récemment (L'Express, octobre 2009). Ce serait une régression trop grave".
Anouar Brahem en concert à Paris (salle Pleyel) le 9 décembre. Son dernier album, "The astounding eyes of Rita", titre inspiré du poète palestinien Mahmoud Darwish, disparu en 2008.
Jean-Louis Lemarchand
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