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les films de la semaine Loisirs / Sur les écrans
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Source : La Tribune.fr - 24/11/2009 | 16:04 - 1777 mots

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Moore pourfend le capitalisme financier

Avec "Capitalism : a love strory", Michael Moore poursuit son long combat contre les injustices du système américain. Le savoir-faire est toujours là... la mauvaise foi aussi.

FILM capitalism, a love story

Michael Moore est de retour et il est en pleine forme. Notre croisé des temps modernes, pourfendeur des injustices de la société américaine ballade maintenant depuis vingt ans sa caméra exploratrice. Après nous avoir raconté les dégâts causés par General Motors dans sa ville d’origine, Flint dans le Michigan (Roger et moi) ; après nous avoir expliqué tout le mal qu’il pensait de Georges Bush Junior (Fahrenheit 911) ; après avoir dénoncé le système de santé américain (Sicko), il s’attaque aujourd’hui, avec "Capitalism : a love story", au capitalisme américain et à ses dérives. Rien de moins. Et nous explique dans son long documentaire (2h02), l’extrême désillusion du peuple des Etats-Unis qui, pendant des décennies, a cru pouvoir profiter de la société de consommation. Le culte de la libre entreprise laissait entendre que chacun avait sa chance pour faire fortune.

Pour illustrer son propos, Moore a exhumé de vielles images aux couleurs un peu passées qui nous montrent "l’american way of life", réelle ou supposée, telle qu’elle était imaginée dans les années cinquante/soixante. On sourit. Puis, toujours selon Moore, le rêve a été confisqué avec l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan et le triomphe des idées libérales : l’Etat voilà alors l’ennemi. A en croire Moore, les financiers, avec l’appui des gouvernements successifs, ont pris le pouvoir. C’est Wall Street qui dicte sa loi.

La survenance de la crise des "subprimes" est à cet égard pain béni pour le réalisateur. A l’aide d’images qui feront pleurer dans les chaumières, il nous montre des pauvres citoyens endettés, obligés de vendre leur maison. Des salariés d’une usine de Chicago, sèchement licenciés sans préavis et sans indemnités. A l’opposé, en haut de l’échelle sociale, Moore filme des traders et autres banquiers en train d’amasser de colossales fortunes. Le tout sous le haut patronage de Georges Bush.

Pour le documentariste, le comble a été atteint en septembre 2008 quand le secrétaire d’Etat au Trésor, Henry Paulson, a tenté de faire voter un plan de 700 millions de dollars, grâce auquel le Trésor américain rachèterait tous les actifs toxiques des banques. Selon lui, c’est là le dernier grand racket commis avant le départ de Bush.

Certes, Moore a un savoir faire indéniable pour expliquer les choses. Il sait utiliser des images fortes, c’est même sa marque de fabrique. Et l’on ne peut s’empêcher de rigoler quand il débarque devant les sièges des grandes banques américaines pour réclamer que leurs dirigeants soient jugés pour trahison ou vol. Il a également beau jeu de rappeler que Henry Paulson n’est autre que l’ancien patron de la banque Goldman Sachs et qu’il y a donc forcément conflit d’intérêt. Il n’en reste pas moins que Moore pêche par excès de mauvaises foi. Il oublie, par exemple, de préciser que le plan initial de Paulson a été amendé et que même… Barak Obama l’a finalement voté.

Michael Moore reste néanmoins efficace dans ses dénonciations mais il s’en lace manifestement lui-même. D’ailleurs, clin d’oeil final et preuve qu’il a le sens de l’autodérision, dans la dernière scène, il dit en avoir marre de faire la même chose depuis vingt ans et réclame un successeur.

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Le Vilain

Un braqueur en cavale se réfugie chez sa mère qu’il n’a pas vue depuis 20 ans. Celle-ci découvre qui il est et décide de corriger ses errements. Un duel sans pitié s’engage alors. Mais à mesure que la brute se bonifie, sa mère s’éteint. Une comédie jubilatoire servie par un Albert Dupontel toujours aussi déjanté, en fils cruel mais pas si méchant. L’acteur-réalisateur offre par ailleurs à Catherine Frot son plus beau rôle, en brave mamie un peu folle, criante de vérité. La salle hurle de rire tant la mise en scène est ingénieuse et les personnages, sorte d’aliénés caricaturaux et attachants, sont bien sentis. Les gags et autres clins d’œil viennent rythmer cette fable immorale sur les voies tordues qui mènent à la rédemption.

Zombieland

Ruben Fleischer réussit une véritable comédie de zombies, sanguinolente et déjantée. Dans une Amérique infestée de mangeurs de chair, le jeune Colombus rencontre un spécialiste du "zombicide". Avec des plans de caméra empruntés à Romero, le maître du genre, ce premier long-métrage a tout du grand film gore… les rires en plus. Les personnages caricaturaux (tel le tueur effréné dont le cœur fond pour ses biscuits préférés) enchaînent les situations mordantes. Des airs de rock rythment ce road-movie bourré d’humour. Bientôt culte.

Une affaire d’Etat

Un avion chargé d’armes, explosant en plein vol. Une "call girl" assassinée. Une fliquette prête à en découdre (Rachida Brakni, parfaite), un banquier (formidable André Dussolier) capable de corrompre tout ce que la République compte d’hommes de pouvoir. Et une petite frappe virant au tueur en série. Eric Valette signe un polar foisonnant, haletant et captivant à ses débuts. Dommage que l’ensemble s’enlise en cours de route dans des meurtres à répétition dont on connaît le coupable.

Hadewijch

Bruno Dumont (réalisateur notamment de "La vie de Jésus") s’attaque avec brio à un sujet difficile : la dérive d’une jeune fille à la foi chrétienne extatique. La passion amoureuse pour Dieu de Céline - qui avait pris le pseudonyme d’Hadewijch quand elle était novice au couvent - est habilement exploitée par Yassine et Nassir deux garçons musulmans. Céline se laisse entraîner sur des chemins dangereux, commet l’irréparable avant de trouver la rédemption grâce à une rencontre au visage christique. Un petit film délicat, très métaphorique, qui parle de foi et de la place des religions dans la vie contemporaine.

La famille Wolberg

Simon Wolberg (François Damien) est maire d’une petite ville de province, très impliqué auprès de ses concitoyens, père de famille aimant et concerné. Il croit pouvoir tout contrôler, tout réussir, et pourtant tout s’écroule autour de lui. Est-ce la bande son de la soul américaine des années 60 ? La photo ? Les personnages baignent dans une lumière douce. Mais il se dégage de ce film un charme suranné, une atmosphère de sérénité. On dirait du Rohmer, jusque dans les dialogues très écrits et les attitudes parfois désuètes des personnages. A noter l’apparition du regretté Jocelyn Quivrin dans le rôle du blond, personnage issu de la tradition humoristique de la culture juive, élément perturbateur sur lequel bute à la fois le maire et le mari..

Dickens passe Noël en 3D

La main s’avance, sort presque de l’écran pour se loger sous le nez des spectateurs tandis que des flocons de neige semblent s’éparpiller dans la salle de cinéma. Robert Zemeckis ("Forrest Gump") signe l’un des films en 3D les plus spectaculaires qu’il ait été donné de voir, usant d’une technique mêlant prises de vues réelles et animation - ici soulignée par des mouvements de caméra à couper le souffle - afin d’adapter le "Conte de Noël", de Charles Dickens, à l’écran. L’histoire d’un méchant radin amené par un fantôme à revisiter sa propre vie le soir du réveillon. En se focalisant sur l’aspect technique et esthétique du film porté par un Jim Carrey bluffant, capable d’interpréter sept rôles à la fois, Zemeckis perd un peu de vue Dickens. Et les plus jeunes, pour lesquels "Le drôle de Noël de Scrooge" se révèle trop violent (à partir de 10 ans).

Qu’un seul tienne et les autres suivront

La réalisatrice Léa Fehner croise trois portraits. Celui d’une mère qui quitte l’Algérie pour tenter de comprendre le meurtre de son fils. D’un homme perdu à qui l’on propose un changement de vie à haut risque. Et celui d’une adolescente plongée dans le milieu carcéral. Avec des passages filmés caméra au poing, Fehner projette le spectateur en plein cœur de la vie de ses personnages et multiplie les gros plans pour capter au plus près l’émotion. Sans jamais tomber dans le mélodrame.

Noise

Partant d’un sujet peu engageant (un New-Yorkais en lutte contre les nuisances sonores), Henry Bean en tire une comédie grinçante. Dans le rôle principal, Tim Robbins enchaîne les situations cocasses et raconte en voix off son combat peu ordinaire, tentant d’alerter les consciences sur la passivité collective à l’égard des conditions de vie urbaines. Une tragicomédie sympathique.

"Vincere" ou le destin tragique de la femme cachée de Mussolini

Avec "Vincere", Marco Bellocchio se penche sur une histoire peu connue. Celle d'Ida Dalser (interprétée par Giovanna Mezzorgiono très convaincante), la femme cachée de Benito Mussolini (Fipo Timi), rencontrée bien avant qu’il ne devienne le Duce, alors qu’il était encore socialiste et dirigeant du quotidien L’Aventi. Ce dernier lui fait un enfant, avant de s’éloigner d’elle durant la Première guerre mondiale. Déjà marié, le futur dictateur en route vers son destin ne s’intéressera plus jamais à cette femme et à son fils, allant jusqu’à la faire interner dans un asile. Ida Dalser continue pourtant de revendiquer sa qualité d’épouse légitime. Elle meurt en 1937 des suites de son internement. Son fils, dont elle avait été séparée, décède à son tour dans un asile en 1942.

Bellocchio réussit un film fort, présenté en sélection officielle au dernier Festival de Cannes, porté par des images soignées mais un peu académique, manquant du coup de chaleur. Rencontre avec le réalisateur

QUATRE QUESTIONS A MARCO BELLOCHIO

- Comment vous est venue l’idée de ce film ?

- Je ne connaissais absolument pas cette histoire jusqu’à il y a quelques années, quand le quotidien La Republica a parlé d’un documentaire qui allait passer à la télé sur cette affaire. Et il y a eu deux livres. Ce fut un choc, la tragédie d’Ida Dalser m’a bouleversé. Je crois partager avec elle cette dimension rebelle et suicidaire. Elle ne fait jamais de compromis, elle ne renonce pas. Par ailleurs, il est exact qu’elle n’est pas très sympathique.

- Pourquoi vous êtes vous concentré sur l’épouse cachée de Mussolini plutôt que sur son fils ?

- Pour une question de structure du film. Il fallait soit privilégier le fils, soit la mère. C’est seulement une fois Ida disparue que l’on s’occupe du fils. Il faudrait consacrer tout un autre film au tragique destin de Benito Albino.

- Avez vous rencontré des difficultés de tournage, notamment avec les néo-fascistes italiens ?

- Non. C’est tout juste si Alessandra Mussolini, la nièce du Duce, m’a traité de menteur. Mais c’était une posture de sa part.

- Cette histoire de femme cachée de Mussolini est-elle à mettre en parallèle avec les frasques de Berlusconi ?

- Il n’y a aucun lien à faire. D’ailleurs, le public italien n’a pas fait le rapprochement. Ce sont les journalistes qui l’ont fait. Et, il y une différence de taille : Mussolini, avec sa virilité affichée, séduisait toute les ménagères. Berlusconi, lui, s’intéresse plutôt, si j’ai bien compris, aux jeunes femmes tarifées. Cela dit, Mussolini a été le premier leader à conquérir les médias et Berlusconi l’a imité.

Propos recueillis par J.C.C.

Jean-Christophe Chanut, Charles Faugeron, Sarah Foulard et Yasmine Youssi

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