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http://www.latribune.fr/loisirs/sur-les-ecrans/20091201trib000448663/john-hillcoat-se-perd-sur-la-route.html

La majorité des lecteurs du dernier opus de Cormac McCarthy vous le diront. Il y a un avant et un après "La route". Erigeant à son paroxysme ses thèmes fétiches de la barbarie humaine, de la quête (rédemptrice ?) d’une certaine humanité (La Trilogie des confins…), "La route", prix Pultizer 2007, est un testament (non seulement pour ses références à l’Ancien Testament mais aussi parce que l’auteur de 76 ans l’a dédicacé à son benjamin de 8 ans, sans qui ce livre n’aurait jamais été écrit, de l’aveu même de l’auteur), dont on ne sort pas indemne et qui relègue toute lecture ultérieure au rang de roman de gare… Sa force, ce chef d’œuvre la tient non pas tant de l’histoire (l’errance d’un père et d’un fils dans un monde apocalyptique détruit par une catastrophe indéterminée), mais surtout de son style étonnement épuré et concis, de son écriture dépouillée et brute. Dès lors, se pose la question de la possibilité, ou non, de porter cette œuvre à l’écran. Une question à laquelle la majorité des admirateurs de McCarthy seront tentés de répondre non. A raison.
Certes, le réalisateur australien John Hillcoat (La proposition) ne s’en tire pas si mal. Il eut pourtant été tentant de verser dans le blockbuster catastrophe mettant en scène des hordes de créatures cannibales en hardes à la Mad Max. L’un des meilleurs remparts contre cette dérive est l’admiration que voue le producteur Nick Wechsler (Sexe, Mensonge et Video ; Requiem for a Dream ; Final Cut…) à l’un des derniers monstres vivants de la littérature américaine qu’est McCarthy. Mais son obsession a vouloir à tout prix adapter son dernier manuscrit après s’être fait soufflé les droits de "No Country for Old man" par les frères Cohen l’a précipité dans un défi insurmontable.
"Ce livre était si sombre et si austère que tous les studios et les autres producteurs ont perdu du temps à se demander s’il pouvait être adapté sous forme de film. Nous les avons pris de vitesse et […] acheté les droits", confie-t-il dans le dossier de presse. Alors, bien sûr, le réalisme brut de la photo, des décors, la justesse mesuré du jeu des acteurs (impressionnant Viggo Mortensen, émouvant jeune Kodi Smit-PcPhee, prophétique Robert Duvall…), le rythme chaotique du montage alliant errance et violence, la sobriété du scénario font de ce film une œuvre fidèle, malgré quelques écarts revendiqués par le réalisateur et des flashes back superfétatoires.
Mais l’émotion, si forte à la lecture que le livre "colle" souvent aux mains (tout en entretenant une sourde appréhension), n’y est pas. Faut-il en prendre son parti ? Comme le confiait récemment Mc Carthy au Wall Street Journal, interrogé sur la difficile adaptation de ses romans à l’écran (le très violent "Méridien du sang" dont le style est diamétralement opposé, suscite les mêmes hésitations du monde du cinéma mais pourrait être adapté en 2011) : "un roman est un roman et un film est un film." Pour apprécier le second, mieux vaut ne pas avoir approché le premier.
LES AUTRES FILMS DE LA SEMAINE
La folle histoire d’amour de Simon Eskenazy
On l’avait quitté il y a dix ans, forcé de se marier avec avec Rosalie (Elza Zylberstein), lui l’homo. On le retrouve à la cinquantaine, plus homo que jamais, autocentré et un peu paumé. Lui, c’est Simon Eskenazy (campé par un formidable Antoine de Caunes) un brillant clarinettiste de musique Klezmer. Un personnage découvert en 1999 dans "L’homme est une femme comme les autres", réalisé par Jean-Jacques Zilbermann. Le même nous propose donc une suite. Et c’est une réussite. On a vraiment l’impression de ne pas avoir quitté Simon. On le retrouve, certes plus mature, mais toujours aussi désorienté, en proie à une sorte de "jemenfoutisme" à l’égard de son environnement et de ses proches. En apparence seulement. En réalité, Simon, d’origine juive, est un grand affectif qui commence par dire "non" avant de dire "oui". Ainsi, il finira par accepter que sa vieille mère - qui fût déportée à Auschwitz -, provisoirement impotente, vienne s’installer chez lui. Ainsi, il finira par reconnaître l’amour que lui porte un jeune travesti arabe (extraordinaire Medhi Dehbi qui incarne à la fois… quatre femmes et un homme). Ainsi encore, il acceptera de voir son fils de dix ans – qu’il a eu avec Rosalie – après avoir toujours refusé. On suit avec plaisir les hésitations, les maladresses et les fêlures de Simon. C’est bien filmé, sans prétention et doté d’un humour subtil omniprésent. Et, surtout, leçon de tolérance et d’ouverture d’esprit, c’est grâce à un jeune musulman que notre juif quinqua finira par s’assumer.
Famille, je vous "haime"
Simon Wolberg (François Damien) est maire d’une petite ville de province, père de famille aimant et concerné. Il croit pouvoir tout contrôler tout réussir, et pourtant tout s’écroule autour de lui. Il se dégage de "La famille Wolberg", réalisé par Axelle Ropert, un charme suranné, une atmosphère de sérénité. On dirait du Rohmer, jusque dans les dialogues très écrits et les attitudes parfois désuètes des personnages. A noter l’apparition du regretté Jocelyn Quivrin.
Téhéran sans autorisation
Tourné au printemps 2008, à l’approche du nouvel an iranien et des élection législatives, le film de Sepideh Farsi prend le pouls de la capitale de la république islamique et préfigure les événements qui ont secoué le pays en juin 2009. Réalisé à l’aide d’un téléphone portable, la réalisatrice a pu filmer sans attirer l’attention et dialoguer avec les habitants dans les rues, les cafés, les taxis, aux abords des lieux de culte et chez les gens. Elle recueille ainsi les témoignages des jeunes harcelés par les bassidji, des téhéranais en général touchés par le chômage. Mais loin d’être sombre ou rance, le propos est vif, piquant. En un mot : indispensable. La volonté de Sepideh Farsi de multiplier les angles et les approches nuit un peu à la narration, mais n’enlève rien à la valeur du témoignage.
L’écureuil qui voyait tout en vert
Tous petits, au cinéma ! Behzad Farahat et Nahid Shamsdoust retournent aux sources de l’image, avec ce film d’animation réalisé en 2-D. Primé à Téhéran en 2003, ce moyen-métrage d’une quarantaine de minutes se découpe en trois parties. "Contes qui tiennent sur une ligne" met en scène une étrange bestiole, qui n’est pas sans rappeler Scratch , l’écureuil de "L’Age de glace". Sans dialogue, "Pluie d’allégresse" montre des abeilles perturbées par la présence d’un éléphant. Dans "C’est moi qui l’ai trouvé !", un écureuil s’empare de la demeure d’un lapin blanc. Un hommage tendre à la nature, réservé aux plus petits.
Paranormal Activity
Victime de phénomènes étranges, un couple décide d’acheter une caméra pour en apporter la preuve. Une timide mention au début du film "produit avec l’autorisation des familles et du département de police de San Diego" suggère qu’il s’agit de faits réels, sur le modèle de "Blair Witch". Le film a pulvérisé le "box office" américain en quelques semaines. Dans la salle, l’équipe du film semble se creuser la tête en même temps que le spectateur pour savoir comment amener ces phénomènes, et instiller la peur. Toutes les nuits le même plan fixe, et une musique d’ambiance qui consiste en un bourdonnement sourd. Parfois la porte bouge, il faut attendre la 19ème nuit pour qu’elle claque. A en croire un medium, si le couple se déchire, les phénomènes empireront. Ce qui ne manque d’arriver. Au final le couple panique, le public pas du tout.
Bazar
Patricia Plattner filme sans effet le quotidien de Gabrielle (Bernadette Lafont), une femme mûre, dont la vie bascule à la suite de la fermeture de son commerce. Elle trouve alors du réconfort auprès d’un ouvrier de vingt-cinq ans (Pio Marmaï). Le traitement de cette relation entre une "senior" et un homme beaucoup plus jeune reste à la surface. Résultat, impossible d’adhérer à ce couple atypique. Les personnages secondaires demeurent inconsistants. Seules les scènes avec Lou Doillon (la fille enceinte de Gabrielle) apportent de la fraîcheur à cette intrigue plutôt plate.
La sainte victoire
Clovis Cornillac et Christian Clavier s’affrontent dans le film de François Favrat. Le premier y campe un architecte assoiffé de pouvoir qui se sacrifie pour aider le second - candidat à la municipalité -, à être élu. Sobre et efficace, Christian Clavier est impeccable dans le rôle de ce politique, dont le sens de l’intégrité vacille peu à peu. Dommage que les autres personnages aient été traités de façon stéréotypée. Idem pour les effets de caméra : l’utilisation abusive du zoom sur les visages des protagonistes altère leur crédibilité. La partie politique du film reste cependant bien menée. Les manigances accrochent le spectateur et le débat sur le danger des antennes téléphoniques fait un clin d’œil pertinent à l’actualité.
Food Inc
Le film de Robert Kenner peint une industrie agro-alimentaire américaine sclérosée par la logique de rendement, au détriment du consommateur final. Le réalisateur pose sa caméra dans les abattoirs, les poulaillers géants, les élevages de bovins ou les champs de maïs à perte de vue. Il pointe du doigt les dessous de ce système qui insulte la nature pour produire plus. Cependant, certaines séquences répétitives sont de nature à lasser le spectateur. Les plans aériens au dessus des exploitations agricoles, la musique country qui redémarre sans cesse, les animations grossières. Cependant même si les preuves, irréfutables sont déjà pour la plupart de notoriété publique le réquisitoire, dans la veine des documentaires engagés de Michael Moore, est accablant.
Sommeil blanc
Une peintre vit recluse dans la forêt ardéchoise pendant l’hiver. Alors qu’elle s’apprête à quitter sa maison et l’atelier dans lequel elle pleure la mort de son fils, elle recueille un jeune garçon errant. D’abord sauvage elle fait tout pour l’apprivoiser. Mais cette rencontre troublante lui fait perdre pied peu à peu. Jean Paul Guyon signe un premier long métrage pas très palpitant, tout en violence contenue. Son personnage, Camille (Hélène de Fougerolles) entraîne le spectateur dans sa dépression, sa léthargie est communicative. Une des propriétés de la neige est d’estomper les reliefs. Rarement film n’aura aussi bien porté son nom.
The limits of control
Rendez-nous le Jim Jarmush de "Stranger than paradise", de "Down by law" ou de "Mystery train". Le réalisateur en est aujourd’hui venu à s’auto-caricaturer. Comme dans ce dernier film, totalement abscons, où il est question d’un étrange personnage (Isaach de Bankolé) parcourant l’Espagne pour mener à bien une mission dont on se saura rien. A chacune de ses escales, il rencontre d’autres zozos plus énigmatiques les uns que les autres, avec lesquels il répète inlassablement les mêmes scènes. Et même si l’image - très plasticienne - est superbe, on s’ennuie ici à mourir.
Jean-Christophe Chanut, Sarah Foulard, Charles Faugeron et Clarisse Jay
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