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http://www.latribune.fr/loisirs/sur-les-ecrans/20091208trib000450940/chereau-en-pleine-persecution.html

Une mise en scène au cordeau, des dialogues brillants, une interprétation magistrale. Alors comment expliquer que le dernier film de Patrice Chéreau - "Persécution" - ne fonctionne pas toujours ? Ce dernier dit pourtant avoir mis beaucoup de lui-même pour tricoter l’histoire d’un personnage complexe et tourmenté, harcelé par un inconnu amoureux de lui. Une situation que le réalisateur a réellement vécue.
Voici donc Daniel (Romain Duris). Le jeune homme subvient à ses besoins en travaillant sur des chantiers, également squattés comme domicile. Dès qu’il le peut, il essaye de voir sa petite amie, Sonia (Charlotte Gainsbourg), dont il est fou amoureux. Mais le couple a choisi de ne pas vivre ensemble. D’autant que Sonia a un besoin viscéral d’indépendance. Et elle est souvent en déplacement à l’étranger pour son travail. En son absence, Daniel en profite pour s’occuper de personnes âgées dans une maison de retraite. Il apporte aussi un soutien sans faille à son meilleur ami, dépressif chronique. Reste qu’il doit constamment lutter contre ses démons intérieurs. Et plus encore lorsqu’un homme (Jean-Hugues Anglade) commence à le suivre et à s’introduire chez lui.
Il y a quelque chose d’hypnotisant et de glaçant dans les premières scènes de "Persécution". Notamment celle saisie dans le métro, où une femme gifle une passagère après avoir fait la manche. Chéreau braque sa caméra sur ses personnages, filme Paris comme une ville étriquée et étouffante. Les scènes avec Jean-Hugues Anglade sont saisissantes. Et l’on se demande si ce personnage si réel n’est pas un double imaginaire (l’inconscient ?) de Daniel.
Dommage que le réalisateur ne maintienne pas cette tension, annoncée dans le titre, tout au long de "Persécution". A cela, il préfère focaliser sur les questions existentielles (notamment sur le couple) que se posent ses personnages à travers des dialogues dont la longueur aurait davantage convenu au théâtre. Ils n’en sont pas moins portés par des comédiens exceptionnels qui occupent l’espace comme rarement à l’écran. Romain Duris est habité par son rôle. Jean-Hugues Anglade n’a jamais été aussi inquiétant, et Charlotte Gainsbourg - par un jeu très dépouillé - rappelle ici combien son prix d’interprétation à Cannes était mérité.
LES AUTRES FILMS DE LA SEMAINE
Le miracle des loups
Une belle histoire, de très belles images. "Loup", réalisé par Nicolas Vanier, a tout pour devenir le film fétiche des enfants et des adolescents en cette période de fin d’année. Une oeuvre qui fait la part belle à l’imaginaire, au rêve d’aventure et qui rend hommage à la nature. Comment ne pas s’identifier au jeune héros du film qui va devoir concilier ses devoirs envers sa famille et sa passion pour les loups. Sergueï est un jeune Evène, ce peuple nomade éleveur de rennes qui vit dans les montagnes de Sibérie orientale. A 16 ans, il est nommé gardien de la grande harde de 2.000 rennes qui appartient à son clan dont le chef n’est autre que son père. Sergueï doit protéger les bêtes contre les attaques des loups. Tout Evène qui se respecte ne doit jamais hésiter à abattre un loup quand il en croise un. Or, Sergueï n’arrive pas à commettre l’irréparable face à une louve et ses cinq minuscules louveteaux. Au contraire, l’ado se lie d’amitié avec toute la petite famille loup et, ainsi, trahit son père et son clan. Mais les louveteaux grandissent et deviennent chaque jour plus menaçants vis-à-vis des rennes…
Le film est un prolongement du roman "Loup", publié par le même Nicolas Vanier en 2008. Une façon pour l’auteur de rendre une nouvelle fois hommage aux Evenes, ce peuple libre qui vit selon des rites ancestraux en Sibérie. Un peuple que Vanier à longuement fréquenté lors de ses périples. Outre cet aspect ethnologique, "Loup" a aussi une dimension écologique. C’est un véritable hymne à la nature. Et plus le film avance, plus on se rend compte que c’est davantage l’homme qui est un loup pour l’homme. Ainsi, un moment donné, il est question de la déforestation titanesque en cours, du fait des Russes, sur le territoire des Evenes.
Mais "Loup" a aussi une aspect plus intimiste. En nous décrivant de façon subtile les liens entre un père et son fils. Au début, ils sont totalement en opposition. Le père ne peut pas comprendre que son fils défende les loups. Puis, les deux jugements finissent par se rapprocher. Tout cela est filmé de façon splendide. Un film délicieusement régressif où l’on s’émerveille devant les loups et les paysages magnifiques.
Huacho
Le réalisateur chilien Alejandro Fernández Almendras livre un premier long-métrage rural, sélectionné à Cannes à l’occasion de la semaine de la critique. Du lever du jour à la tombée de la nuit, le spectateur suit tour à tour le quotidien des membres d’une famille de paysans. La grand-mère fabrique son fromage pour le vendre, la mère cuisine dans un établissement touristique, le fils se confronte aux écoliers citadins, le grand-père clôture un pré. Avec ses acteurs non professionnels, ce film aux allures de documentaire souligne l’écart entre la vie de ces personnages et le monde de la mondialisation. Un univers convoité, dont ils sont rejetés. Alternant plans larges et plus resserrés, Almendras propose un film presque naturaliste, une vision brute des paysans chiliens.
Le Beau-père
Plus connu en tant que réalisateur de séries ("Urgences", "Les Experts", "Dr. House"…), Nelson McCormick revient au cinéma avec un personnage de psychopathe. A la recherche de la famille parfaite, David Harris procède ainsi : il séduit une jeune divorcée, tente de s’imposer comme le nouveau patriarche et assassine mère et enfants dès qu’il s’aperçoit que son idéal de vie lui échappe. Remake du long-métrage de Joseph Ruben (1987), cette version n’a d’original que le changement de point de vue. Face au dénouement évident de l’intrigue, les effets de suspens, limités, fonctionnent mal. Dylan Walsh (le Dr. McNamara de "Nip/Tuck") reste cependant convaincant.
Yuki & Nina
L’amitié entre Yuki et Nina, toutes deux âgées de neuf ans, est compromise le jour où les parents de la première décident de rompre. La mère retourne vivre au Japon et désire y emmener l’enfant. Mais les fillettes refusent d’être séparées et imaginent la fugue en ultime recours. Projeté lors de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, ce long-métrage résulte de la collaboration entre Nobuhiro Suwa ("Un Couple parfait") et Hippolyte Girardot, qui joue également le père de Yuki. Plans larges, la caméra suit principalement les deux amies dans leurs discussions, leurs jeux. D’où certaines longueurs. Dommage que le film ne se soit pas davantage intéressé à leurs sentiments. Cette vision de la séparation, du côté des enfants, aurait gagné en force.
Léa Fehner, sans concession
Avec "Qu’un seul tienne et les autres suivront", Léa Fehner croise trois portraits. Celui d’une mère, qui quitte l’Algérie pour tenter de comprendre le meurtre de son fils. D’un homme perdu à qui l’on propose un changement de vie à haut risque. Et celui d’une adolescente plongée dans le milieu carcéral, à la suite de sa rencontre avec un marginal. Avec des passages filmés caméra au poing, la réalisatrice projette le spectateur en plein cœur de la vie de ses personnages et multiplie les gros plans pour capter au plus près l’émotion. Sans jamais tomber dans le mélodrame. Avec un titre imaginé comme une parole de résistance, "Qu’un seul tienne et les autres suivront" immerge le spectateur dans un monde sans concession. Poignant.
Mensch
Sam, 35 ans (Nicolas Cazalé), casse des coffres-forts par passion et fraye avec des personnes peu recommandables. Son existence de malfaiteur finit par interférer avec sa vie de père, de fils, de frère même. Personne dans sa famille n’est dupe. Il souhaite "se ranger", devenir un "mensch", un homme bien. Cependant il y a ce dernier coup, risqué, mais qui pourrait lui rapporter gros. Entre plans convenus et répliques stéréotypées, Steve Suissa signe malgré lui un film de genre, dont les ficelles prennent parfois un peu trop de place. Au final on s’attache davantage à l’esthétique du film, à la photo, qu’à la crédibilité des personnages, aux traits franchement caricaturaux. On note au passage l’affection témoignée par le réalisateur pour le quartier du 9ème, autour des Folies Bergères où se situe le coeur de l’action.
RTT, de Frédéric Berthe
Arthur, vendeur de chaussures sans histoire, un peu ballot (Kad Merad), part empêcher le mariage de sa fiancée avec un autre à Miami en Floride. Il croise la route d’Emilie Vergano (Mélanie Doutey), voleuse de tableaux hors pair, qui s’embarque dans le même avion après un casse réussi au Mac-Val, le musée d’art contemporain du Val de Marne. A leurs trousses, un flic hargneux (Manu Payet). Emilie va embarquer Arthur dans une cavale pittoresque à travers l’Amérique d’Obama vue par les "frenchies". A noter la course poursuite en air boat dans les marécages de Floride, exemple du genre. Malgré son côté "le ch’ti aux US" qui ne tient qu’au choix de l’acteur principal, "RTT" reste une comédie légère et distrayante où les personnages se prêtent chacun leur tour à l’exercice de parler anglais, avec plus ou moins de succès.
Jean-Christophe Chanut, Charles Faugeron, Sarah Foulard et Yasmine Youssi
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