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Source : La Tribune.fr - 26/01/2010 | 15:56 - 1413 mots  | 

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François Ozon, une valeur refuge



Le nouveau film de François Ozon, réalisateur incontournable du paysage cinématographique français, raconte le cheminement d'une jeune femme enceinte vers la maternité.

film Le Refuge

Le personnage principal du nouveau film de François Ozon est le beau ventre bien rond d’une femme enceinte. Celui de Mousse (Isabelle Carré) qui porte le bébé de son compagnon Louis (Melvil Poupaud) mort d’overdose. Héroïnomane, la jeune femme l’était aussi, mais elle se soigne en avalant des flacons de méthadone comme on boit du sirop. La mère de Louis (Claire Vernet, glaçante) l’ayant sommé d’avorter, Mousse part trouver refuge sur la côte Basque pendant l’été. Tandis qu’elle vit seule, recroquevillée, elle reçoit la visite de Paul (Louis-Ronan Choisy), le frère du défunt. A son contact elle renaît timidement, et finit par s’assumer.

Isabelle Carré campe admirablement cette métamorphose. Sous ses traits, Mousse, une fille qui ne s’en laisse pas compter, cynique à l’excès, se laisse lentement aller vers la vie. A tâtons, elle chancelle, mais enfin s’épanouit.Le personnage de Paul, interprété par Louis-Ronan Choisy traverse le film avec une tranquille assurance. Auteur, compositeur, interprète, mais pas encore acteur, Louis (son nom de scène) détonne. Le ton de sa voix semble par instants donner le rythme des scènes où il apparaît. Au piano il fait mine d’improviser une chanson, dont les paroles résument le sentiment des deux protagonistes : "de l’autre côté on t’attend déjà. Une voix te dit tout bas : Rejoins-moi". Ils ont en commun un mort et bientôt beaucoup plus que cela. Mousse qui vit d'abord sa grossesse comme une fatalité, comme un moyen de perpétuer le souvenir de son amant défunt, finit par envisager la maternité assortie d'espoir.

Le Refuge a été tourné à Saint Jean de Luz pendant l’été. Par conséquent la lumière est vive, douce. Le contraste avec les scènes du début, à Paris où Mousse et Louis vivent d’amour, d’héro et de vodka dans un appartement désaffecté, est parlant. La focale, longue, permet de placer les personnages et leur beauté au centre de l’image et de flatter l’œil du spectateur.

De son propre aveu, François Ozon rêvait de tourner un film sur la grossesse, après avoir abordé différents aspects de la maternité dans "Ricky" ou "Le Temps qui reste". Ici la future mère est sublimée, la caméra s'attarde sur sa belle peau laiteuse, son ventre rebondi. Le réalisateur s'est penché aussi sur les interrogations et les sensations de la jeune femme enceinte pour la première fois. Ainsi il donne vie à un film intimiste, émouvant, à la fois chaud doux et mou comme le corps d'un nouveau-né.

 

 

LES AUTRES SORTIES EN SALLE

 

George Clooney perd sa licence

 

A Hollywood, cet homme-là fait figure de cas d’école. Car Jason Reitman n’a pas son pareil pour s’emparer des sujets les plus lourds avant de les tourner en comédies dramatiques beaucoup moins consensuelles qu’elles n’y paraissent. C’était déjà le cas avec Juno et son histoire d’adolescente décidée à mener sa grossesse à bien. Le réalisateur récidive aujourd’hui avec "In the air" porté par un George Clooney particulièrement inspiré. Le comédien y campe le personnage de Ryan Bingham, cadre en ressources humaines dont le quotidien consiste à parcourir les Etats-Unis, afin de licencier des salariés pour le compte de patrons soucieux de ne pas se salir les mains. Ryan s’est totalement fait à son travail. Il aime les aéroports, leurs hôtels et les correspondances. Les femmes qu’il y rencontre aussi. Comme la belle Alex (Vera Farmiga), tout aussi portée que lui sur les cartes de fidélités. Aussi, lorsqu’une gamine aux dents longues, Natalie (Anna Kendrick), arrive dans sa boite avec l’idée de révolutionner le métier en imposant le licenciement par Internet, Ryan voit rouge.

"In the air" entre en parfaite résonnance avec une actualité américaine plombée par le chômage. Les premières scènes du film, sur les méthodes employées par Ryan pour procéder aux licenciements, tiennent presque du documentaire. Reitman en profite pour souligner le cynisme d’une situation de plus en plus déshumanisée avec un Clooney tout à la fois manipulateur, impassible ou fuyant. Pire encore est le personnage de Natalie, une tueuse tant qu’elle s’abrite derrière un écran, en vrac dès qu’elle est confrontée à la réalité.

Reitman, comme son personnage principal en apesanteur entre ciel et terre du fait de ses déplacements, maintient son film dans un entre-deux. "In the air" tient de la comédie et du film politique. Il est à la fois grand public et radical dans sa dénonciation du monde du travail. C’est ce qui fait sa force malgré quelques scènes répétitives. Mais aussi sa (petite) faiblesse. Car on se prend parfois à espérer un geste encore plus fort de la part du réalisateur.

 

Des "Océans" pas toujours pacifiques

 

 

Cette fois, c’est le monde marin qui a attiré Jacques Perrin. Après s’être intéressé aux oiseaux ("Le peuple migrateur"), aux insectes ("Microcosmos"), le réalisateur s’est immergé dans le monde du silence pour nous faire découvrir les beautés mais aussi la fragilité de l’univers liquide. Durant plus de 90 minutes, le spectateur est littéralement entraîné dans les courants à la découverte de nombreux mammifères marins (baleines, dauphins, dugongs, etc...), poissons – avec, notamment de splendides images de requins - et autre créatures étonnantes. Les techniques employées - révolutionnaires - donnent toute son originalité et sa splendeur à ce documentaire : mini hélicoptère qui permet de filmer au ras des vagues, caméra torpille qui donne l’impression de faire la course avec les dauphins, etc...

Les commentaires (dits par Jacques Perrin) sont volontairement rares. Sauf quand il s’agit de montre du doigt les abus commis par l’homme. Car, c’est toute la force de ce film naturaliste, après nous avoir montré tant de merveilles, les images deviennent soudainement très cruelles pour dénoncer des méthodes de pêche (découpe sauvage de requins, filets dérivants) ou de chasse (baleine victimes de harpons explosifs). C’est bref mais à la limite de l’insoutenable. Et que dire de ce véritable cri d’alarme poussé par Perrin en nous présentant une galerie imaginaire des espèces à jamais disparues. Pour autant, le film n’a rien de moralisateur, il se contente d’énoncer un message limpide : l’océan et ses merveilles peuvent encore être sauvés mais il faut faire vite.

 

Conte de fée à la Nouvelle Orléans

A l’heure où la 3 D assure le fulgurant succès d’Avatar, la 2D, l’animation traditionnelle fait un retour au premier plan avec les studios Disney qui proposent aujourd’hui un conte de fées inspiré des frères Grimm, "La Princesse et la grenouille". L’histoire d’une jeune serveuse noire (Tiana) obsédée par l’idée ouvrir un restaurant. Située dans la Nouvelle Orleans des années 20- l’époque flamboyante du jazz- l’œuvre vante les mérites de la réussite par le travail et de la diversité, invite au voyage dans les lieux majeurs de cette Louisiane si chère aux Français, et renoue avec les films d’animation musicaux. Ecrite par le pianiste Randy Newman, la musique originale fait ainsi appel à des gloires de la scène locale.

 

Chaque jour est une fête

C’est un car de femmes qui embarque chaque semaine à Beyrouth des mères, des épouses ou des filles dont les hommes sont retenus dans une prison de l’arrière-pays libanais. Sauf que ce jour-là, le chauffeur est assassiné d’une balle dans la tête, plantant ses passagères au milieu de nulle part. Trois d’entre elles vont alors s’épauler pour tenter de gagner le pénitencier, alors que la région est sous tension. Ce long-métrage de Dima El-Horr porte de manière littérale le qualificatif de film d’art et d’essai. Car certaines scènes, de toute beauté, tiennent de l’installation contemporaine ou de l’art vidéo. Mais l’ensemble est malheureusement inabouti, avec des ellipses et des ruptures qui égarent le spectateur.

Gros film en perspective

Mal considérés. Réputés malades, et hors normes, une bande de copains complexés par leur poids décident de s’assumer en pratiquant le sumô. Noble discipline, elle va permettre à ces jeunes israéliens de s’accepter, d’inspirer le respect et de reconquérir leur dignité. Grand prix du Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, prix "coup de cœur de la profession", "Sumô" regorge d’espoir, d’amour et de joie. Sharon Maymon et Erez Tadmor réalisent un film sexy, touchant et drôle. En un mot : magique.

 

Fils à maman

Ha Jung est un jeune homme de 27 ans un peu simplet. Sa mère n’a de cesse de s’inquiéter pour lui, son avenir, ses fréquentations. Le jour où une jeune étudiante décède dans des circonstances mystérieuses, le soupçon se porte sur Ha Jung et celui-ci est jeté en prison. Pour le disculper, sa mère va mener l’enquête… à sa façon. Bong Joon-ho le réalisateur coréen de "The Host" et "Memories of murder" signe un film d’exception où la folie affleure. Le dérapage n’est jamais loin. La performance des acteurs est époustouflante. Du grand art.

Jean-Christophe Chanut, Charles Faugeron, Jean-Louis Lemarchand et Yasmine Youssi

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