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Source : La Tribune.fr - 02/02/2010 | 18:19 - 1233 mots  | 

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Sherlock Holmes en quête de modernité

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Vingt ans que le détective anglais Sherlock Holmes n'avait pas enquêté pour le grand écran. Le réalisateur Guy Ritchie le convoque aujourd'hui pour une version extrêmement moderne.

filmSherlockHolmes

"Les Experts" de la télé n’ont rien inventé. Au XIXème siècle, Sherlock Holmes avait déjà tout compris. Pas de détecteurs d’ADN pour le détective anglais mais un sens aigu de l’observation et de la déduction, une érudition et une curiosité ultra développée et, point non négligeable, une certaine aptitude à la boxe anglaise comme le rappelle aujourd’hui Guy Ritchie sur grand écran.

Pour cette fois, le célébrissime détective (ici interprété par Robert Downey Jr) et son assistant le Docteur Watson (Jude Law) peuvent se vanter d’avoir résolu un cas complexe, après avoir arrêté le tueur et occulte "magicien" Lord Blackwood (Mark Strong). Mais lorsque ce dernier revient mystérieusement d’entre les morts pour reprendre ses funestes activités, Sherlock Holmes - alors en mal d’aventures -, se lance à sa poursuite… Après les comédies de gangsters qui l’ont fait connaître (telles "Snatch" ou "Arnaques, crime et botanique"), le britannique Guy Ritchie s’essaye cette fois à la grosse production policière d’époque ! Ca fait beaucoup à la fois, et pourtant on ne peut que se réjouir du travail accompli. Exit les bides comme "A la dérive" qui portait si bien son nom avec Madona (ex-Madame Ritchie à la ville), ou "Revolver".

Ici, les scénaristes Anthony Peckham et Simon Kinberg (Jumper) ont adapté le comic book jamais édité de Lionel Wigram ("Sherlock Holmes") sur un ton résolument moderne, Holmes tenant plus du super héros que du gentleman british.

Sur le papier, l’idée laisse perplexe. Mais à l’écran le charisme de Robert Downey Jr (qui a reçu le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie) et Jude Law nous convainc sans peine. Holmes est tour à tour un combattant hors pair lors de scènes d’actions dynamiques et dignes de ce nom, un fouineur invétéré ou bien encore un savant fou un peu ahuri.

Dans un Londres des années 1890 qui s’industrialise, à la fois réaliste par sa reconstitution et immatériel par le traitement de l’image, on suit avec engouement ces deux Anglais dans leur enquête. Certes le film n’échappe pas aux clichés mais pas à ceux qu’on attendait. On ne voit jamais Sherlock Holmes en pardessus. Pas plus qu’on n’entend le délicieux "Elémentaire mon cher Watson". Mais il y aura une femme, la belle Irène Adler (interprété par Rachel McAdams), dont la présence ne sert pas franchement l’intérêt de l’intrigue. Des blagues à l’humour bon enfant. Et la fin appelle une suite. Mais "Sherlock Holmes" reste quoi qu’il arrive plus fort que tous Les Experts réunis.

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE


 

Back to the USSR

Il suffit de lui mettre un crayon entre les mains pour qu’il rédige certains des romans les plus captivants de ces quinze dernières années. Une caméra, et voilà Marc Dugain qui témoigne d’une extraordinaire maîtrise du septième art. Car le romancier adapte aujourd’hui à l’écran son avant-dernier livre, "Une exécution ordinaire" (Folio Gallimard). Et réussit une extraordinaire reconstitution de la Russie soviétique.

Nous voilà donc transportés dans le Moscou de 1952. C’est là que vivent Anna (Marina Hands, parfaite) et Vassili (Edouard Baer, très émouvant). Plus amoureux que jamais, ils essayent d’avoir un enfant. Lui est physicien. Elle, urologue dans un hôpital de banlieue. Contrairement à ses collègues, jaloux d’elle, ses consultations sont pleines. Tous les patients veulent bénéficier de ses dons de magnétiseuses. Jusqu’à Staline qui en entend parler et la convoque au Kremlin pour le soigner. Mais pour éviter les fuites sur sa maladie, il préfère se débarrasser de Vassili en le faisant arrêter par le KGB.

Certes, les fans du romancier risquent de rester sur leur faim, ce dernier ayant choisi d’adapter son livre en le réduisant à son intrigue la plus historique. Alors que la force du roman tenait dans cet aller et retour permanent entre le passé et un présent qui coïncidait avec le naufrage du sous-marin Koursk en 2000.

Reste la maestria avec laquelle Dugain raconte cette histoire au cinéma. Du jeu des acteurs aux costumes et aux décors, tout ici renvoie à la Russie soviétique. La peur suinte des murs aux couleurs ternes. Le réalisateur évoque à merveille ce climat de terreur et de dénonciation à travers le personnage du concierge d’Anna et Vassili, campé par l’impeccable Denis Podalydès. Et que dire d’André Dussolier dans le rôle de Staline dont Dugain imagine ici les derniers jours. Un ton paternaliste doux, une voix monocorde pour débiter les pires horreurs, quelques prothèses pour rappeler la peau grêlée du personnage et le tour et joué. Une véritable performance.

 

Lebanon

 

Ce film israélien de Samuel Maoz est un choc. Le réalisateur fait partie de ce groupe de jeunes cinéaste israéliens, à l’instar d’Ari Folman l’auteur de "Valse avec Bachir", qui n’hésite pas à briser certains tabous concernant l’armée et la politique de leur pays. Et pour cause, Samuel Maoz et Ari Folman ont eux même étaient soldats durant la guerre du Liban en 1982. Un traumatisme dont ils ne sont toujours pas guéris près de 30 ans après. "Lebanon" est , à cet égard, un véritable récit autobiographique (Maoz était tankiste). La réalisation du film est aussi pesante que formidable. Il s’agit d’un véritable huis clos. Le spectateur est dans le tank pendant 1h30. Les mouvements de la caméra sont calqués sur le viseur du tireur, tout ce qui est à l’extérieur du tank est vu par le regard de l’artilleur. Et cette vison est cauchemardesque : ici une fillette qui meurt devant nous… et devant sa mère qui hurle de douleur ; là un âne agonisant, éventré, dont l’oeil pleure la folie des humains. Et ces cinq jeunes soldats, limite de sombrer dans la folie, tremblant et doutant de l’utilité de leur mission. Un film criant de vérité, dénonçant intelligemment la guerre.

 

Au nom du frère

Jim Sheridan, le réalisateur d'"Au nom du père" prend prétexte de la guerre en Afghanistan pour conter les amours tumultueux de Sam (Tobey Maguire) et Grace (Natalie Portman). Lui est militaire, elle femme au foyer. Lorsqu’il est porté disparu, elle se rapproche de son frère (Jake Gyllenhaal). Ce que ne peut supporter Sam à son retour. Il manque ici une force, un souffle qui porte le film. Comme si les comédiens étaient trop jeunes pour cette histoire. Maguire est à peine crédible en militaire aguerri et les scènes de guerre paraissent artificielles.

 

La petite fille qui voulait voler

 

Décidément, le savoir faire des Japonais en matière de dessins animés n’est plus à démontrer. Dans le sillage du génial Miyazaki, voici Rintaro et son nouvel opus, "Yona" : l’histoire du petite fille qui, depuis la mort de son père, rêve de voler. Un jour, elle découvre une étrange créature, Chaley, qui lui demande de sauver de charmants petits personnages, en proie au diabolique Bouca-Bouh. Les dessins et les couleurs sont magnifiques et la petite Yona est vraiment craquante. Les bambins (dès cinq ans) vont adorer. Pour ne rien gâcher, il y a pas mal d’humour et le jeune public aura parfois juste un peu peur mais pas trop !

 

Rédemption

Confondu par l’une de ses étudiantes qui l’accuse d’être pervers, le professeur David Lurie (John Malkovich) quitte la ville du Cap en Afrique du Sud pour rejoindre sa fille dans une ferme isolée. Mais tout deux y subissent une agression. Le choc est terrible. Meurtri, assommé il commence alors à se repentir. Servi par la prestance de John Malkovich, "Disgrace", film de Steve Jacobs, interroge à la fois le rapport homme-femme et la réalité de la société post raciale en Afrique du Sud. Un film coup de poing. Magistral.

Marine Cluet, Jean-Christophe Chanut, Charles Faugeron, Yasmine Youssi

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