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64E ÉDITION

Les frères Dardenne conduisent "Le gamin au vélo" à Cannes

Source : La Tribune.fr - 15/05/2011 | 11:29 - 414 mots  | 
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Habitués à monter le tapis rouge et à récolter les palmes, les frères Dardenne reviennent à Cannes avec « Le gamin au vélo », une œuvre ramassée, d'une rare intensité, sur un gamin en quête de son père.

 Deux palmes d'Or (« Rosetta » et « L'enfant »). Deux prix d'interprétation, l'un pour Emilie Dequenne dans « Rosetta », l'autre pour Olivier Gourmet dans « Le fils ». Un prix du scénario (« Le silence de Lorna »). Jean-Pierre et Luc Dardenne sont ce que l'on appelle les habitués du Festival de Cannes. Leur dernier film, « Le gamin au vélo » (présenté ce week-end dernier, en salle mercredi) repartira-t-il, lui aussi, avec un prix ? Pourquoi pas. Thomas Doret, le gamin en question, 12 ans, s'impose comme la révélation de ce film, offrant au public un jeu et une présence aussi dense que celle de Jean-Pierre Léaud dans « Les 400 coups » de François Truffaut. Quant aux Dardenne, ils poussent leur art jusqu'à l'épure, comme jamais auparavant.
Nous voici donc, cette fois encore, aux abords d'une petite ville de la province belge francophone. Et plus exactement dans un foyer pour enfant. C'est là qu'a été placé Cyril (Thomas Doret) par son père (Jérémie Renier), parti sans laisser d'adresse avec la vague promesse qu'il viendrait un jour le récupérer. Alors le garçonnet s'accroche à cette idée. Et met tout en œuvre pour retrouver ce dernier. En attendant, il parvient à convaincre Samantha (Cécile de France), coiffeuse dans une cité voisine, de l'héberger les week-ends.
Les réalisateurs belges brossent un portrait bouleversant, humaniste en diable, de cet enfant prêt à tout pour être avec son père, plein de ressources dès qu'il s'agit de le localiser, le suivant comme son ombre lorsqu'il y parvient, tentant de rester stoïque lorsque celui-ci lui explique qu'il ne veut plus, ne peut plus s'occuper de lui. Il se dégage de cette scène-là en particulier une violence psychologique pratiquement palpable.
Où est la mère de l'enfant ? Et pourquoi donc Samantha veut-elle s'occuper de lui ? Nul ne le sait. Et les Dardenne s'en moquent. Pas question à leurs yeux de verser dans la psychologie. Seuls comptent l'émotion, les sentiments, la souffrance de leurs personnages, polis comme un matériaux brut par des comédiens époustouflants. Peu habitués à tourner avec des acteurs déjà connus ou qu'ils n'ont pas lancés, les frères belges ont pour cette fois dérogé à leur règle en faisant appel à Cécile de France. Elle s'intègre à leur univers avec une simplicité exemplaire qui donne à son jeu toute sa force.
A l'heure où l'on convoque Freud pour un ongle cassé, « Le gamin au vélo » déroute. Mais on touche ici une intensité rarement égalée à l'écran.

Yasmine Youssi, à Cannes - 15/05/2011, 11:29  | 
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