Contenu :
Après un détour par le film historique (« l'Armée du crime »), Robert Guédiguian revient dans « les Neiges du Kilimandjaro » présenté à la Quinzaine des réalisateurs, à son sujet favori : le film social marseillais. Et à ses comédiens fétiches, Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride et Gérard Meylan.
Mais son approche a changé. Dans ses précédents films, on distinguait facilement le gentil (le prolétaire) du méchant (le puissant). Les choses sont ici bien plus complexes. A priori, le gentil devrait être le personnage de syndicaliste CGT incarné par Darroussin. Mais celui-ci ne manque de rien, est devenu propriétaire et même - de son propre aveu - « bourgeois ». Toujours a priori, le méchant devrait être son jeune collègue, licencié comme lui, joué par Grégoire Leprince-Ringuet, qui, un soir, vient le braquer. Mais Guédiguian reste bien un réalisateur de gauche. Son voleur n'est ni noir ni arabe, mais blanc pâle. Surtout, son geste est expliqué uniquement par sa situation sociale : c'est un chômeur, vivant dans une cité avec ses deux frères à charge. Enfin, Darroussin trouve que l'envoyer en prison n'est pas la bonne solution. Il est aussi interpellé par le discours de rébellion radicale du voleur. Bref, c'est le sous-prolétariat qui vole le prolétariat. Guédiguian ne met pas cette guerre entre pauvres sur le dos du grand capital, mais, plus courageusement, sonde la bonne conscience des bobos de gauche. Que reste-il de leurs principes généreux quand ils sont attaqués dans leur chair et leur portefeuille ? Au bilan, un grand film politique, drôle et émouvant, d'une brûlante actualité, bien que paradoxalement inspiré d'un poème de Victor Hugo, « les Pauvres Gens ».
Extrait :
|
Les plus commentés |
|
Les plus envoyés |
| Les plus lus |
Pied de page :