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Une oeuvre puissante, drôle et savoureuse. D'autant que cette « dramédie » mâtinée de comédie musicale régénère un genre phare du cinéma arabe. L'humour est ici au service d'un sujet extrêmement grave puisqu'il est question du conflit entre chrétiens et musulmans au Moyen-Orient. Mais le film aurait tout aussi bien pu se passer au Rwanda ou en Israël. Nous sommes donc là dans un petit village aride de montagne, séparé du reste du monde par un pont branlant. Les deux communautés religieuses qui y vivent ont réussi à faire taire les armes. Mais un rien pourrait les ramener à se battre. Alors les femmes des deux bords, dont l'unique destin a jusque-là consisté à pleurer les hommes, ont décidé de prendre les choses en main. Et de couper les mâles du monde extérieur, en débranchant l'unique poste de télévision, en les occupant avec des filles de l'Est recrutées spécialement pour l'occasion, en les régalant de gâteaux fourrés au haschich. Et c'est hilarant. Mais derrière les très belles images du film, les mélodies mélancoliques ou entraînantes, les rires provoqués par les personnages remarquablement interprétés par une belle brochette de comédiens, perce un film hautement subversif. Surtout pour la région. Nadine Labaki montre bien que Dieu n'est pour rien dans toute cette histoire, réduisant avec justesse le conflit à un problème de testostérone. Les femmes, elles, soutenues par le curé et l'imam du village, menacent carrément d'abjurer leur foi ou s'en prennent à la Vierge, ne comprenant pas qu'une mère comme elle puisse leur retirer leurs fils. Et tout cela se révèle diablement réjouissant.
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