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La Tribune.fr - 16/02/2009 à 08:58 - 495 mots

Pour tout décor, un plan incliné métallique, comme une aile d’avion échouée là, sur la scène. Une aile qui ronge la salle de la Comédie Française, aile sur laquelle les comédiens sont au bord du précipice. En déséquilibre. Montant, descendant, escaladant. Une ascension permanente. Nous sommes dans la Cordillières des Andes, dans ces montagnes où un avion vient de s’écraser.
Un avion privé avec à son bord un homme d’affaires, son staff, leurs femmes ou leurs maîtresses. Une adolescente. Neuf personnes en tout, dont nous venons à peine de faire connaissance. Chacun avec ses propres suffisances, sa morgue, mais aussi ses blessures. Ses frustrations. C’est ce monde que décrit "L’Ordinaire" de Michel Vinaver.
Des gens qui s’imaginent posséder l’univers, qui vont à la rencontre du général Pinochet pour lui vendre des maisons préfabriquées. Brusquement, à la suite d’un crash, ils se retrouvent comme des animaux dans une nature hostile. Et cette comédie du pouvoir dont ils sont les acteurs vaniteux va devenir tragédie.
Comment survivre et jusqu’au peut-on aller pour le faire? Qui commande désormais? Michel Vinaver s’est inspiré d’un fait divers réel qui a eu lieu en 1972. Mais la force de son texte et de son langage c’est de s’éloigner de l’anecdote. Il en est loin. Sa dramaturgie navigue entre tragédie antique, comédie et drame. De l’aventure individuelle où chacun se livre jusqu’au plus profond de lui-même on passe au destin collectif où les décisions deviennent fondamentales. Pour survivre il faudra manger de l’homme, de la chair de ceux qui sont déjà mort.
C’est ce cannibalisme qui révèle chacun, remet en question toutes les certitudes, plonge ceux qui croient dans le désarroi. Mais c’est aussi ce qui les mène au-delà de leur conscience, de leur croyance, dans une sorte de virginité qu’ils ne pensaient pas posséder, tellement perverti par la société moderne. Il y a comme une certaine insolence dans le texte de Michel Vinaver, lorsqu’il introduit une sorte d’humour, de cocasserie jamais macabre. Quotidien. Ordinaire pourrait-on dire.
L’auteur a voulu mettre lui-même en scène sa propre pièce, avec la collaboration de la scénographe et costumière Gilone Brun. Une belle réussite, sans paraphrase, sans pesanteur. Ces personnages qu’il connaît bien il les laisse vivre dans la liberté qui est la leur. Il leur offre des moments d’émotions jamais galvaudés. Le réel ne l’intéresse pas, le théâtre le transgresse, mais seulement la vérité de l’instant. De l’action. Aucune complaisance, aucun narcissisme. Le plaisir du théâtre tout simplement.
Dans une distribution très juste on remarque une jeune comédienne qui ne fait partie de la troupe de la Comédie Française, Priscilla Bescond. La benjamine de ces naufragés. Il y a en elle une beauté de sentiments qu’elle exprime avec une ferveur, une émotion qui émeut. Dommage que la pièce soit cependant un peu trop longue.
Comédie Française, salle Richelieu, Place Colette, Paris 1er, tél. : 0825 10 16 80. En alternance à 20 h 30, matinée à 14 h. Jusqu’au 19 mai. Durée : 2 h 30 sans entracte.
Jean-Louis Pinte
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jlss a écrit le 26/04/2009 à 21:42 :
Bescond la meilluer, très jolie en plus..
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