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Cela faisait belle lurette qu’une salle de concert français n’avait programmé Francesco Cavalli. Ce baroqueux italien né en 1602 n’a certes pas vraiment laissé une trace majeure dans l’histoire de la musique. L’homme était pourtant prolixe (il a composé pas moins de 35 opéras) et a eu un énorme succès de son vivant.
En produisant La Calisto, le Théâtre des Champs Elysées a manifestement voulu réparer cet oubli. Pour se faire, il a choisi l’un des opéras les plus aboutis et structurés de ce compositeur. Œuvre de maturité (elle date de 1651), La Calisto est une transcription de l’un des épisodes des métamorphoses d’Ovide. Avec une trame, donc, très mythologique, Cavalli livre ici une histoire tout à la fois édifiante, loufoque et finalement assez moralisatrice.
Calisto (qui veut dire la plus belle en grec ancien) est une jeune et magnifique nymphe au service de Diane, la chaste chasseresse. Jupiter, de passage sur terre pour profiter "des délices terriens", s’émeut immédiatement des charmes de cette jeune vierge. Celle-ci n’entend pas s’en laisser promettre. Jupiter prend alors les traits de Diane pour mieux l’amadouer. Stratagème qui sera couronné de succès. Pendant ce temps, se noue une idylle platonique entre la maîtresse de Calisto, Diane, et un jeune berger. Lorsque Diane se rend compte des mésaventures de Calisto, elle décide de la chasser, la laissant entre les griffes de Junon, la femme de Jupiter fermement décidée à se venger des frasques de son coquin de mari. Celle-ci la transforme en ourse.
Horrifié par ces développements, Jupiter redonne à Calisto ses formes humaines et l’emmène avec lui dans les cieux lui promettant l’éternité. Cette trame serait certes d’un ennui mortel si elle n’était émaillée tout au long du spectacle d’une série de réparties débridées dominées par les pulsions libidineuses de certains des principaux personnages dont bien évidemment Jupiter et son âme damnée Mercure qui n’a de cesse de vanter toutes les fraudes pourvu qu’elles permettent d’aboutir à ses fins. Et ce, dans la plus pure tradition comique du théâtre de la Renaissance. Du coup, on rit beaucoup devant toutes ces péripéties entre terriens, dieux et demi dieux qui n’en pincent finalement que pour une seule chose : la passion amoureuse.
La musique de Cavalli est à la mesure de la trame : virevoltante, enjouée et parfois douloureuse. Avec cette spécificité de ressembler à un récit chanté, digne de la tradition vénitienne. Assez loin des constructions plus musicales des oratorios de Haendel. Avec des chants particulièrement émouvants, surtout ceux de Calisto lorsqu’elle se rend compte qu’elle a été dupée par Jupiter. La plupart des chanteurs servent, il est vrai, parfaitement les protagonistes qu’ils incarnent. Calisto (Sophie Karhäuser) et Junon (Véronique Gens), dirigées par Christophe Rousset, sont particulièrement convaincantes, maîtrisant avec la même efficacité toutes les facéties d’une partition pas toujours aisée.
La symbolique mythologique est également assez finement traduite par la mise en scène de Macha Makeïeff qui s’est surtout attachée à des jeux de lumières nous faisant voyager tour à tour sur terre et dans les cieux et nous faisant plus que jamais croire que les Dieux sont tombés sur la tête !
La Calisto
Théâtre des Champs Elysées
Prochaines représentations les 11 et 14 mai à 19h30
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