La Tribune

La voiture électrique, rêve ou réalité ?

Antoine Gourevitch, directeur associé, et Vanessa Lyon, chef de projet, Boston Consulting Group Paris.  |   -  791  mots
Par Antoine Gourevitch, directeur associé, et Vanessa Lyon, chef de projet, Boston Consulting Group Paris.

Le rêve d'un monde moderne avec des voitures électriques, silencieuses et non polluantes, n'a jamais été aussi proche. Leurs performances sont désormais très compétitives, les habitudes de ­consommation changent, les problématiques environnementales et énergétiques sont une priorité pour les politiques prêts à mettre en place des mesures d'une ampleur suffisante pour changer les paradigmes. L'enjeu est important car le transport de passagers représente 15% des émissions de CO2 et est aussi responsable d'autres pollutions.
 

Que faut-il pour que la voiture électrique fasse partie de notre quotidien dans les cinq ans?? Pour que le rêve devienne enfin réalité?? La difficulté principale est de créer les conditions pour que l'offre et la demande se rencontrent?: faire en sorte que les ­consommateurs souhaitent acheter cette voiture, que l'électricité soit accessible, que les industriels investissent en R&D et que les prix deviennent attractifs.

Dans un contexte de flambée du prix du pétrole, la voiture électrique est une réponse séduisante à la question de l'indépendance énergétique qui touche au premier rang la voiture thermique. D'autant plus que le basculement du parc automobile à l'électrique ne devrait pas créer de tension sur l'équilibre offre-demande en électricité?: en France, si 15% du parc automobile passait à l'électrique, la demande annuelle en électricité n'augmenterait que de 3%, avec un bilan CO2 amélioré de 90% par rapport au thermique (grâce à notre mix énergétique peu carboné).
 

En termes de performances, les voitures électriques rivalisent désormais avec les voitures thermiques grâce aux technologies Lithium-ion qui ont permis des progrès significatifs. La Blue Car du groupe Bolloré, prévue pour 2009, proposera un confort satisfaisant?: une accélération de 0 à 60 km/h en 6,3 secondes, une vitesse maximale de 130 km/h et une autonomie de 250 km. Aux Etats-Unis, le Tesla Roadster, déjà en vente pour 110.000 dollars, monte à 100 km/h en 3,9 secondes et peut atteindre ­­200 km/­h avec une autonomie de 350 km. Si les batteries sont encore chères, les progrès en matière de conception et les perspectives de production dans des volumes industriels devraient permettre d'atteindre des prix comparables à ceux des voitures classiques.

Au-delà du phénomène du green, renforcé par l'engouement de stars hollywoodiennes pour les moteurs hybrides, les consommateurs cherchent de plus en plus à adapter leurs achats à leurs besoins. En Europe, 15% à 20% des voitures ne sortent jamais des villes et n'ont pas besoin de l'autonomie ou de la puissance des voitures destinées à emprunter les autoroutes. En France, les seconds véhicules ? souvent des voitures urbaines ? représentent 30% du parc et sont dans bien des cas de bons candidats à l'électrique.
 

Les pouvoirs publics sont déterminés à impulser des changements significatifs dans les comportements et à créer les conditions favorables au développement de la voiture électrique. A Londres, le péage urbain a donné un coup de frein aux immatriculations de voitures thermiques et favorisé la place des voitures électriques, exemptes de péage. La France n'est pas en reste : l?objectif affiché du gouvernement est de stimuler la demande pour inciter les industriels à développer une offre?: le bonus-malus automobile favorise significativement la voiture électrique ? seule capable de passer sous le seuil d?émission des 80 g/km ? avec un bonus de 5.000 euros contre 1.000 euros seulement pour les voitures thermiques les moins polluantes.
 

Ce contexte pousse les acteurs clés à se mobiliser?: EDF et Toyota signent un accord de partenariat au plus haut niveau. Renault annonce un programme de développement avec des volumes industriels à horizon 2012.

Au-delà de ces tendances, nous croyons que le développement massif de la voiture électrique pourrait voir le jour là où on ne l?attend pas. Certains acteurs alternatifs se positionnent déjà aux marches de l?«empire thermique». Ils pourraient jouer un rôle déterminant. Shai Agassi, entrepreneur high-tech américano-israélien, avec son projet Better Place, s?adresse directement aux États pour créer les conditions d?un marché de masse. Ses premiers projets sont en partenariat avec Renault en Israël et au Danemark.
 

L?essor de la voiture électrique pourrait aussi venir des pays émergents, où il existe une volonté politique de sortir de la dépendance énergétique liée au pétrole et où la demande reste forte puisque le parc automobile y est encore peu installé. Si la Chine décidait de devenir le leader mondial des voitures électriques, la dynamique provoquée pourrait bouleverser les équilibres actuels.
 

La bataille pour le leadership sur le segment de l?électrique est bien enclenchée. Les constructeurs automobiles traditionnels doivent être vigilants et se mobiliser s?ils veulent garder la main sur la façon dont le paysage est en train de se dessiner.

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Commentaires

silver  a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :

Un ingénieur français a mis au point une voiture fonctionnant à l'air comprimé pourqoi n'en parle t'on pas?

jérémy  a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :

je ne crois pas en la voiture éléctrique, ou du moins pour un developpement massif. je crois que la matiere necessaire pour les baterries de ces voitures est encore beaucoup trop rares, ce qui entrainerait des prix beaucoup trop cheres. Ensuite tout amoureux de voiture, mecanique etc (mon cas) ne retrouveront plus du tout les mêmes plaisirs (je ne parle pas du plaisir de polluer hein?).
comme dit silver d'autres methodes misent au point existe mais on en parle pas. surement pour des questions economiques...

luc  a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :

de toute facon avec la teleportation la voiture sera secondaire................