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Opinions

La chronique des économistes

Le risque de stag-déflation mondiale est réel

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Par Nouriel Roubini, professeur d'économie à la Stern School of Business de la New York University, préside RGE Monitor.

L'évolution de l'économie aux Etats-Unis et ailleurs confirme qu'il y aura une grave récession dans le monde en 2009. Aux Etats-Unis, elle durera au moins jusqu'à décembre 2009. C'est la crise la plus longue et la plus profonde traversée par le pays depuis la Seconde Guerre mondiale, avec un PIB risquant de chuter de plus de 5%.

Dans la zone euro, au Royaume-Uni, dans l'Union européenne, au Canada, au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande, la récession a débuté au deuxième trimestre 2008, avant que les tumultes financiers n'aggravent le resserrement mondial du crédit.

Quant aux marchés émergents, ils effectuent un atterrissage en catastrophe, à cause de la récession des économies avancées, de la chute des prix des produits de base et de la fuite du capital. La Russie et le Brésil devraient connaître la récession en 2009, la Chine et l'Inde un net ralentissement. Parmi les autres émergents, certains pourraient subir des crises financières d'envergure. La plupart peuvent éviter le pire en procédant aux ajustements appropriés, à condition que les institutions financières internationales accordent un crédit suffisant pour couvrir leurs besoins.

Avec la récession, la déflation deviendra la préoccupation majeure des responsables politiques, car la chute de la demande globale couplée à la hausse de l'offre globale potentielle réduira nettement l'inflation. D'autant que la hausse du taux de chômage limitera les salaires et que les prix des matières premières vont continuer à baisser.

Ces responsables devront se méfier de la "stag-déflation" (combinaison de récession économique et de déflation), des trappes à liquidité (des taux d'intérêt officiels proches de zéro rendant inefficace la politique monétaire traditionnelle) et de la déflation de la dette (hausse de la valeur réelle des dettes nominales, qui accroît en retour le risque de faillite).

Dans ce contexte, les outils de politique non traditionnelle visant à générer des liquidités et un crédit plus conséquents (en particulier avec des achats directs par les banques centrales d'actifs immobilisés privés) s'imposeront. Tandis que la politique budgétaire traditionnelle (dépenses publiques, réductions d'impôt) sera poursuivie, la politique non traditionnelle (renflouement des institutions financières, des prêteurs et des emprunteurs) deviendra plus importante. Aussi, les banques centrales, habituellement prêteuses de dernier recours, seront prêteuses de premier et d'unique recours.

De même, avec le recul de la consommation des ménages et de l'investissement des entreprises, les Etats deviendront les prêteurs de premier et d'unique recours, stimulant la demande et renflouant les banques, les entreprises et les ménages. A long terme, l'accroissement des déficits budgétaires a des conséquences graves. S'ils sont valorisés par les banques centrales, l'inflation supplantera rapidement la déflation ; s'ils sont financés par la dette, la solvabilité à long terme de certains Etats pourrait être en jeu.

A brève échéance, il faut appliquer des mesures budgétaires et monétaires douloureuses pour garantir que l'inévitable "stag-déflation" de 2009 ne persistera pas en 2010. Pour le moment, les Etats-Unis ont réagi avec plus de force que la zone euro, la position budgétaire de l'UE demeurant faible.

Au regard de la gravité de la crise, il n'y aura pas de rebond des marchés financiers avant un moment. Les risques liés au prix d'une grande variété d'actifs (actions, obligations d'entreprises privées, matières premières, immobilier et marchés émergents) persisteront tant qu'il n'y aura pas un signe — vers fin 2009 — d'une véritable reprise de l'économie mondiale en 2010.

Nouriel Roubini, professeur d'économie à la Stern School of Business de la New York University, préside RGE Monitor

Vos réactions

  • pascalbx a écrit le 23/12/2008 à 13:32 :

    • Certain économiste prône l'inflation comme remède à la crise. Il faut noter que l'inflation n'est que subjective, elle correspond à une augmentation de la circulation de l'argent: soit en augmentant la quantité de monnaie, soit en dépréciant cette monnaie régulièrement. La solution pourrai être d'envisager la création de monnaie locale de substitution, parallèles à celle en cours, ayant la propriété de perdre de sa valeur périodiquement(mensuellement) c'est dire "fondante". Pourquoi ne pas reprendre le Franc tant que le problème se pose? L'avantage est de ne pas décrédibiliser la monnaie en cours, d'éviter la thésaurisation, d'augmenter les échanges, de faire repartir la croissance et l'investissement.

  • gun92 a écrit le 21/12/2008 à 20:23 :

    • La dictature des banquiers et leur système d'argent-dette à pourri tous les pays du monde, il suffirait qu'un seul pays se libère de cette dictature et donne l'exemple de ce que pourrait être un système d'argent honnête, émis sans intérêt et sans dette par le gouvernement souverain de ce pays, pour que l'ensemble du système d'argent-dette des banquiers s'écroule dans le monde entier. Cette lutte des financiers internationaux pour installer leur système frauduleux qui à gangréné le monde entier était connu et combattu par de grands hommes d'état comme Abraham LINCOLN lui même victime du système financiers de la couronne britannique. C'est l'ignorance de la population qui à permis aux banquiers d'obtenir le monopole du contrôle complet de l'argent, du crédit et de sa circulation, comme aujourd'hui, qui affecte gravement les intérêts de tous les pays du monde. L'industriel Henri FORD avait dit : " si la population comprenait le système bancaire, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin " Il serait temps de se réveiller !

  • romain a écrit le 21/12/2008 à 20:18 :

    • 1)suppression des dettes des marchés dérivés, à passer par pertes et profits. 2)négocier entre Etats-nation une parité fixe entre les devises pour une durée de 30 voire 50 ans.

  • zebulon a écrit le 18/12/2008 à 08:19 :

    • "A brève échéance, il faut appliquer des mesures budgétaires et monétaires douloureuses pour garantir que l'inévitable "stag-déflation" de 2009 ne persistera pas en 2010." Est il possible de clarifier cette expression, et de traduire concretement les mesures préconisées ?

  • Nicolas! a écrit le 18/12/2008 à 08:18 :

    • Le risque exposé est réel.

  • songye a écrit le 17/12/2008 à 15:27 :

    • Nouriel roubini parle de stag déflation. mais il me semble que nous sommes en réalité entrés dans un cycle (plus grave) de dépression déflation qui a été théorisé par i. Fisher dans les années 30. les mutations de l'industrie automobile sont plus que la simple conséquence d'une stagnation car elles sont structurelles . Comme la dépression.

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