Relance entravée ou thérapie de choc ?

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Par Guido Hülsmann, professeur à l'université d'Angers (derniers ouvrages parus : "The Ethics of Money Production" (Ed. Mises Institute, Auburn, 2008) et "Deflation and Liberty" (Ed. Mises Institute, Auburn, 2008)).

Les plans de relance économique décidés par de nombreux gouvernements pour remédier à la crise ont remis au goût du jour les idées de John Maynard Keynes, réduites à l'intervention de l'Etat. Economiste, Guido Hülsmann montre à la lumière de "l'école autrichienne" (Mises, Hayek) combien ce keynésianisme appliqué est voué à l'échec pour un retour durable de la croissance économique.

L'orthodoxie de ces trente dernières années qui voyait dans la politique monétaire la panacée de la stabilisation macroéconomique est en plein effondrement. Les gouvernements occidentaux ont instigué des "politiques de relance" qui consistent essentiellement à augmenter les dépenses de l'Etat, financées par une augmentation des dettes publiques. Ceci ne signifie rien de moins qu'un retour de la panacée keynésienne.

Selon Keynes, l'activité économique dépend de manière cruciale du niveau global des dépenses monétaires. Mais les dépenses des investisseurs vacillent en fonction de leurs états d'âme : un jour, dans l'exubérance, ils achètent n'importe quoi à des prix excessifs, créant ainsi des bulles spéculatives ; le jour suivant, ils prennent peur et commencent à thésauriser leur revenu, au lieu de le dépenser, provoquant ainsi des spirales déflationnistes qui étouffent l'économie. C'est donc justement dans ces situations de crise que l'Etat doit augmenter ses dépenses pour stabiliser les dépenses globales, l'emploi et la production.

Cette vision des choses est-elle correcte ? Le retour de Keynes a provoqué le retour de l'école autrichienne (s'inspirant des travaux de Mises, Hayek et Rothbard) qui propose un diagnostic et des remèdes diamétralement opposés.

Selon les économistes autrichiens, la crise découle des politiques monétaires dites de "stabilisation". En effet, les agents des marchés financiers, précisément parce qu'ils étaient sûrs du soutien des banques centrales, ont minimisé leurs trésoreries et leurs fonds propres, fragilisant ainsi l'industrie financière. De plus, la politique des taux d'intérêt bas, pratiquée de longue date par les banques centrales, a engendré des investissements insoutenables. Un cas d'école récent est l'exubérance des investisseurs dans les deux bulles consécutives de la Bourse et de l'immobilier.

Un autre cas flagrant est l'endettement des particuliers aux Etats-Unis, source de revenu pour maintes industries de biens de consommation : automobiles, immobilier, informatique, jouets, vêtements etc. Aujourd'hui les erreurs d'investissement commises dans ces industries se manifestent par une crise d'insolvabilité à l'échelle mondiale.

Cette insolvabilité généralisée n'est cependant pas en premier lieu un problème psychologique ("perte de confiance") qui saurait être redressé par des dépenses de l'Etat. Elle signale une pénurie globale de capitaux réels qui menace d'assécher la production et d'appauvrir la société entière. Les firmes insolvables ont fait des investissements fixes insoutenables. Ils ont visé une clientèle dont la richesse a été en fin de compte imaginaire, car résultant de bulles spéculatives. Pour sortir de la crise, il faut alors réaffecter le travail, les matières premières et les produits intermédiaires qui sont à présent consommés par ces firmes.

Autrement dit, il faut arrêter les projets de production qui gaspillent des ressources et alimenter de nouveaux projets qui sont rentables et donc soutenables. Si l'on refuse cette "destruction créatrice" (Schumpeter) qui passe par un chômage temporaire accru, on risque de consommer les ressources sans les renouveler.

On comprend alors que les "politiques de relance" sont vouées à l'échec. Pis, elles risquent de prolonger et aggraver la crise, car elles cherchent à conserver les industries actuelles, tandis qu'il s'agit justement de les remanier. Par conséquent la relance est une "fata morgana". A court terme, les dépenses de l'Etat bénéficient à certaines industries aux dépens du reste de l'économie ; à moyen et long terme, elles appauvrissent la société entière. Dans les années 1930, les "relances" mises en place par les présidents Hoover et Roosevelt avaient retardé l'essor de l'économie américaine. Au bout de dix ans seulement, elle retrouvait son niveau d'activité de 1929. On serait mal avisé de suivre cet exemple.

Mais quelles sont les alternatives ? Si l'interventionnisme est à l'origine de la crise, il est logique de chercher la solution dans le sens opposé, en ôtant la gestion de la crise des mains du gouvernement et des banques centrales pour la confier aux citoyens, c'est-à-dire aux épargnants et aux entrepreneurs.

Le résultat du laisser-faire serait une thérapie de choc avec des effets exactement contraires à ceux des politiques actuelles. A court terme une spirale déflationniste avec effondrement des marchés financiers et banqueroute de ceux qui ont financé leurs investissements largement par la dette. Puis des ventes d'usines et d'immeubles à bas prix à ceux qui n'ont pas, ou peu, de dettes. Pendant que les nouveaux propriétaires s'installent, il y aurait un chômage massif, une chute de la production et donc une réduction des revenus réels de la population. Après cette tempête, au bout de deux ou trois ans, on pourrait cependant s'attendre à une très forte relance de la croissance et à la disparition du chômage, la déflation ayant purgé l'économie des investissements insoutenables.

Voilà une approche qui a fait ses preuves tout au long du XIXème siècle et jusqu'au début des années 1920. C'est toujours une option à l'heure actuelle, et probablement pas la plus mauvaise.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Raisonnement qui ne paraît pas dénué de bon sens. En terme de mal-investissement ceux réalisés dans les infrastructures touristiques démentielles de certains pays du golfe persique en sont une illustration extraordinaire.
Mais cela étant dit comment on gère des millions de nouveaux chômeurs qui ne bénéficient pas d'un statut de professeur des universités par exemple ? La thérapie de choc on a déjà donné dans le passé avec les conséquences que l'on sait.
Personnellement, je reprendrai espoir le jour où la croissance ne sera plus l'alpha et l'oméga de nos sociétés.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
enfin une alternative sensée, à la politique de fuite en avant par la relance et les deficits publics. les financements publics n'ont pas vocation à soutenir des bulles d'actif. la destruction de la valeur fictive accumulée dans ces actifs est saine pour l'economie. elle contribue à reévaluer la monnaie et par la meme à redonner une place essentielle aux revenus du travail.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
si l'Etat na pas intervenu sur le marché en utilisant bien sur l'un de ces moyens les plus forts qui est la banque centrale, qui aurait pu intervenir et si l'Etat na pas intervenu , que se serait ils les conséquences?

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