Contenu :
La Tribune.fr - 14/04/2009 à 23:03 - 848 mots
Les experts donnent l'impression d'y perdre leur latin : "nous allons assister à la fin de la récession cette année", s'il faut en croire Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine. "Pas avant 2011", pronostique Nouriel Roubini, l'un des rares économistes à avoir correctement anticipé la crise. L'économie devrait être "remise dans cinq ans seulement", prédit Warren Buffett, le financier gourou américain échaudé mais toujours écouté. En revanche, selon le toujours circonspect président de la BCE Jean-Claude Trichet, "d'ores et déjà, on s'en rapproche". Autant dire que l'on est dans le flou et qu'on ne peut, même après le G20 un peu trop vite encensé, raisonnablement dater le "bout du tunnel".
Comme il est pourtant essentiel d'éviter de s'enfoncer dans une morosité autoréalisatrice, relevons tout de même deux signes a priori intéressants mais encore ambigus. Tout d'abord, le rebond de la Bourse de ce mois de mars. Entre le 9 et le 23 mars, aux Etats-Unis, le Standard and Poor's a, par exemple, gagné 20%. Peut-être, dit-on, le point bas a-t-il été atteint et le marché commence- t-il à se montrer acheteur net d'actions qui commencent à apparaître manifestement bradées. Comme l'histoire économique enseigne que la reprise de la Bourse précède toujours celle de l'économie réelle, on peut voir là un signe encourageant.
A cela les Cassandre ont néanmoins beau jeu d'objecter qu'au cours des années 1930, les actions ont rebondi six fois avant de confirmer enfin le mouvement haussier. De même, au Japon, le Nikkei a rebondi d'au moins 30% à cinq reprises après la crise de 1992. Le prix des actions ne faisant qu'anticiper l'évolution des profits, on voit mal qui, dans la conjoncture actuelle, pourrait pleinement se satisfaire de ces frémissements boursiers. Nombreux sont ceux qui continuent même à anticiper une nouvelle chute de 10% avant la fin de l'année.
Second facteur, lui aussi au premier abord positif, et qui a d'ailleurs nourri le rebond boursier : l'aboutissement du plan du secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner. On sait désormais que les banques américaines devraient enfin pouvoir se débarrasser de leurs actifs "toxiquesé grâce à un partenariat public-privé. Ce sont entre 500 et 1.000 milliards de dollars de ces créances douteuses historiques ("Legacy Securities"), dont elles pourraient se délester en les cédant par blocs aux organismes privés de marché (hedge funds, fonds de retraite, sociétés d'assurance, etc.). Ce sont ces derniers qui organiseraient les enchères sous le contrôle du FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation).
Enfin, dira-t-on, un plan prometteur d'apurement des bilans bancaires, indispensable à la reprise des prêts. Qui plus est, le projet est financièrement attractif : les hedge funds - et autres entités - obtiendraient des prêts sur fonds publics à hauteur des deux tiers de la valeur des créances rachetées et recevraient la moitié des gains obtenus. On s'étonnera à peine, dans de telles conditions, que les plus grandes banques de Wall Street, après avoir été les agents zélés de la prise de risque inconsidéré, ont décidé de prendre part, toute honte bue, à l'opération consistant à s'en défausser. Dernier avantage : en lieu et place d'une nationalisation des banques, toujours mal vue des Etats-Unis, le plan Geithner redonnerait la main au marché et éviterait aux autorités publiques la charge de donner un prix à des créances à la valeur souvent introuvable.
Bref, c'est la voie enfin ouverte à un assainissement des bilans bancaires, préalable au retour à la confiance. Acceptons-en donc l'augure car il est, répétons-le, plus important que jamais de positiver. Remarquons cependant que rien n'est encore joué car tout va dépendre de l'adhésion des partenaires privés et de la volonté des banques de céder des actifs qui pourraient subir à l'enchère de trop fortes décotes, sauf si l'on s'en tient aux meilleures créances, auquel cas la portée de l'opération serait bien limitée. De plus, le principe du partenariat ne fait en rien oublier que c'est l'argent du contribuable qui, in fine, sera mis à contribution.
Autre fort motif d'inquiétude : n'est-on pas, avec le plan Geithner, en train d'ajouter un nouvel étage à la titrisation ? Ne faudra-t-il pas ici redouter d'avoir à compter avec une nouvelle "zone grise" d'opérations en cascade, propice à de substantielles commissions ? On peut se demander en effet si on ne concentrera pas le risque sur un périmètre à peine élargi par rapport au secteur bancaire proprement dit. Et guérir le mal par une nouvelle couche d'opérations croisées spéculatives et parfois potentiellement porteuses de conflits d'intérêt.
Faudra-t-il, pour nettoyer les bilans, recréer entre les banques et les "hedge funds", le même imbroglio que celui qui a donné naissance à la crise, avec en plus cette fois un financement public au profit des fonds spéculatifs, par ailleurs tant décriés ? Ce n'est pas le moindre paradoxe du plan de Timothy Geithner. A l'évidence, ce n'est pas sans mal, ni sans retomber sur les errements antérieurs, que seront résorbés les milliers de milliards de dollars d'actifs "toxiques" toujours détenus par les banques américaines. Or, tel est pourtant le préalable pour pouvoir repartir d'un bon pied.
Dernier ouvrage paru : "L'Arrogance de la finance", avec Eric Briys (Editions La Découverte, 2009)
Henri Bourguinat, professeur émérite à l'université Montesquieu-Bordeaux IV
Lien permanent vers cet article :
http://www.latribune.fr/opinions/20090414trib000366909/vrais-et-faux-signaux-dune-sortie-de-crise.html
Lenz a écrit le 19/04/2009 à 19:18 :
Les dérèglements financiers actuels (entre les états), les dettes publiques (surtout en Amérique) créent une situation inédite ! du jamais vu ! il est impossible de prévoir comment les investisseurs vont réagir dans les jours prochaîns. L' Amérique mettra peut être plusieurs décennies à s'en remettre, le problème de la dette est immense. Jamais on a songé à faire le ménage dans les écuries.
Dachau a écrit le 16/04/2009 à 13:35 :
Il faut vraiment être professeur de faculté pour oublier l'essentiel : le crédit à tout va pour n'importe quoi et à n'importe qui n'est pas près de revenir. Ce professeur par ailleurs de qualité oublie un vieux proverbe "Chat échaudé craint l'eau froide", cependant qu'il devrait nous dire comment des banquiers aveugles et irresponsables vont devenir lucides et responsables. Certains historiens pensent que les "30 glorieuses" en France ont été dues aux nouvelles têtes qui avaient, quelquefois injustement, remplacées celles qui avaient été débarquées en 1945/46 après une défaite prévisible pour ceux qui ne se cachaient pas la tête dans le sable, à droite comme à gauche. Qu'il relise Les mensonges de l'Economie de Galbraith, pour ne citer que celui-là.
FL a écrit le 16/04/2009 à 13:26 :
Le problème de la crise est trop simple pour que les grands cerveaux y comprennent quelque chose : comment dans un monde fini où tout est régulé, peut-on avoir des grandeurs à croissance exponentielle ? Réponse des grands cerveaux : avec la technologie, on peut doubler les rendements agricoles, trouver de nouvelles énergies, quadrupler la population en la densifiant et assurer la sécurité alimentaire tout en éliminant la biodiversité en glorifiant la science et la confiance en l'être humain.
|
Les plus commentés |
|
Les plus envoyés |
| Les plus lus |



Pied de page :