Dette LBO : la fin des tabous

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Les banques devront faire face à une montée des risques sur les crédits LBO (leverage buy out). Elles disposent d'un large éventail d'instruments financiers pour y faire face mais cela suppose une nouvelle répartition des rôles entre actionnaire et créancier.

La dette LBO constitue un risque important pour les principales banques françaises, exposées à hauteur de 32 milliards d'euros. Si le nombre de LBO en défaut de paiement demeure encore relativement limité, une augmentation significative est très probable dans les douze à vingt-quatre prochains mois. Plus grave, il est certain que, dans bien des cas, la cession de l'entreprise ne permettra pas aujourd'hui de rembourser l'intégralité de la dette LBO. Des restructurations sont inévitables pour mettre en place des structures financières compatibles avec une création de valeur plus modeste que celle que l'on avait imprudemment imaginée avant la crise. Face à cette situation, les banques françaises ont jusqu'à présent adopté un comportement différent de celui de leurs concurrents anglo-saxons, en différant un traitement comptable drastique et en se donnant le temps d'examiner chaque situation de manière individuelle dans le cadre de négociations "soft" avec les fonds de private equity. Certaines restructurations récentes montrent cependant qu'elles sont prêtes, avec leurs homologues anglo-saxonnes, à mettre en place ou à participer à des restructurations en profondeur, accompagnées le cas échéant d'une perte de contrôle de l'actif pour l'actionnaire en place.

Dans une négociation avec un LBO en difficulté, les banques doivent traiter trois sujets majeurs.
Tout d'abord, les dettes LBO ayant été pour la plupart largement syndiquées, les banques seniors sont souvent très nombreuses. Elles doivent s'organiser en comité afin de permettre la discussion avec le (ou les) fonds actionnaire(s), rendre possible l'obtention de consensus juridiquement nécessaires aux modifications des contrats de prêt et peser suffisamment dans une éventuelle procédure collective.

Elles sont ensuite confrontées à une asymétrie d'information en faveur des fonds de LBO qui ont un lien privilégié avec le management. Pour la réduire, les banques peuvent tenter de s'allier au management ou a minima s'assurer qu'elles disposent des mêmes informations que les actionnaires. Enfin, les banques doivent mettre en place des outils pour mesurer et comptabiliser la valeur des entreprises en difficulté, des différents instruments financiers associés à la structure LBO existante et des futurs instruments associés à la structure de remplacement envisagée. Ces outils, pour être utiles à la négociation et à la décision, doivent être particulièrement sophistiqués puisqu'ils traitent d'objets complexes dans des situations particulièrement volatiles.

Les instruments financiers permettant de traiter un LBO en difficulté, c'est-à-dire permettant d'adapter la structure financière à la nouvelle réalité des cash-flows opérationnels, sont en effet d'une grande diversité : versement différé d'une partie importante des intérêts et du capital (dette PIK), "new money" pouvant être apportée sous forme d'instruments super-senior, c'est-à-dire investis en haut de la structure financière, ce qui déclasse tous les autres instruments financiers en termes de priorité, conversion d'une partie de la dette en capital ou en titres donnant accès au capital avec comme conséquence une dilution, plus ou moins importante, des actionnaires d'origine. La fixation des paramètres de ces différents instruments commande le nouveau partage de la valeur d'entreprise entre créanciers et actionnaires historiques, et éventuellement des nouveaux entrants dans la structure (fournisseurs de new money). Et la représentation comptable de ces nouveaux instruments détermine également l'éventuel provisionnement de la créance originelle et la consommation de fonds propres qui y est associée. Il s'agit donc d'un enjeu majeur pour le système bancaire.

La grande nouveauté en France est que le caractère exceptionnel du problème et son ampleur ont conduit à une levée progressive des tabous qui jusqu'à présent limitaient les marges de man?uvre des établissements de crédit et grevaient ainsi la possibilité de doter rapidement une entreprise en difficulté d'une structure financière adaptée : réticence à combiner les rôles d'actionnaire et de créancier, méfiance vis-à-vis du management d'une société en détresse financière, difficulté à mettre en place des nouveaux financements.

Le discours aujourd'hui, intéressé mais responsable, est centré sur la préservation de la valeur de l'entreprise et sur la reconnaissance que le meilleur moyen d'espérer être un jour remboursé est encore de s'assurer que le management sera en mesure de développer l'entreprise dans les meilleures conditions. Reste à positionner le curseur de la répartition de valeur entre les différents intervenants financiers de manière acceptable pour les parties prenantes à la négociation.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Article trés intéressant, mais le sujet est opaque et fort complexe pour tout un chacun.
Exposition à hauteur de 32 milliards pour quels LBO ? quels investisseurs...les banques sont elles parties prenantes dans ces LBO ou interviennent elles qu'en bas de bilan?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
les banques ont achete des entreprises 3 fois leur valeur; Ce sont des financiers et non des chefs d entreprise; elles ont pris des risques mal cacules et doivent maintenant payer ce qui est tout a fait normal.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
A Veux savoir.
Les 32 milliards correspondent à mon avis aux emprunts accordés par les banques aux entreprises sous LBO. Les banques sont forcément parties prenantes dans ces LBO et interviennent en haut de bilan. Il ne faut pas oublier que le but du jeu est de permettre au management (et/ou autre) d'acheter la société d'exploitation en bénéficiant du levier qu'est la dette senior.
De ce fait, le bas de bilan fait l'objet d'une étude juste pour s'assurer que le cycle d'exploitation génère du cash! Lequel permettra de rembourser le service de la dette (capital + intérêts)
Le cas échéant (ce qui est plutôt rare), on peut mettre en place un crédit Revolving pour financer les besoins à court terme.
J'espère avoir répondu à ta question. :)
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
bravo monsieur le banquier ! donneur de leçons et faisant la morale au petit smicard à decouvert le 15 de chaques mois que vous allez assaillir de frais pour decouvert non autorisé, cheque ou prelevement impayé effectué non pas pour s'acheter une voiture neuve grace à la prime à la casse mais simplement pour manger. Pardon, je m'emporte j'oubliai que tous ses frais nous sont prelevés uniquement pour nous aider à nous en sortir.

VU A LA TELE ! !
un pizzaiolo, 5 ans d'experience comme salarié, sont projet, un camion pizza, investissement 9000 ?, apport personnel 3000 ? il a essuié le refus systématique de toute les banques heureusement l'ADDIE lui a financé sont projet sans difficulté. Encore une fois bravo monsieur le banquier ! (source: DEMAIN TV et DEMAIN.FR chaine tv sur l'emploi et la formation)

Alors monsieur le banquier il serai temps de revenir ici bas et d'etre à nouveau un vrai partenaire de la vrai vie des gens, de ceux qui se leve tot pour 1000 ? (ou moins) de ceux qui ne seront jamais proprietaire et ceux qui bientot ne le seront plus. N'oubli surtout pas que tu es le suspect numero1, la cause et bientot la sible aux yeux de la populasse d'en bas. Alors sois prudent, oh ! grand maitre du monde car n'oubli pas que la roue tourne.

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