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L'édito de La Tribune

Couleuvres centristes

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Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

François Lenglet, rédacteur en chef de La Tribune, photo d'Albert Caen.

Le député centriste est un animal singulier, qui vit en troupeau de petite taille et broute dans l'hémicycle. C'est une bête qui a bon cœur, parce qu'elle est sensible. Elle partage son temps entre deux occupations différentes, mais complémentaires : tantôt le centriste pousse son cri pour demander plus de justice fiscale, tantôt il avale des couleuvres — le centriste est sensible à la misère du monde, mais aussi au rapport de force politique. Un cri, une couleuvre. Sur le bouclier fiscal par exemple, il y a quelques mois. Sur la réforme de la taxe professionnelle, la semaine dernière. Ou encore aujourd'hui sur la contribution exceptionnelle qui frapperait les résultats des banques. Cette disposition a été votée dans la fièvre et la confusion vendredi soir, elle devrait être annulée aujourd'hui, conformément aux souhaits du gouvernement. Un cri, une couleuvre.

On comprend bien la motivation du gentil centriste. Les banques et leur comportement aberrant sont en partie à l'origine de la crise. Or, sauvées par l'intervention publique, elles affichent aujourd'hui des profits insolents. Le financier George Soros ne déclarait-il pas ce week-end que les milliards gagnés par la finance étaient un cadeau des États et que le ressentiment du contribuable était justifié ? Soros est trop riche pour être centriste et il a, sur les questions financières, la lucidité dérangeante de celui qui pointe les imperfections du système qui a fait sa fortune.

Reste la réalité, plus dérangeante encore. Une taxe sur les bénéfices des banques rassure les consciences, ce qui est précieux pour un centriste. Mais elle laisse en l'état l'incroyable et scandaleuse asymétrie de la finance : quand ça va mal, c'est la collectivité qui paye, car on ne peut laisser tomber les banques, sauf à prendre le risque de provoquer l'effondrement de toute l'économie. Et quand ça va mieux grâce à l'Etat, les milliards de profits réapparaissent, pour le bénéfice exclusif d'un petit nombre de privilégiés.

flenglet@latribune.fr

Vos réactions

  • Freud ou Lacan a écrit le 27/10/2009 à 11:51 :

    • Les politiciens ont sauvé le système,les banquiers centraux ont été exemplaires.Sans leurs interventions les rescapés qui claironnent ne seraient pas là pour exhiber leurs performances en rapport ave la récidive de leurs prises de risques inconsidérées qui vont conduire cette fois le système à sa fin .Est ce une couleuvre ou un boa qu'on nous fait avaler.Toutefois arretons de faire l'autruche face au renard dans le poulailler.Une mise au point sérieuse s'avère indispensable auprès d'expert comme François Lenglet qui avec humour et talent nous dépeint quotidiennement la réalité économique et politique .

  • Philhifi a écrit le 26/10/2009 à 15:04 :

    • ce que vous dite sur les banques pour la France est faux. Chaque centime prêté sera remboursé et portera à un intérêt. Ca ne coutera pas un centime au contribuable. On aimerait en dire autant des bêtises de nos politiciens, des banquiers centraux et des fautes professionnelles liées à une régulation excessive et inefficace...

  • carpatrick a écrit le 26/10/2009 à 14:05 :

    • Ben oui! D'où l'intérêt d'avoir les tripes nécessaires pour surtaxer les plus values à court terme, afin de décourager la spéculation, fille de la cupidité et mère de beaucoup de travers de notre système financier...

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