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http://www.latribune.fr/opinions/20100210trib000473958/programmes-d-economie-la-nouvelle-approche.html
L'introduction d'un enseignement d'économie pour tous en classe de seconde, dès la rentrée prochaine, est une décision majeure de la réforme du lycée. Les élèves devront choisir au moins l'une des deux options proposées, "Sciences économiques et sociales" (SES), et "Principes fondamentaux de l'économie et de la gestion" (PFEG), le format de chaque cours étant de cinquante-quatre heures. Si le principe de la réforme a été salué par une large partie de la communauté académique, des acteurs économiques et des parents d'élèves, le débat s'est vite concentré sur la refonte du programme de SES, matière déjà proposée sous forme d'option : si certains se réjouissent du recentrage sur les outils de l'analyse économique, d'autres semblent regretter que les enjeux de société et la sociologie ne soient plus assez représentés.
Pourtant, l'innovation la plus importante de la réforme est ailleurs : il s'agit de la création de la seconde option, PFEG. L'ambition de ce nouveau programme est de montrer aux élèves que l'économie n'est pas un ensemble abstrait de mécanismes complexes, pour la plupart extérieurs à l'individu, mais le produit des décisions concrètes d'agents interagissant dans un même système. Le programme a été construit sur la volonté d'établir un "pont" entre l'économie et la gestion. Il faut montrer aux élèves que le PIB n'est pas un agrégat abstrait, mais la somme des valeurs ajoutées produites par chaque agent individuel, elles-mêmes décomposées en salaires et profit.
Il faut montrer aux élèves que l'Etat produit, comme une entreprise, à la seule différence qu'il n'échange pas sa production sur un marché. Il faut montrer aux élèves l'évolution du rôle des banques, en rappelant que leur fonction originelle est le financement des entreprises et des ménages. Une telle approche de l'économie, centrée sur le rôle des acteurs, offre aux élèves une première découverte des métiers, en même temps qu'elle leur permet de faire le lien entre le discours économique qu'ils reçoivent et la réalité qu'ils vivent au quotidien.
Prenons l'exemple du taux d'intérêt, notion un peu abstraite pour qui n'est pas économiste, mais pourtant très utile, notamment lorsqu'il s'agit de contracter un emprunt. Le but du cours doit être d'abord de montrer aux élèves que derrière cette abstraction se cachent des mécanismes et des acteurs bien réels tels que la banque centrale, le marché monétaire, le marché obligataire, l'Etat... Le but est aussi de leur montrer qu'il n'existe pas en réalité un taux d'intérêt unique, comme dans les modèles, mais une multiplicité de taux d'intérêt, selon la maturité du prêt et la qualité de crédit de l'emprunteur.
La démarche est la même lorsqu'on se penche sur la fixation des prix. Il y a d'un côté les modèles d'équilibre des prix, qui sont des points de repère utiles, et la réalité, plus subtile, des mécanismes de fixation des prix par l'entreprise. Sur un marché de concurrence pure et parfaite, par exemple, le prix est unique et s'impose à l'entreprise. Il est une donnée exogène, un paramètre sur lequel elle ne peut agir, contrainte d'appliquer le prix "fixé par le marché".
Dans la réalité, les entreprises opérant dans un environnement concurrentiel développent le plus souvent de manière autonome leur politique de prix, cherchant à s'écarter du modèle de référence par différentes stratégies, parmi lesquelles la différenciation des produits. La fixation du prix est une question située simultanément dans le champ de l'économie et du marketing.
Faire dialoguer l'économie avec la gestion : tel est l'enjeu principal de cet enseignement, dont l'objectif final est de donner aux élèves quelques clés de compréhension du système économique, dont ils sont déjà eux-mêmes acteurs.
Jean-Paul Betbèze, directeur des études économiques et chef économiste de Crédit Agricole SA, membre du Conseil d'analyse économique, Henri Bourguinat, professeur émérite à l'université de Bordeaux IV, Pierre-Louis Dubois, professeur à l'université Paris II Panthéon-Assas, délégué général de la Fondation nationale pour l'enseignement de la gestion des entreprises (Fnege), Antoine Frachot, directeur du Groupe des écoles nationales d'économie et de statistique, professeur à l'Ecole polytechnique, Didier Marteau, professeur à ESCP Europe, conseiller d'Aon Fance, Jean-Louis Mucchielli, professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, président du jury d'agrégation externe de sciences économiques et sociales, Philippe Raimbourg, professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne
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Alex a écrit le 17/02/2010 à 00:56 :
Cetains commentaires ici frisent le ridicule. Certains reprochent tantôt que l'enseignement des PFEG serait une regression alors que par ailleurs, ils s'offusquent du fait que celui-ci a en partie "déshabillé" le programme de SES actuel. Il faut arrêter. Il faut être cohérent. Là où je rejoins beaucoup d'avis, c'est qu'il ne s'agit pas vraiment d'une innovation dans les sens où ces notions sont déjà abordées en ES et STG. Et comme le dit le collègue agrégé de sciences sociales, les programmes actuels font une large place aux mécanismes de l'économie de marché dans les deux filières et que cela ne pose pas de problèmes particuliers aux collègues d'Eco-gestion et de SES. @ Jérôme Villion. Vous faites partie de ceux, qui participent activement à cette si pénible hiérarchisation des filières visant à mépriser tous ceux qui ne suivent pas ce que vous estimez être la voie royale et celle de tout développement culturel, social et économique : la voie ES. Tout comme c'est la cas avec la filière S vis à vis de la filière ES... Pardonnez moi mais vous vous trompez, vous pouvez passer par un autre chemin et être tout aussi cultivé voire peut-être plus qu'un autre, dans ces mêmes domaines. La curiosité et l'acquisition des savoirs ne s'arrêtent pas au bac !!! De plus, en observant de façon approfondie les deux programmes, et l'ancien de 2nde SES, on se rend bien compte que ce que vous prétendez est faux ("outils qui permettront aux employés d'être rapidement utiles"...). En étant objectif, on voit bien que bon nombre de notions sont étudiées dans les deux filières ES et STG. Encore une fois on décèle un réel mépris dans vos propos. D'ailleurs votre propos entier semble caricatural. De plus, concernant l'orientation, si je puis dire, je ne remets pas en cause vos constatations, quoique bien empreintes de préjugés, ce qui pourtant, pour un professeur de votre niveau, ne devrait pas être le cas. Cependant vous oubliez de préciser d'où vient cet état de fait. Il vient tout simplement d'un système éducatif, qui sous l'impulsion de bon nombre d'enseignants, a conduit à classer les filières, même celles univerisitaires, selon des critères très particuliers (je ne m'étendrais pas la-dessus), qui ne tiennent pas forcément compte de la difficulté des notions et concepts abordés, mais plutôt de ce qui est, in fine, abordé et de sa valeur je dirais "élitiste". Votre représentation ultra caricaturale des bons étudiants allant en économie et les autres en gestion n'en est qu'une malheureuse conséquence. Vous oubliez aussi que les finalités ne sont pas les mêmes : former un gestionnaire n'est pas la même chose que former un économiste. Pourquoi l'un serait plus difficile que l'autre. Demandez aux étudiants de fac d'économie-gestion, si lorsqu'ils abordent la comptabilité analytique, la gestion financière, s'ils s'en sortent haut la main. Non !! Car cela est compliqué tout comme la macro et la microéconomie. Après tout est une question d'intérêt pour le chose. J'ose imaginer la considération que vous pouvez porter aux collègues d'Economie-Gestion, dont je fais partie, et dont un très grand nombre, ont suivi un parcours universitaire intégrant de l'économie, voire même exclusivement de l'économie. Moi même j'ai étudié en fac de Sciences éco et de gestion : la micro économie (courbes, équations...) la macro (IS-LM, Keynes, chômage, Leffer, Philipps, etc...), l'HPE (mercantilistes, physiocrates, marxisme, classiques...) mais aussi le droit du travail, des affaires, la GRH, la gestion comptable, financière, le marketing, les MASS.... Suis-je moins compétent qu'un collègue de SES, ayant une formation universitaire en sciences sociales uniquement, je ne le crois pas. Sachez également, que nous savons pertinemment que l'économie n'est pas de la gestion, mais vous semblez ne pas savoir ce qu'est réellement la gestion, puisque dans les programmes de seconde de PFEG n'apparaissent absolument pas les notions de gestion tout au plus une vague ébauche de management et d'économie d'entreprise. Et vous oubliez également que nous savons enseigner l'économie sous sa composante macro et micro économique, et le droit, et d'un autre côté les disciplines de sciences de gestion (management, marketing, finance, GRH...). Tout comme vous qui avez une composante économique et sociale, nous avons nos composantes économique et sciences de gestion. Au nom de quels criètères ou dogmes auriez-vous une suprématie intellectuelle sur l'enseignement de l'économie ? Parce que implicitement, c'est ce que votre message sous-entend, ou tout du moins c'est l'effet très méprisant qu'il donne aux enseignants d'économie-gestion. Et pour répondre en même temps au message édité le 13/02/10 à 19h52, en économie, je me base également sur les courants de la pensée économique (j'ai suivi des cours d'HPE), et Hicks, son modèle IS-LM, Keynes, Samuelson, Amartya Sen, Stiglitz et bien d'autres pour enseigner l'économie. Par contre en management et en théorie de la firme, qui est une matière différente, vous abordez nécessairement différement les choses. Economie, Management, Economie d'entreprise, SES, Gestion, Sociologie ne sont pas les mêmes disciplines, pourquoi voudriez-vous que nous les abordions sous le même angle ? Je crois que certains collègues de SES devraient davantage s'informer sur la réalité des contenus que l'on enseigne et aller au-delà des préjugés que certains possèdent et qui les amènent, outre le fait d'afficher un réel mépris pour ceux qui sont pourtant leurs collègues, à jouer le jeu de la désinformation. Heureusement, que bon nombre de collègues de SES, avec qui je discute souvent ne sont pas aussi obtus que certains ici.
Messieurs, Nous ne voulons pas de votre économie ! a écrit le 13/02/2010 à 19:52 :
Messieurs, lorsque Michaël Porter sera Prix Nobel d'Economie, nous, professeurs d'économie qui ne faisons pas de la gestion, nous nous inclinerons. Dans l'immédiat, l'étude de la firme et du marché trouve ses fondements dans les travaux de Hicks ou de Samuelson. Ce sont ces travaux qui servent de référence aux Sciences Economiques et Sociales. Cette nouvelle approche dont vous parlez et que le Ministère cherche à imposer tout en évacuant les SES (bien conseillé en cela par l'Institut de l'Entreprise), c'est celle du management et de la gestion des entreprises. Hicks et Samuelson réfléchissaient sur les conditions d'efficacité de l'économie, sur la maximisation du bien-être de la collectivité. Porter, lui réfléchit sur les stratégies permettant à l'entreprise de combattre ses rivaux. Le bien-être de la collectivité n'est pas l'objectif. Cette "économie" là qui semble tant vous séduire, nous ne l'enseignerons jamais.
Personne n'est dupe a écrit le 12/02/2010 à 17:46 :
L''objectif, qui n'échappe à personne (à moins d'être particulièrement bouché), est de formater des générations précaires, dociles et incultes, à qui on pourra faire gober tout et son contraire, avec la promesse d'une soirée de détente devant "La Ferme Célébrité". Quel beau projet de société ! Les auteurs de cette tribune ne semblent pas s'émouvoir de la guerre culturelle menée par des gens arrogants et dangereux, notre merveilleux président en tête. Qui sait, ils ont peut-être les moyens de protéger leurs enfants des innovations pédagogiques qu'ils préconisent pour le vulgum pecus. Signé : un internaute qui ne méprise pas les entreprises mais qui méprise l'abrutissement général qui fait office de projet politique depuis 2007.
SaDo a écrit le 12/02/2010 à 11:40 :
Quelle étrange ironie! Monsieur Betbèze fait ici l'éloge de thèmes introduits en PFEG qui ne sont que le pendant du dépeçage des SES. Décriés dans le cadre de l'enseignement de sciences économiques et sociales, ils sont ici parés de toutes les vertus. Effectivement, c'est une innovation majeure!
Jérôme Villion a écrit le 11/02/2010 à 21:42 :
Arrêtons la mascarade ! L'économie n'est pas la gestion. Dans les facultés d'Economie et de Gestion, les meilleurs étudiants s'orientent vers l'économie, les autres vers la gestion. Les premiers auront recours à des représentations abstraites, parce que ce sont les seules permettant d'appréhender la complexité du fonctionnement des économies. Les seconds auront recours à des études de cas parce qu'il s'agit d'une méthode adaptée à l'étude de certains problèmes pratiques auxquels sont confrontées les entreprises. Au lycée, la distinction entre l'économie et la gestion repose sur les mêmes principes et les mêmes réalités. Les meilleurs élèves s'orientent vers les Sciences Economiques et Sociales en voie ES, les autres vers la gestion en STG. L'introduction en Seconde de l'option PFEG au détriment des SES est effectivement une nouvelle approche. C'est une approche qui consiste à rabaisser les ambitions de l'Ecole. Il ne s'agit plus de viser l'acquisition d'une culture économique et sociale permettant d'appréhender la complexité du monde. Il s'agit de donner à de futurs employés quelques outils pratiques qui leur permettront d'être immédiatement utiles. Que d'aussi éminents économistes que Jean-Louis Mucchielli ou Henri Bourguinat se réjouissent d'un tel appauvrissement est assez surprenant et profondément décevant. Il est urgent de réagir. Jérôme Villion, Professeur en CPGE ECE.
Un enseignant de S.E.S. a écrit le 11/02/2010 à 18:37 :
Bonjour, pour éclairer vos lecteurs sur cette polémique, voici des exemples de sujets de bac S.E.S. des années précédentes : - Vous analyserez les liens entre la population active et la croissance économique (France métropolitaine, septembre 2008) - Après avoir montré que la rentabilité est un déterminant de l'investissement, vous montrerez que la décision d'investir dépend aussi d'autres facteurs (Inde, mars 2009) - Quels sont les effets de la croissance sur l'emploi ? (Amérique du Nord, juin 2008) - Après avoir rappelé les principales mutations du marché du travail au cours des dernières décennies, vous montrerez leurs conséquences sur les conflits sociaux (DOM, septembre 2007) - Les firmes transnationales constituent-elles un atout pour la croissance des pays développés ? (Nouvelle-Calédonie, novembre 2007) Ceci pour contester un certain discours ambiant sur la soi-disante pauvreté intellectuelle ou la soi-disante orientation idéologique des programmes actuels. Informez-vous ensuite sur les projets de réformes et faites la comparaison !
adhoc a écrit le 11/02/2010 à 18:35 :
Article navrant. Tout ce qui est présenté comme une nouveauté existe depuis quarante ans dans les filières Sciences économiques et sociales et économie gestion. Le ministère a simplement changé les étiquettes ? et réduit les horaires. Une telle ignorance est inquiétante. La France enseignante d?en haut est décidément complètement coupée de la réalité et défend ce bling bling pédagogique. J?ajoute que réduits au statut très flou d?enseignement d?exploration les dits enseignements jouent souvent le rôle de variable d?ajustement dans la cacophonie qui règnent au niveau des établissement qui sont bien obligés de gérer la pénurie. Alors pour la promotion d?un véritable enseignement permettant de comprendre le monde dans lequel ils vivent, nos élèves attendront ?.. la prochaine réforme
Simple citoyen a écrit le 11/02/2010 à 14:17 :
Comme dit précédemment les programmes de SES abordent tous ces points depuis bien longtemps...Pourquoi ne vous interrogez pas sur le non sens pédagogique qui consiste à proposer deux enseignements d'"économie" en seconde ? Ancienne élève ayant fait des SES au lycée, que je conseille à tous les élèves de 3ème quelque soit leur orientation en première.
jffreu a écrit le 11/02/2010 à 12:33 :
Il semble que ces universitaires ne connaissent pas les programmes actuels de Sciences économiques et sociales qui, en Seconde, puis en Première et Terminale, font une large place au monde de l'entreprise et aux mécanismes de l'économie de marché. Je les renvoie aux programmes officiels. Comment peut-on présenter l'introduction de la PFEG comme un innovation alors que ce type d'enseignement existe déjà depuis quarante ans dans la série ES et dans les filières STG ? Par ailleurs ces universitaires ne posent à aucun moment le problème des méthodes pour enseigner ce type de contenu à des élèves qui sortent du collège et qui ont entre 15 et 16 ans. Faut-il adopter le cours magistral de l'Université pour rendre cet enseignement intelligible et intéressant ? Jean-François Freu - Professeur agrégé de Sciences sociales
Emmanuel P. a écrit le 11/02/2010 à 10:40 :
Le programme tel qu'il existe déjà informe les élèves sur des concepts et des notions clefs comme taux d'intérêt réel et nominal, emprunt, rentabilité (voir programme officiel de S.E.S en Première et Terminale ES). Simplement, il ne se cantonne pas à de la réflexion théorique ou à une approche biaisée par l'idéologie. J'invite les lecteurs de "La Tribune" à s'informer à ce sujet ! Pour rire un peu, je leur conseille aussi de lire un second article sur le même sujet, paru dans le même journal : http://laminutedeses.over-blog.com/ext/http://www.latribune.fr/opinions/20100205trib000471812/derriere-la-bataille-des-programmes-d-economie.html
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