La dette, le Sud et les idées reçues

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À l'heure de la crise financière, les idées reçues contre l'Europe du Sud reprennent de la vigueur. C'est oublier un peu vite que le Portugal a toujours tenu ses obligations externes et déjà mené des réformes structurelles que certains partenaires européens vont devoir faire maintenant. Il est surprenant de voir ce parcours de détermination être aussi négligé par les agences de notation et les marchés financiers.

La crise financière a confirmé la théorie selon laquelle les idées reçues résistent à être démenties par les évidences, tout en cherchant à conforter les arguments qui permettent de les soutenir. Les idées reçues contre l'Europe du Sud ne datent pas d'hier. Ceux qui ont une bonne mémoire se rappelleront des thèses catastrophistes qui avaient été avancées lors de l'adhésion du Portugal aux institutions européennes. Et pourtant...

Le Portugal a su prouver, nonobstant les fragilités d'un tissu économique hérité d'une longue périphérisation, être un pays responsable, capable de faire des «sauts dans le temps», comme le montrent clairement son panorama social et ses infrastructures. Comparer le Portugal des années 1970 avec celui d'aujourd'hui devrait être le point de départ pour toutes les analyses prospectives d'observateurs responsables.

Lors de la crise financière de 2008, le Portugal était au milieu d'un parcours de consolidation budgétaire sans précédents : de 2005 à 2007, dans un contexte mondial de croissance réduite qui a surtout affecté les économies les plus ouvertes et sans grand marché interne, le pays a réduit son déficit budgétaire de 6,1% à 2,6% du PIB. Combien de pays peuvent se vanter d'un tel exploit ?

Non sans coûts politiques et sociaux, le gouvernement portugais a entamé de profondes réformes structurelles destinées à renforcer la soutenabilité de cet effort d'assainissement financier. En anticipation de ce que certains partenaires vont maintenant devoir faire, sous pression de la crise, le Portugal a réformé son système de sécurité sociale, qui est aujourd'hui un benchmark international. Il a aussi réussi une courageuse diminution de son administration publique, en réduisant de 11 points le poids des salaires de la fonction publique dans le PIB. Combien d'autres pays en ont fait autant, en ce même laps de temps ? La crise est survenue pendant ce parcours de consolidation. Dans une zone euro qui a, en 2008-2009, vu réduire en moyenne le PIB de 4%, la rétraction de l'économie portugaise n'a été, tout de même, que de 2,6%. Son taux de chômage s'est situé dans la moyenne de la zone.

Une chose est claire : le Portugal a, sans exception, toujours tenu ses obligations externes. Il est dommage que cela ne soit pas mis en avant. La persistance des effets de la crise s'est fait sentir dans les indicateurs macroéconomiques. En ce qui concerne le déficit, qui a augmenté entre 2007 et 2009, dans la zone euro, de 5,8 points de PIB en moyenne (8,6 points aux États-Unis), le Portugal a affiché moins d'un point en plus (6,7 points).

Ces chiffres doivent être lus à la lumière de pertes de recettes fiscales, conséquence de la crise de croissance de l'économie, ainsi que de ressources affectées à des programmes publics visant à la stimuler. C'est grâce à ces derniers que, dès 2009, le Portugal est sorti (en même temps que la France et l'Allemagne) de récession. Il convient de souligner que, pendant cette période, la dette publique est restée proche de la moyenne des pays euro (de 84,4% à 84%).

La volonté de faire face à cette situation, avec des mesures réalistes dans un cadre politique interne reconnu comme difficile, a mené à un projet budgétaire pour 2010 où, entre autres, sont consacrées la non-augmentation des impôts ; la réduction du poids de la dette publique sur le PIB ; la congélation des salaires de la fonction publique, bien comme autres mesures de contention dans l'administration publique ; la révision sélective des stimuli économiques, en les dirigeant vers les domaines à effet plus immédiat sur la croissance. L'objectif est une réduction du déficit dès 2010, tout en s'acheminant pour le replacer, en 2013, dans la limite des 3% imposés par le pacte européen de stabilité. C'est surprenant de voir ce parcours de détermination et de transparence mis de côté par les responsables des agences de notation, qui semblent déterminés à mettre tout le Sud de la zone euro dans le même sac. Ce n'est pas tant une question de justice que de rigueur. C'est sous l'effet de cette manifeste irresponsabilité que les marchés, la semaine dernière, se sont agités avec des effets négatifs sur les spreads qui affectent la dette publique portugaise.

Le Portugal n'a pas à craindre d'être jugé pour ses performances, qu'il accepte de voir comparer à celles de ses partenaires de la zone euro. Je dirais même que nous remercions que cela soit fait. Ce que nous refusons, c'est que les idées reçues soient utilisées comme critère technique.
 

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