Comment intégrer l'économie européenne ?

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La crise grecque a rappelé que l'intégration économique européenne est clairement le talon d'Achille de la zone euro. Mais c'est aussi l'occasion de relancer le chantier de sa reconstruction. Et ce d'autant que le diagnostic sur le déclin relatif de l'Europe et sur les faiblesses de sa gouvernance font l'objet d'un consensus. Pour les auteurs, c'est le moment de relancer les quatre volets de sa reconstruction.

La crise grecque a brutalement rappelé la cruelle absence d'intégration économique européenne. Des Cassandres se sont empressés de prédire l'éclatement de la zone euro. D'autres ont, au contraire, souligné que c'est dans les crises que la construction européenne avait le plus progressé. Ce débat est en réalité politique : la relance du projet européen suppose de définir les réformes qui permettront d'améliorer son efficacité, et d'adopter un discours politique à même de lui donner une légitimité populaire. L'un ne saurait aller sans l'autre.

Un risque réel existe pourtant. Si les propositions se multiplient sur la régulation financière comme sur le fonds monétaire européen, le discours qui les entoure peine à mobiliser. Il manque à la fois des propositions concrètes et un accord entre les Etats. Mais ce n'est pas une fatalité. La Commission européenne, le Conseil et le parlement pourraient construire un programme visant à établir un diagnostic partagé et à définir des mesures à prendre.

Le diagnostic, d'abord, qui fait l'objet d'un certain consensus. Primo, l'Europe perd du terrain dans la concurrence internationale, sa voix dans le monde n'est pas proportionnée à son économie, enfin sa croissance potentielle s'est affaiblie, menaçant ses systèmes sociaux et ses finances publiques. Secundo, hors de la politique monétaire et réglementaire, sa gouvernance s'est montrée peu efficace : cela a conduit à une divergence des politiques économiques depuis le début des années 2000 et à des déséquilibres macroéconomiques internes (l'Allemagne a vu la part des exportations doubler dans son PIB, quand cette part restait stable dans la plupart des autres Etats membres), à une incapacité à définir une politique budgétaire ou extérieure commune, à l'absence de leadership clair au sein des institutions communautaires. Ces carences appellent des mesures concrètes autour de quatre piliers.

1. Restaurer la stabilité financière et la soutenabilité des finances publiques. La création d'un Fonds monétaire européen, proposée par Angela Merkel, pèche par l'absence de mécanismes institutionnels bien définis. Or, il pourrait être adopté sous la forme d'un accord intergouvernemental entre les Etats membres de la zone euro qui en confieraient la gestion à la Commission. Ce fonds serait à l'avenir intégré dans les traités. Il serait amorcé par la contribution de l'ensemble des Etats membres, puis serait alimenté par les apports des Etats ne respectant pas les critères du Pacte de stabilité. Le FME interviendrait sous la forme de droits de tirage, de prêts ou de garanties en contrepartie d'une stricte conditionnalité. Ce serait l'instrument de la solidarité, avec sa contrepartie : l'existence de règles strictes visant à réduire l'aléa moral et, in fine, le risque de défaut.

2. Accroître les capacités d'investissement en Europe, en allant bien au-delà de la stratégie "UE 2020" que vient de présenter José Manuel Barroso, laquelle ne présente pas d'innovation majeure et ne définit pas les moyens d'atteindre ses objectifs : il faudrait des financements nationaux et communautaires accrus en faveur de projets technologiques conjointes, un accès élargi des marchés publics et des fonds de R&D pour les PME, la mise en place d'un brevet communautaire et un objectif précis d'accroissement de la part des dépenses d'investissement dans les dépenses publiques des Etats membres.

3. Définir une stratégie économique globale qui permettrait d'adopter une représentation commune (de la zone euro du moins) dans les instances internationales comme le G20, le FMI ou la Banque mondiale.

4. Reprendre l'effort de convergence entre Etats membres, en la faisant porter sur les grands domaines clés de la politique économique : les stratégies budgétaires des Etats, une surveillance portant aussi sur la dette privée et sur la balance des paiements, un rôle renforcé de l'Eurogroupe par la création d'un cabinet permanent, une régulation financière commune, sans oublier la convergence sociale et fiscale, pour éviter les risques de dumping.

Si ce programme paraît immense, il apparaît comme le moyen incontournable de convaincre les citoyens européens de l'utilité et de la légitimité de l'Union.

 

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Commentaires
a écrit le 25/03/2010 à 8:13 :
Réponses possibles à la question posée:

1- en se donnant les moyens de régler en INTERNE la question grecque
2- en se donnant la peine de lire l'article des auteurs (que je ne connais pas)
3- en réagissant par vos commentaires amis lecteurs "pro-européens" :))

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