Dominer la crise et la dépasser

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(Crédits : AFP)
Par Hervé Mariton, ancien ministre, député de la Drôme, président du club Réforme et modernité.

Nous, Français, souffrons d'un déficit de confiance, en nous, en la France, dans le monde. Nous avons une bonne excuse, c'est la crise. Crise qui expliquerait nos problèmes internes ? Crise qui justifierait notre retard dans la compétition internationale ? Chacun sait bien qu'il n'y avait pas de chômage et que notre commerce extérieur était un triomphe avant 2008 !

Dans "Transmettre pour construire" (*), je demande s'il s'agit véritablement d'une crise ou d'un rappel au principe de réalité. Le monde est en mouvement, la géographie des puissances, les techniques et les modes de vie changent. Ce n'est pas une première. Oui, il y a des changements et ils peuvent être massifs et brutaux. Mais ce n'est pas nouveau, ce n'est pas une rupture absolue, et il est plus utile de construire sur l'aptitude au mouvement que de théoriser sur la crise.

2008 est une année de crise. Elle l'est, en effet, par la violence des phénomènes économiques et financiers, par la brutalité de leurs conséquences. Des marchés (l'immobilier) ont décroché, des hommes ont perdu leur emploi. Simplement, souvenons-nous, avant même 2008 le mot crise était constamment présent dans le débat politique, nous baignions dedans, quasiment depuis 1974 (avant, c'était la "morosité"). L'évolution du monde est une donnée, une contrainte avec laquelle nous essayons de faire. Nous tentons de guider le changement, de lui donner du sens, mais il faut bien intégrer les paramètres objectifs lorsqu'ils évoluent, les contraintes matérielles à partir desquelles on définit les solutions. Bien sûr, on peut définir des intervalles de temps entre des mouvements plus brutaux, des cycles conjoncturels, technologiques, ils font partie de la vie. La tension des réalités économiques peut même créer des bulles, les historiens citent la bulle de spéculation sur la tulipe en 1637. Et ce grand libéral qu'était Zola allait jusqu'à justifier la spéculation comme aussi indispensable à l'économie que l'appétit sexuel à la vie. Tout cela ne veut pas dire qu'il faut rester inerte, fataliste, mais simplement assumer que les crises n'ont rien d'extraordinaire.

Les crises font partie de la vie, et les crises ne sont pas absolument révolutionnaires. Il est difficile de mesurer leur ampleur. L'évaluation se fait plutôt a posteriori. Nous serons sortis de la crise actuelle lorsque le chômage baissera vraiment. En dessous de son niveau d'avant-crise (2008), ou en dessous de son niveau de 2005, supérieur au niveau actuel ? Le mot crise est absolu. Mais où est la crise en Asie ? Quelle crise en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Suède??

La crise, c'est un peu la faute des autres. Le mauvais ouvrier a souvent de mauvais outils. L'angoisse devant le gouffre de la crise peut freiner l'adoption des mesures nécessaires à la compétitivité de notre pays, ou guider vers de nouvelles décisions. Toyota a apporté une réponse - partielle - à la crise de l'automobile avec l'audace du véhicule hybride et la sagesse du "kaizen", le progrès continu. Dans mon ouvrage précité, je montre comment la juste réforme est plus efficace que la rupture. Une vision angoissée de la crise bouscule les valeurs, confond les repères. L'Everest est une très haute montagne, il faut pour la gagner un équipement adapté, on la gravit pas à pas.

Bien sûr, il faut améliorer le fonctionnement des marchés financiers, la régulation bancaire ou le fonctionnement des agences de notation, au nom du principe de réalité. On rencontre un problème, on essaie de le régler. Quand un problème est complexe - la crise -, on essaie de le régler par petits morceaux plutôt que de se noyer dans un défi cosmogonique. Nicolas Sarkozy a commencé par vouloir refonder le capitalisme ; il travaille aujourd'hui à tous les progrès que le G20 peut apporter.

La vie économique est faite de challenges et de contraintes. Certains moments sont plus difficiles que d'autres. Il ne se résolvent ni par l'anxiété, ni par l'exaltation, mais par la volonté. Théoriser la crise c'est chercher un problème à la solution. Résoudre la crise, pour notre pays, pour nos concitoyens, pour les chômeurs trop nombreux, c'est trouver la solution. Au boulot !

 

(*) Editions Pygmalion, septembre 2010.

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