Le changement climatique, la grande affaire des investisseurs

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La crise a éclipsé la lutte contre le changement climatique. Alors que l'économie mondiale se redresse, que l'impact des prix alimentaires sur l'inflation se manifeste et que la Chine souhaite investir dans les technologies vertes, l'année 2011 pourrait bien être une année charnière.

Avec la normalisation des économies développées et le rebond attendu de la production industrielle, les questions liées au changement climatique devraient se poser avec plus d'intensité en 2011. Le sommet de Cancún sur le changement climatique et la hausse du prix des produits agricoles de base semblent déjà valider ce point.

Le sommet de l'ONU à Cancún a reçu une couverture plutôt mitigée. Cette analyse passe à côté des nuances de l'accord final. Le sommet a en effet permis deux avancées notables : un accord pour la création d'un fonds (100 milliards de dollars par an) pour les pays en développement et un accord pour établir un cadre de régulation pour le suivi des émissions de chaque pays. Ce dernier point marque un changement de position important de la Chine, qui estime désormais qu'il est dans ses intérêts de faire des énergies propres une industrie stratégique.

Les politiciens chinois sont beaucoup plus conscients et préoccupés par les problèmes environnementaux que ce que l'on pense. L'Académie chinoise de planification environnementale a ainsi calculé que la dégradation de l'environnement a représenté un coût de 1.300 milliards de yuans pour la Chine en 2008 [200 milliards de dollars, Ndlr], soit 3,9% du PIB.

Les coûts sociaux et économiques de la croissance ont donc commencé à dépasser ses avantages. Les dirigeants chinois réalisent également que les technologies d'énergie propre peuvent constituer une industrie pour l'exportation. HSBC estime par exemple que le marché des énergies renouvelables pourrait représenter 2.000 milliards de dollars en 2020, de quoi inciter la Chine à devenir l'atelier vert  du monde.

Que fait la Chine à ce sujet ? Quand on prend l'intensité énergétique comme référence, l'économie chinoise est comparativement inefficace : elle utilise sept fois plus d'énergie que le Japon pour le même niveau de production. Plusieurs réglementations abordent désormais cette question et l'une des initiatives les plus importantes a été de faire des énergies renouvelables l'un des principaux piliers du prochain plan quinquennal. L'un des objectifs est de générer, d'ici à 2020, 15% de l'électricité à partir de sources renouvelables et de mettre en oeuvre la première phase de son engagement de réduction de 40-45% de l'intensité carbone. Cela représente un investissement de 5.000 milliards de yuans [750 milliards de dollars, Ndlr] dans les énergies propres ; le nucléaire, le solaire, l'éolien, la biomasse et le "charbon propre" étant quelques-unes des industries ciblées.

En tant qu'investisseurs, l'une des industries à suivre est celle des voitures propres. Avec le renfort des subventions et les prix élevés du carburant, les voitures électriques apparaissent de plus en plus viables commercialement et les véhicules hybrides sont bien placés pour répondre à la fois à la demande des consommateurs et au défi de la réduction des émissions. Quand la Chine met son poids derrière une industrie, le monde en prend acte et les investisseurs également. Le gouvernement chinois s'est fixé comme objectif de devenir le principal producteur de voitures électriques d'ici à 2012 et 30 milliards de yuans ont été investis dans des constructeurs automobiles nouvelle énergie. Le gouvernement a également introduit des subventions visant à la fois les consommateurs et les fabricants.

Un autre phénomène actuel devrait faire prendre de nouveau conscience aux questions liées au changement climatique : les prix alimentaires mondiaux ont atteint un sommet historique en janvier, pour le septième mois consécutif, en raison notamment du mauvais temps qui a entravé la production de matières premières agricoles telles que les céréales et le sucre. Ce serait cependant une erreur de voir cela comme un problème de court terme : combiné aux tendances démographiques, l'impact du changement climatique représente une menace à long terme pour la sécurité alimentaire mondiale.

Deux tendances démographiques accroissent la demande alimentaire. Tout d'abord, la population mondiale est en plein essor et devrait culminer à 9 milliards vers 2050. Ensuite, la création de richesses dans les pays émergents se traduit par une plus grande consommation alimentaire par habitant et le passage à des modes de consommation plus intensifs en ressources (consommation de viande). Dans le même temps, les changements de modèle de précipitations réduisent les rendements des cultures et les ressources en eau, pendant que s'accélèrent la désertification des terres et les maladies des plantes. Comme l'a indiqué Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, "il ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans sécurité climatique."

De plus, les effets de la hausse des prix des denrées alimentaires sont socialement perturbateurs et peuvent avoir de graves conséquences économiques : en l'absence d'investissements dans les industries concernées, le taux d'inflation que nous voyons actuellement deviendra un changement structurel. In fine, le monde a besoin d'améliorer la productivité par hectare et des investissements sont nécessaires pour favoriser une agriculture efficace, la gestion des sols et les techniques de développement des cultures. A titre d'exemple, quinze années de recherche et de sélection ont permis le développement de cultures de riz résistantes aux inondations. Plus d'avancées de ce type sont nécessaires face à la pression croissante sur les prix des matières premières agricoles.

La crise financière a presque joué le rôle d'une éclipse partielle dans la lutte contre le changement climatique sur la scène mondiale. Alors que l'économie mondiale se redresse, que se signale déjà l'impact des mauvaises conditions météorologiques sur la production alimentaire et l'inflation, et que la Chine manifeste son désir de monter à bord, 2011 pourrait bien être une année charnière pour le changement climatique.

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