Point de vue

Aligner la fiscalité du capital sur celle du travail serait inéquitable

Philippe Baillot | 09/11/2011, 08:54 - 562 mots

Par Philippe Baillot, professeur associé à Paris II, directeur d'un département de banque privée.
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Des voix s'élèvent pour assujettir les revenus du travail et du capital au même taux de prélèvements obligatoires, avec les apparences d'un "bon sens égalitaire". En pratique, ces revenus seraient additionnés et soumis à une fiscalité progressive unique (jusqu'à un taux de 60%, dans l'hypothèse de fusion de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales). Cette forme énoncée d'une égalité de taxation des revenus du capital et du travail est loin d'être révolutionnaire. Ainsi la Suisse la pratique-t-elle déjà (en ayant garde d'exonérer les plus-values mobilières). Pour autant, elle ne revêt que l'apparence de l'équité. En premier lieu, le fait de taxer de manière similaire ces revenus revient, de facto, à surimposer les revenus du capital.

Ainsi les revenus des actions auront-ils préalablement subi l'impôt sur les sociétés et, comme en passant, l'impôt de solidarité sur la fortune. En l'absence d'avoir fiscal et de déductibilité de l'ISF de l'impôt sur le revenu, les revenus du capital subiraient ainsi une triple, voire quadruple, imposition (sans même considérer la ponction périodique des droits de succession). L'équité visée ne serait donc pas atteinte. En second lieu, ce déséquilibre induit du traitement des revenus du capital serait aggravé par l'absence de prise en compte, par la fiscalité française, du jeu de l'inflation. Cette assertion peut être aisément illustrée par le traitement fiscal des plus-values.

La généralisation du mécanisme de capitalisation (avec, par exemple, les Sicav en capitalisation) ne permet plus de distinguer, clairement, revenus du capital et plus-values sur le capital. Aussi bien les deux sont-ils, jusqu'à présent, logiquement assujettis au même taux de prélèvement de droit commun de 19%, majoré de contributions sociales à 13,5%. Pour autant, la réalité de la ponction sur les plus-values est-elle très supérieure. Cette différence pourrait même justifier de ne pas la porter à 24%, à l'image du prélèvement sur les dividendes et intérêts, selon le dernier projet du gouvernement. A titre d'exemple simplifié, l'imposition apparente de la plus-value réalisée à dix ans sur un capital, à un rythme annualisé de 4%, s'élève aujourd'hui à 32,5% (voire, après-demain, à 60%). Or, en pratique, dans une hypothèse, "politiquement correcte", d'une inflation annuelle de 2%, pleinement conforme aux objectifs de la BCE, les prélèvements obligatoires effectués correspondront respectivement à 60 % et 110 % de l'augmentation du pouvoir d'achat du capital investi... ! Enfin, la mobilité du capital constitue traditionnellement une limite naturelle à sa taxation. En toute hypothèse, sa nécessaire mobilisation comme facteur de production ne saurait être favorisée par l'application de taux par trop élevés.

La fameuse courbe de Laffer n'est pas aisée à démontrer. Aussi la diminution pure et simple de l'offre de travail, en haut de l'échelle des revenus, par suite d'une pression fiscale "excessive", n'a-t-elle jamais été attestée. Inversement, en l'absence de tout frein linguistique, familial... les capitaux, à titre de facteur de production, ne connaissent guère de limite géographique dans leur recherche d'optimisation.

Aussi bien les social-démocraties d'Europe du Nord ont-elles adopté un système fiscal dual d'assujettissement des revenus :

- du travail à un impôt progressif (au taux variable selon le niveau de redistribution visé) ;
- du capital à un taux forfaitaire, généralement beaucoup plus bas au nom de l'efficacité économique ; dans la logique constante de moindre taxation des actifs délocalisables.

Au regard du second pilier de la construction européenne - la liberté de mouvement des capitaux - notre pays peut-il, sans danger, s'éloigner de cette pratique ?

Commentaires

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Lucianno a écrit le 15/11/2011 à 07:53 :

Aligner pour les particuliers la fiscalité du capital avec celle du travail, c?est mettre en concurrence le capital et le travail. Un choix va s?opérer entre l?un et l?autre. L?individu qui possède déjà des revenus provenant d?un capital important sera tenté de travailler moins (par exemple par du temps partiel) car ses revenus du travail venant s?additionner aux revenus du capital existant seront imposés sur la tranche marginale haute et donc très lourdement imposés. L?individu qui ne possède pas encore de capital évitera d?investir car ses revenus du capital venant s?additionner aux revenus du travail existant seront imposés sur la tranche marginale haute et donc très lourdement imposés. La situation n?est donc pas optimale et conduira à des pertes en travail et en capital et cela d?autant plus que la progressivité est forte. Eviter de lier la fiscalité de l?un et de l?autre est largement préférable.

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Les promesses n'engagent que ceux ou celles qui les écoutent a écrit le 11/11/2011 à 12:29 :

Tiens donc, les lobbies s'activent. Mais reconnaissons qu'il y a du vrai ds vos propos. Vous dites , les dividendes ont déjà subi l'IS, c'est vrai, mais elles bénéficient d' abattements en cas de déclaration ds le barème progressif sans utiliser le PFL. Et pour l'instant les plus-values mobilières et immobilières restent imposées au taux de 19 %.Quant à moi, je préconise la taxation des rev du Kal et du W au même taux ds le barème progressif sans PFL. Cette réforme fiscale doit se faire en supprimant l'ISF car sinon on aboutirait à une triple ou quadruple imposition du Kal, c'est vrai, et surtout en ne touchant pas à l'épargne longue. Ma proposition n'a rien à voir avec celle de la gauche qui est tout sauf raisonnable, prélèvement à la source avec fusion de l'irpp et de la csg sur tous les rev, rétablissement de l'isf tel qu'il existait avant sans préjudice de l'augmentation récente des droits de succession.

Les promesses.... a répondu le 11/11/2011 à 12:57:

Il va sans dire qu'il faut maintenir ds ma proposition les abattements pour les dividendes car elles ont déjà subi l'IS. En fait , tout projet de réforme fiscale doit savoir éviter la double, voire triple ou quadruple imposition.

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FITRADEN a écrit le 09/11/2011 à 12:21 :

Alors que nos espoirs industriels sont laminés par la concurrence asiatique, que le chômage s'accroit et devient donc coûteux, la biénséance politique vient "raboter" notre dernière force: l'épargne. Nos salaires ne sont plus compétitifs? sachons investir là ou cette compétitivité existe et si demain la France devenait un peuple de rentiers en attendant l'harmonisation globale, les français ne s'en plaindraient pas. Encore faut il qu'on ne les ruine pas entretemps: payer de l'impôt sur un capital qui en déjà payé 4 fois comme le démontre cet article, c'est scier la branche ou nous sommes assis! On marche sur la tête, on décourage le travail et le risque d'investir, on glorifie de prétendues solidarités consistant a diviser de plus en plus le quignon de pain, et on taxe le boulanger d'être un profiteur! On vote libéral mais on pense socialo. Cela ne peut aboutir que par une fuite des cerveaux et des capitaux et rendra le français moyen concierge des monuments que ses ancêtres ont construit, que visiteront des chinois bien plus réalistes quant a leur libéralo-communisme hyper capitaliste....

lampard4747 a répondu le 12/11/2011 à 18:52:

fuite des cerveaux? Mais pas du capital, et ce ne sont pas les mêmes..; La france est le troisième pays au monde à accueillir les milliardaires : nous avons encore de la marge, non?

Un peu de serieux a répondu le 14/11/2011 à 07:18:

Les allemands exportent en Asie donc il faut arreter le delire

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Guillaume Tell a écrit le 09/11/2011 à 10:59 :

Monsieur Baillot cite la Suisse, en disant que les plus values mobilières n?y sont pas imposées, c?est juste dans la majorité des cas pour les personnes physiques, par contre la fortune est imposée dès 40?000?. Quant au revenus de la fortune, ils sont ajoutés aux revenus du travail qui est taxé à un taux d?imposition marginal (hors charges sociales) allant jusqu?à 48%. Les recettes fiscales en Suisse sont majoritairement fournies par des impôts directs, le taux de TVA n?est que de 8% (contrairement à la France où les impôts indirects fournissent la majorité des recettes). Le système Suisse me parait beaucoup plus « social » puisqu?il repose sur les personnes qui ont des revenus élevés (taux progressifs). Les suisses votent leurs impôts et le budget du pays à l?obligation constitutionnelle d?être équilibré (décision populaire accepté à 84%). Les suisses qui gagnent correctement leur vie payent pas mal d?impôt mais sont toujours vigilants quant il s?agit de contrôler les dépenses publiques. Le niveau d?endettement du pays est de 39% du PIB.

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par Lucianno le 15/11/2011 à 07:53

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