L'Internet des objets concerne-t-il les citoyens  ?

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Francis Pisani.
Francis Pisani. (Crédits : La Tribune)
Les objets connectés vont de plus en plus envahir notre vie quotidienne, notamment avec le développement des villes intelligentes. Un marché qui attire nombre d'entreprises et de startup qui rivalisent de solutions.

Menue, blonde, 33 ans, mère de famille, ingénieure en informatique, Alicia Asín est co-fondatrice et CEO de Libelium, une entreprise de 50 employés spécialisée dans l'Internet des Objets (IdO) basée à Zaragoza en Espagne. Je l'ai rencontrée à Barcelone où elle était venue pour la conférence IoTshifts le 19 octobre dernier. Une petite boîte à l'assaut d'un des développements les plus énormes de ces dernières années dont il est essentiel de mesurer l'impact sur le développement de nos villes.

20 milliards d'objets connectés en 2020

Le terme Internet des objets se réfère à l'installation de capteurs reliés à l'internet. Ces connexions expliquent que les enjeux dépassent largement le nombre d'objets connectés estimés à 5 milliards aujourd'hui (une augmentation de plus de 30% en un an). Ils devraient dépasser les 20 milliards en 2020 (certains experts parlent de 50 milliards).

Selon un site spécialisé de l'Université de Harvard l'IdO permet d'introduire « des objets anciennement inanimés dans le monde dynamique des technologies de l'information. Il englobe une gamme de technologies allant des capteurs qui surveillent les conditions environnementales à des étiquettes RFID qui peuvent permettre aux utilisateurs d'interagir avec les objets. Dans le monde de l'IdO, tout objet produit des données qui peuvent être recueillies et analysées ».

Selon le cabinet Gartner, les villes utilisent plus d'un milliard d'objets connectés en 2015 et en utiliseront près de 10 milliards en 2020.

"Mélanger réseaux et capteurs"

Les fondateurs de Libelium - Alicia Asín et David Gascón - se sont lancés dans cet univers dès 2006 « contre tous les conseils qui disaient alors qu'il ne fallait pas toucher au hardware », m'a expliqué Alicia. Ils ont pourtant choisi de « mélanger réseaux et capteurs et de s'attaquer à tous les domaines d'un coup, puisqu'en définitive il s'agit toujours de la même chose : mesurer et transmettre ».

Leurs produits sont essentiellement constitués de capteurs et de passerelles (gateways) leur permettant d'envoyer les données à n'importe quelle plateforme connectée à l'internet. C'est ainsi qu'elle vient d'ajouter à ses produits l'accès, pour le développement des villes intelligentes, aux protocoles de communication de Sigfox, l'entreprise française installée à Toulouse, à moins de 400km, juste de l'autre côté des Pyrénées.

Vision technocentriste

Nous sommes en pleine vision technocentriste (la datapolis qu'il faut distinguer de la participolis qui repose sur les humains et leur participation au design et à la gestion des villes). Et pourtant, ces capteurs connectés réduits à leur plus simple expression peuvent aussi être utilisés par les citoyens.

Un des meilleurs exemples m'a été donné par mes étudiants de la Paris School of International Affairs de Sciences-Po qui, au printemps, avaient déniché Oxford Flood Network, un « réseau construit par les citoyens pour détecter les niveaux d'eau dans et autour d'Oxford et fournir des données hyper-locales sur les inondations » utilisables par les entreprises aussi bien que par les citoyens.

Libelium s'est inscrite dans la même logique au moment du drame de Fukushima en « donnant quelques capteurs de radiations et en en vendant d'autres à très bas prix », m'a expliqué Asín. « Trois semaines plus tard, nous avons pu constater que les gens partageaient les données de manière ouverte en créant, en temps réel, une carte des lieux contaminés indépendante du gouvernement et des médias. Ça nous a permis de voir, pour la première fois le potentiel des citoyens dans ce domaine. »

Un coût élevé

Reste un problème difficile à surmonter : le prix d'autant plus élevé des capteurs qu'ils sont plus sophistiqués et mis régulièrement à jour. Une batterie installée sur un balcon pourrait être fort utile pour la mesure de la pollution de l'air. Mais son coût se mesurerait en centaines d'euros. « Les citoyens ont besoin de motivation », estime Asín. « Les municipalités devraient envisager des réductions d'impôts, ça leur coûterait moins cher », ajoute-t-elle. Dans un processus totalement transparent cela permettrait une meilleure rationalisation des décisions et « une meilleure démocratie », conclue-t-elle.

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a écrit le 10/11/2015 à 0:06 :
Réduction d'impôts ou pas, votre monde des objets connectés ne me fait pas rêver, au contraire j'ai envie de totalement déconnecter. Et, cet ordinateur sera le dernier !!
a écrit le 07/11/2015 à 11:18 :
Le seul problème c'est qu'il n'est pas demandé leur avis aux gens. Quand je prends un abonnement mobile, cela ne veut pas dire que je suis d'accord pour être suivi et géolocalisé en permanence.
C'est un véritable problème de société. Etendre les business models des services gratuits aux fournisseurs d'utilités quasi-monopolistiques est inacceptable quand il est impossible de le faire à coût identique pour le client final. Or, que constate-t-on? Que les prix n'ont pas baissés en conséquence, mais qu'une partie importante de la marge de ces opérateurs est désormais orientée vers la subvention d'activités secondaires.
Sans compter qu'en termes purement légaux, la vente liée est interdite. Pourquoi alors autorise-t-on uniquement des offres liées dans certains secteurs, et pourquoi fait-on passer pour gratuit ce qui ne l'est pas? Ne serait-il pas évidemment nécessaire par simple équité de relation entre consommateur et fournisseur de connaître le prix réel de chacune des composantes de ce qui est vendu et qu'une offre pour chacune des services soit disponible? Non seulement cela limite de manière évidente la porté des lois sur la libre concurrence qui ne peut du coup s'exercer par simple manque d'information, mais cela permet aux fournisseurs de masquer le coût réel de certains choix tout en forçant à l'utilisation contrainte d'options qui ne devraient être que cela.
Est-il acceptable pour reprendre le thème qui vous est si cher des villes intelligentes, qu'on ne puisse y vivre libre de ces contraintes? Un citoyen privé de sa liberté au sens de son droit le plus évident à être laissé tranquille (pour reprendre les termes de la constitution américaine) est-il un citoyen à part entière? Qui a décidé d'un tel changement de paradigme et au nom de quoi?

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