Comment l'UpM contribue au « cercle vertueux » de l'émancipation des femmes en Méditerranée

Par Camille Ayral  |   |  983  mots
L'ambassadrice Delphine Borione, secrétaire générale adjointe de l'Union pour la Méditerranée (UpM). (Crédits : Camille Ayral)
Depuis son arrivée à l'Union pour la Méditerranée (UpM), il y a quatre ans, l'ambassadrice Delphine Borione, secrétaire générale adjointe, a réussi à mettre la question des femmes dans l'agenda méditerranéen et au cœur du dialogue inter-régional. Décryptage et vision d'avenir, à la suite de sa participation au colloque ISESCO-AFACOM sur le dialogue euro-méditerranéen au féminin, le 26 avril dernier, à Paris.

« Les colloques sont importants pour approfondir les thèmes, créer des réseaux et du lien entre toutes ces femmes et ces hommes qui travaillent sur ce sujet dans les différentes parties de la Méditerranée, mais il faut aussi avoir des projets concrets », déclare Delphine Borione, à l'issue du colloque ISESCO-AFACOM qui se déroulait au Palais du Luxembourg, siège du Sénat français.

Avec « les femmes des deux rives de la Méditerranée face à l'extrémisme  » pour thème, le colloque aborde les problématiques des femmes victimes de l'extrémisme, les femmes et le printemps arabe, les stéréotypes et caricatures auxquels elles font face mais aussi il évoque leur rôle de médiatrice de paix et de tolérance, et d'actrice en matière d'éducation religieuse et de dialogue dans les médias.

« Souvent on voit que les stéréotypes sont d'abord dans l'esprit des femmes elles-mêmes et de leurs proches. Il faut arriver à dépasser ces freins pour leur donner confiance, leur donner des outils, des modèles et des personnalités inspirantes », déclare la secrétaire générale adjointe de l'UpM.

Des projets pour répondre aux défis de la région

Un défi qui a amené l'UpM - en partenariat avec Ideaborn (association de consultants internationaux pour les droits de l'Homme) et les ministères de l'éducation des pays concernés, Maroc et Tunisie - à créer un projet de sensibilisation des jeunes collégiens à la citoyenneté, à l'égalité garçon-fille et à la prévention de la violence.

« On voit bien que ces sujets sont liés. Nous avons maintenant la demande de la Jordanie et du Liban pour développer une démarche similaire chez eux. Tout le monde comprend bien l'importance et la nécessité de traiter ces questions dès le jeune âge », souligne Delphine Borione.

Pour l'ambassadrice, promouvoir l'égalité, c'est aussi une manière de donner des valeurs et un sens civique à ces jeunes qui peuvent être exposés à l'extrémisme.

Le projet FAM (Femmes d'avenir en Méditerranée), conçu en 2016 avec Science Po Paris, apporte lui aussi des solutions pour intégrer les jeunes femmes dans la société :  66 femmes (entre 25 et 35 ans) originaires des pays du sud de la Méditerranée, à fort potentiel et au parcours d'exception, ont été choisies pour suivre une formation aux questions de l'égalité, à l'accès au leadership et à la prise de parole avec des rencontres de hauts responsables et personnalités influentes.

« Il faut offrir aux jeunes femmes, dans ces pays où ce n'est pas évident, la possibilité de faire leur place et leur donner les outils pour qu'elles puissent le faire. Il y a des personnalités extraordinaires, comme par exemple Khadija Idrissi Janati, une jeune entrepreneure qui joue un rôle moteur, ou Fatima Beraich qui a créé le Biodome du Maroc », observe Delphine Borione.

Les résultats des différents projets sont concluants, notamment ceux de l'École de la deuxième chance où, selon les pays, de 60 % à 75% des bénéficiaires sont des femmes - un chiffre au delà des espérances de l'UpM.  « C'est pour moi un projet magnifique » constate Delphine Borione.

Développé initialement à Marseille avec les « Ecoles de la deuxième chance », il a ensuite été adapté pour les pays du sud de la Méditerranée avec des centres de formation et une méthodologie agréée, dans le but de réinsérer les jeunes sortis du système scolaire et de les accompagner vers l'emploi.

L'UpM continue de lancer des projets en faveur des femmes, comme le projet WoRTH, facilitant la prévention et la détection du cancer du sein et du col de l'utérus, ainsi que l'accès au dépistage pour 40 000 femmes. Cette initiative prendra place au Maroc, au Montenegro et en Albanie, pays où le taux de cancer est élevé et où il y a peu de préventions.

Une vision équilibrée, de parité et de diversité

Pour Delphine Borione, les gouvernements prennent conscience de l'importance de l'intégration des femmes dans la société et dans les décisions politiques ; un progrès qui se reflète dans les textes de lois et les constitutions.

« Il y a un cercle vertueux qui je crois est en train de s'instaurer, même si les obstacles sont encore très lourds à la pleine réalisation des droits des femmes. Il faut une vision équilibrée, de parité, de diversité dans la gouvernance de notre monde qui se confronte à tant de problèmes », souligne Delphine Borione. « Ce qui reste le plus dur, c'est la mise en œuvre concrète des principes de l'égalité homme-femme dans toutes les sphères de la société ; il est nécessaire aussi de bien intégrer la dimension « femme » lorsque l'on travaille sur les questions de participation citoyenne, ou les questions d'eau, d'environnement, de transports... bref, que la prise en compte des besoins spécifiques des femmes soit effective dans tous les secteurs. »

Malgré l'arrivée à échéance du mandat du Secrétaire général Fathallah Sijilmassi, au début de 2018, et celui de Delphine Borione un an après, l'ambassadrice continuera - au sein de l'UpM ou dans d'autre cadres - à promouvoir le rôle des femmes et à se battre pour l'égalité des genres.

« Ce sera toujours un axe stratégique, car c'est devenu une conviction personnelle très forte à la suite de tout ce que j'ai lu, tout ce que j'ai compris des sociétés et de mon expérience de terrain où je vois le rôle bénéfique qu'apporte une majeure implication des femmes dans le développement des sociétés »,  conclut-elle.

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