La nouvelle « route de la soie » chinoise : cibler l'Europe en misant sur l'Afrique

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Le président chinois Xi Jinping durant son discours au Forum Chine-Afrique de Johannesburg, le 4 décembre 2015.
Le président chinois Xi Jinping durant son discours au Forum Chine-Afrique de Johannesburg, le 4 décembre 2015. (Crédits : Reuters)
Si l'activisme de l'économie chinoise n'est pas exempt d'un risque d'ubris « irrationnel », la nouvelle stratégie chinoise semble clairement viser à faire de l'Afrique une tête de pont vers les marchés à hauts revenus de l'Europe. Une analyse de Mariem Brahim, économiste à l'Ipemed (Paris), et de Hassan Ben Janena, professeur d'économie à l'ISG de Sousse (Tunisie).

Dans le contexte de l'apparent repli des États-Unis sur eux-mêmes et du Brexit britannique, la Chine fait figure de premier investisseur mondial. C'est ainsi que les investissements chinois ont dépassé en 2016 les 200 milliards de dollars, soit 40 % de plus que l'année précédente. La Chine est aussi le premier investisseur et le premier employeur étranger aux États-Unis, ce qui a poussé le nouveau président Donald Trump à jeter un regard davantage conciliant à son égard. Mais, à présent, c'est vers l'Afrique et l'Europe que l'ancien empire du Milieu jette son dévolu.

Accès aux marchés et transferts de savoir-faire, la double cible

Tous les secteurs économiques européens sont visés, à l'image de la société ChemChina qui vient d'acheter l'agrochimiste suisse Syngenta pour 43 milliards de dollars, tandis que China Chemical Corporation vient de s'emparer de l'industriel italien Pirelli. Et le conglomérat Ossun, quant à lui, qui possède le Club Med et le port du Pirée, est passé entre les mains d'investisseurs chinois, à hauteur de 67%.

Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, les Chinois recherchent non seulement l'accès à des marchés portés par des pouvoirs d'achat parmi les plus élevés du monde, mais aussi la possibilité d'acquérir des savoir-faire et des technologies détenus jusque-là exclusivement par les entreprises rachetées. Sur fond de mondialisation et au nom de celle-ci, les plus beaux fleurons des économies occidentales semblent ainsi passer entre les mains de ces investisseurs chinois. Un activisme qui inquiète de plus en plus les Européens.

Le risque d'investissements « irrationnels »

Toutefois, cette stratégie n'est pas sans danger pour les Chinois. Les réserves en dollars du pays s'amenuisent. Le risque de dévaluation du yuan s'accroît, en dépit de la surveillance sourcilleuse de l'OMC. C'est pourquoi les autorités chinoises enjoignent à leurs entreprises de ne pas se lancer dans des investissements « irrationnels » à l'étranger, notamment en Europe.

Elles leur demandent de bien faire la distinction entre les investissements stratégiques, dispensateurs de technologies en retour, et les méga-acquisitions dans l'immobilier, le sport, voire le divertissement, toutes spéculatives mais présentant de nombreux risques. La presse financière chinoise s'en est fait l'écho : les autorités chinoises seraient décidées à davantage contrôler et encadrer les Investissements directs étrangers (IDE) de leurs entreprises. Les investissements de plus de 10 milliards de dollars pourraient tout simplement être proscrits. Et, si elles ne relevaient pas d'« activités stratégiques », les acquisitions de plus d'un milliard de dollars seraient interdites aux conglomérats chinois.

La stratégie du bas-coût africain ciblant l'Europe

Pour ce qui concerne le continent africain, la donne est différente. Certes, demeure l'attrait pour un marché en pleine croissance, mais les investisseurs chinois ont aussi retenu la proximité géographique avec l'Europe. D'où le souci de faire appel à une main d'œuvre locale, abondante et peu coûteuse, avec à terme l'invasion du marché européen par des produits fabriqués ainsi à bas coûts au sud de la Méditerranée.

Une autre raison les a conduits à bâtir cette stratégie. Elle est démographique. La politique de l'enfant unique engendrera, à plus ou moins long terme, la raréfaction de la main d'œuvre chinoise. À cet égard, le projet du groupe chinois Haite est très parlant. Il construit au nord du Maroc une nouvelle cité industrielle et résidentielle. S'étendant sur 2 000 hectares, elle devrait, dans les dix ans à venir, héberger près de 200 usines chinoises et engendrer 100 000 emplois.

L'opération devrait réclamer un investissement de 10 milliards de dollars. Ce sera de loin la plus importante plateforme industrielle chinoise établie sur le continent africain. De la même manière, HiSense, l'une des principales sociétés de fabrication électronique chinoise, s'est installée dans la province du Cap occidental, en Afrique du sud.

Quand Xi Jinping promet 60 Mds $ d'investissements en Afrique

Le faible pouvoir d'achat et le défaut d'infrastructures de qualité en Afrique n'arrêtent pas les investisseurs chinois. Ils n'oublient pas que ses habitants représenteront près du quart de la population mondiale à l'horizon 2030. Ce sont autant de futurs consommateurs. Raison pour laquelle le président chinois Xi Jinping a annoncé, lors d'un sommet à Johannesburg en 2015, un plan d'investissement sans précédent. Il s'est dit prêt à laisser injecter 60 milliards de dollars dans des projets locaux de développement. Avec pour objectifs la  stimulation de l'agriculture, la construction de routes, de ports, de voies ferrées et même l'annulation des dettes. Les faits sont là : le volume des échanges commerciaux entre la Chine et les pays africains a progressé de 16,8% au premier trimestre de cette année, par rapport à celui de 2016. Ils ont atteint 38,8 milliards de dollars.

Se dessine ainsi une nouvelle « route de la soie ». Elle passera par l'Afrique, notamment du Nord. Les pays qui ne sauront s'y positionner à l'horizon 2030 pourraient bien demeurer sur le bas-côté de l'histoire.

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