« Le Maroc, c'est différent ! » (Lahcen Haddad, ministre marocain du Tourisme)

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Lahcen Haddad, ministre marocain du Tourisme
Lahcen Haddad, ministre marocain du Tourisme (Crédits : Reuters)
En visite à Paris, Lahcen Haddad, ministre marocain du Tourisme, incite les Français à ne pas se laisser aller à des « amalgames ». Pour les encourager à visiter plus nombreux le royaume, il met en avant la proximité entre la France et le Maroc, un pays « francophone et francophile ».

Jusqu'ici, le tourisme marocain a bien résisté. Malgré un contexte sécuritaire régional parfois altéré, le secteur a encore réussi à progresser en 2014 : 10,3 millions de voyageurs ont visité le royaume, soit + 2,4 % par rapport à 2013, tandis que les recettes se sont élevées à 5,45 milliards d'euros (+ 2,9 %), selon les chiffres de l'Office national marocain du tourisme (ONMT).

L'année 2015 s'annonçait tout aussi prometteuse, « avec un bon début, soit une progression de 8 % sur le premier semestre », relève Lahcen Haddad, ministre du Tourisme, rencontré à Paris à l'occasion de sa visite au salon du tourisme Top Resa.

Un fort recul des visiteurs venus d'Europe du sud

Mais, fin août, force était de constater que la fréquentation touristique se révélait globalement en recul de 1 %... conséquence d'un renversement de tendance qui s'est opéré en juillet, et qui a vu notamment un fort recul des visiteurs français, comme un effet différé des inquiétudes et appréhensions consécutives aux attentats de Charlie Hebdo en France et du Bardo en Tunisie, ou encore des exactions barbares régulièrement commises par Daesch, voire des tragédies endurées par les migrants traversant la Méditerranée.

Tous les Européens n'ont pourtant pas réagi de la même manière : tandis que les visites venues d'Europe du Nord ont progressé - « + 7% de Britanniques, + 17 % d'Allemands », précise le ministre, elles ont beaucoup régressé au sud : «  - 8 % d'Espagnols, - 13 % d'Italiens et, surtout, - 15 % de Français en août », déplore-t-il.

Et d'argumenter : « Il y a eu comme un effet d'amalgame, assimilant le Maroc à d'autres pays... Mais, le Maroc, c'est différent ! Notre Islam est tolérant, pluriel, tourné vers la coexistence et la joie de vivre. C'est l'Islam soufi, reconnu pour son esprit de modération et de tolérance ».

« Nous sommes un pays francophone et francophile »

Si le ministre reconnaît que nulle part on n'est à l'abri d'un attentat terroriste - « mais un pays musulman ne l'est pas plus ni moins qu'un autre - il insiste sur « la proximité culturelle » entre la France et le Maroc : « Nous sommes un pays francophone et francophile. Les Français sont les bienvenus chez nous, relève-t-il. Et on ne peut se permettre de se bouder, car nos deux pays ont des liens très étroits, à tous les niveaux, y compris humains... Le Maroc, c'est un peu comme une prolongation du sud de la France ! Il faut que le marché français se réveille ! »

Pour autant, le Maroc n'est pas prêt à se brader, car « si on tue la valeur,il est très difficile ensuite de se redresser », estime Lahcen Haddad. Au contraire, pour consolider et élargir son marché touristique, le royaume vise la montée en gamme et la diversification de son offre culturelle, laquelle motive déjà 80 % des touristes. Un secteur où la marge de progression est très importante, car le Maroc dispose d'un riche patrimoine culturel à valoriser, étant le pays africain qui abrite le plus de sites classés par l'Unesco.

De grandes ambitions à l'horizon 2020

Par ailleurs, si l'Europe reste le marché prioritaire du tourisme marocain, ce dernier vise désormais d'autres clientèles : la chinoise, bien sûr, mais aussi l'africaine. Pour cela, il peut d'ores et déjà compter sur le hub que la Royal Air Maroc (RAM) déploie à Casablanca. La RAM, qui ouvre en effet régulièrement de nouvelles lignes, a encore battu cet été son record de trafic durant le week-end du 1er août, avec un peu plus de 55 000 passagers transportés sur 418 vols. Avec 32 destinations desservies en Afrique de l'Ouest, la RAM est désormais l'une des toutes premières compagnies aériennes du continent.

Enfin, il faut noter que sur un total de près de 3,6 milliards de dollars d'IDE collectés par le Maroc en 2014 (contre 3,3 en 2013 et 2,7 en 2012),le tourisme arrive en troisième position des secteurs attractifs (30 % ds IDE), après l'industrie et les TIC. De quoi donner à penser que, au-delà des difficultés conjoncturelles rencontrées avec le marché sud-européen, le royaume aura les moyens de développer encore son secteur touristique, pour lequel il nourrit de grandes ambitions : après avoir dépassé en 2013 le seuil des 10 millions de visiteurs qu'il s'était fixé (cf. la « Vision 2010 »), le royaume, avec la « Vision 2020 », place désormais la barre bien plus haut : accueillir le double de visiteurs et augmenter de 12 % à 14 % la part du secteur dans le PIB national. « Globalement, notre objectif est qu'en 2020, le Maroc fasse partie des vingt plus grandes destinations mondiales. Et qu'il s'impose comme une référence du pourtour méditerranéen en matière de développement durable », conclut Lahcen Haddad.

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> Aller au sommaire du dossier « Le Maroc, porte d'entrée royale en Afrique »,

de notre supplément LA TRIBUNE AFRIQUE de LA TRIBUNE Hebdo n°142 du 18-24 septembre 2015.

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Commentaires
a écrit le 07/10/2015 à 10:35 :
Que le ministre du tourisme affirme que le Maroc est francophone et francophile, j'en doute!!! Je reviens d'Essaouira: logé dans un hôtel de haut de gamme, il était difficile de parler aux serveurs qui baragouinaient le français. Même chez les guides et chauffeurs de taxi, seuls les anciens parlaient le français. Déjà en 1991, lors d'un précédent (sortie de la guerre du golfe), j'avais été abordé par des jeunes en allemand. Ma seule expérience n'est pas là pour généraliser une situation rencontrée individuellement. par contre, il est vrai que les touristes français n'étaient pas en grand nombre dans cette ville pourtant admirable et agréable pour y passer quelques jours. Je n'envie pas les 1700 français qui y vivent à l'année. Il est sûr qu'il n'y a pas de risques pour les touristes tant la police invisible est présente ( Paroles de Marocains)
a écrit le 06/10/2015 à 9:36 :
Le Maroc est un beau pays et il ne faut pas faire d'amalgames entre des âneries de quelques individus et la réalité ! C'est sans doute le pays où l'on traite le mieux les femmes en Afrique ! Elles sont libres et sont entrées au parlement !!
a écrit le 06/10/2015 à 8:33 :
Maroc non merci, femmes (coiffeuses) jetées en prison parce que "mal habillées" ? 3 mois de prison pour 2 homos qui s'embrassent , etc.... ? Quel honte Maroc non merci, le Portugal c'est plus libre !

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