COP 22 : le Maroc lance l'initiative « Triple A » consacrée à l'agriculture africaine

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Aziz Akhannouch, ministre marocain de l'Agriculture et de la Pêche maritime.
Aziz Akhannouch, ministre marocain de l'Agriculture et de la Pêche maritime. (Crédits : DR)
Un an après la COP 21 de Paris, la COP 22 de Marrakech, en novembre, doit être celle de l'Afrique et de l'action. Et donner la priorité à l'agriculture, activité nourricière de la planète, pour laquelle travaille plus de 60 % de la population africaine. Pour soutenir son initiative du Triple A (adaptation de l'agriculture africaine), le Maroc vient de rassembler sur ce thème une vingtaine de ministres africains, à Marrakech.

En amont de la COP 22, qui se tiendra à Marrakech du 7 au 18 novembre prochains, le Maroc - qui a pris le relais de la France - vient de réunir à la Palmeraie de Marrakech plus d'une vingtaine de ministres africains de l'Agriculture pour lancer avec solennité l'initiative « Triple A » visant à l'adaptation de l'agriculture africaine pour faire face aux défis du changement climatique. Une conférence de haut niveau dont les conclusions devront être prises en considération par tous les pays participants à la prochaine COP 22. Si, du moins, celle-ci veut se donner les chances d'aboutir à des résultats concrets.

L'Afrique doit doubler sa production agricole d'ici à 2030

« Il aura fallu vingt-et-une COP avant que l'agriculture soit enfin une priorité et non pas simplement un sous sous-chapitre » pour tous ceux qui s'intéressent au devenir de la planète, déplore ouvertement la ministre guinéenne de l'Agriculture, Jacqueline Sultan, en faisant ce constat amer qui est une pierre dans le jardin de la France : « Nous avons tous eu l'impression que la COP 21 [qui s'est tenue à Paris l'an passé, ndlr] avait oublié l'agriculture », mère nourricière pourtant de notre bonne vieille Terre.

Pour se faire entendre à ce sujet, les Africains vont donc devoir mettre les bouchées doubles. Et c'est tout le sens de l'initiative prise par le ministre marocain de l'Agriculture et de la Pêche maritime, Aziz Akhannouch, qui pour la première fois a établi « un lien entre le développement agricole et le changement climatique » pour faire bouger les lignes et trouver des solutions pragmatiques au développement du continent dont la population - avec 2,5 milliards d'habitants - aura doublé d'ici à 2050. « L'Afrique se doit donc de doubler sa production agricole d'ici à 2030 et de la tripler d'ici à 2050 ». L'objectif est ainsi fixé, mais reste encore à s'en donner les moyens.

Les trois pistes d'action, selon le Maroc

Rappelant que l'Afrique, « première victime du changement climatique », était jusqu'à présent « la grande oubliée des négociations Climat », le ministre marocain des Affaires étrangères et président de la COP 22, Salaheddine Mezuar, a donc indiqué trois axes principaux pour tenter de changer les choses :

1/ L'accès aux énergies propres ;

2/ Le développement des villes durables ;

3/ Le renforcement de la résilience à la production de l'agriculture (secteur pour lequel travaillent 60 % de la population africaine) qui apparaît comme une priorité pour la sécurité alimentaire et le développement économique du Continent.

« Cette initiative du Triple A est une réponse africaine majeure car - dans le prolongement de la déclaration d'Abidjan d'avril dernier - elle marque la volonté de faire de la COP 22 la COP de l'Afrique et de l'action », observe Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre ivoirien de l'Agriculture et du Développement rural, et président de la 29e Conférence régionale de la FAO. Et le ministre d'ajouter : « Tous ces discours traduisent le volontarisme des dirigeants africains » qui espèrent que l'Afrique aura lors de la COP 22 sa part de financement pour relancer et transformer son agriculture qui est « un gisement de développement et d'emplois ».

« Que les fonds verts puissent servir également à l'électrification de l'Afrique »

« J'attends de cette Conférence des engagements et des financements car il nous faut désormais passer des belles promesses à l'action dans l'agriculture, l'élevage et le traitement de l'eau avec des programmes adaptés et accompagnés par la communauté internationale », souligne pour sa part la ministre sénégalaise de l'Agriculture, Aminata Ndiaye, en insistant également pour « que les fonds verts puissent servir également à l'électrification de l'Afrique » et notamment des zones rurales, tant il est vrai que l'énergie est la condition première du développement du continent.

« L'Afrique doit être au cœur de la COP 22 », renchérit pour sa part le ministre camerounais de l'Agriculture et du Développement rural, Henri Eyebe Ayissi, en saluant lui aussi « l'excellente initiative du Royaume du Maroc » qui fait figure de modèle en ce domaine. Et le représentant du président Paul Biya de se dire « optimiste quant à la bonne préparation de cette Conférence », et persuadé « que l'Afrique y soit présente avec des solutions et une mobilisation des opinions publiques ».

« Le rôle irremplaçable du banquier »

« L'initiative Tripe A est un programme novateur, une révolution dans la réflexion », fait remarquer Tariq Sijilmassi, PDG du Crédit Agricole du Maroc, en insistant sur « le rôle irremplaçable du banquier » car, pour « éviter l'exode rural » et promouvoir « le développement d'une agriculture moderne et solidaire » dans toute l'Afrique - à l'image du Plan Maroc vert - « nous devons mettre face à des centaines de millions d'agriculteurs des centaines de milliards de dollars ».

Ce problème crucial de financement se double d'une nécessaire volonté de prévoyance et d'anticipation, car bien des choses ne peuvent se faire du jour au lendemain. Un seul exemple, on ne plus parlant : « dans les oasis, le développement des palmiers dattiers - qui font la richesse du Maroc - demande un délai de grâce de sept ans car il faut attendre sept ans pour que le dattier planté donne enfin des fruits ».

Youssou N'Dour en « vedette américaine »

« Les conclusions  de cette conférence Triple A ne peuvent qu'être entendues par la COP 22 de Marrakech, car c'est l'urgence », souligne la Sénégalaise Yacine Diama Fal, représentante de la BAD (Banque Africaine de Développement) au Maroc, en rappelant que l'agriculture représente plus de 60 % des emplois en Afrique et constitue un quart du PIB des pays du continent.

Son compatriote Youssou N'Dour est d'ailleurs venu - en « vedette américaine » - apporter son appui à cette initiative marocaine, en offrant un superbe concert au Palais Bahia de Marrakech. « Pour l'auto-suffisance alimentaire de l'Afrique, je suis partant », lance le célèbre chanteur sénégalais présenté comme la « star planétaire » adulée de tous les Africains. L'ancien ministre sénégalais de la Culture et du Tourisme fait le show et se plaît également à souligner que « la musique a toujours accompagné l'agriculture » et les paysans dans les champs.

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Commentaires
a écrit le 11/10/2016 à 10:35 :
Pour se développer, l'Afrique a besoin d'énergie et de capital humain. La COP 22 devra aborder le problème de l'énergie africaine (production et consommation). Pour le capital humain il y a beaucoup à faire. Les deux aspects sont liés.
Réponse de le 12/10/2016 à 8:38 :
Suite. pour le capital humain, la COP devrait envisager un programme d'information aux économies d'énergie des populations, et aux formations d'ingénieurs et techniciens chargés de l'énergie. Cela concerne l'Afrique.
a écrit le 11/10/2016 à 5:36 :
Le Maroc est un pays expert dans la culture. Il n'y a qu'aller faire un tour dans le Rif, aux alentours de Ketama, des champs de canabis a perte de vue.
C' est vert a en avoir mal aux yeux.
Qui profite de la manne ?
Allez savoir ?

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