Les entreprises françaises prêtes à s'impliquer davantage en Afrique

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Top 10 des pays africains où les 800 entreprises françaises du panel BearingPoint sont le plus présentes.
Top 10 des pays africains où les 800 entreprises françaises du panel BearingPoint sont le plus présentes. (Crédits : BearingPoint)
Pour sa 6e édition annuelle de l'Observatoire du développement international (ODI), le cabinet de conseil en management et technologie BearingPoint a interrogé les directions internationales de 800 entreprises françaises sur les opportunités d'affaires en Afrique. Pour la première fois, celles-ci considèrent le marché africain comme un relais de croissance qu'il faudra prioriser dans les dix prochaines années.

Si 38% des entreprises du panel conviennent en effet qu'aujourd'hui l'Afrique représente moins de 5% de leur chiffre d'affaires, elles ne sont plus que 14% à projeter qu'il en sera de même dans cinq ans. Plus de la moitié du panel envisage que leur chiffre d'affaires sera constitué entre 5% et 20% par les activités déployées en Afrique, et une entreprise sur cinq évalue cette projection à plus de 50% du chiffre d'affaires ! En dix ans, les entreprises font la prévision que la part de CA relative de l'Afrique dans leur activité va augmenter de 75% (moyenne sur l'ensemble du panel).

À noter aussi que, selon l'étude, 43 % des entreprises concurrentes des françaises sont africaines, contre 22 % seulement venant d'Europe. Remarquable également le fait que l'activité d'exploitation des ressources n'est citée que par moins de 10% des répondants.

En tête des secteurs les plus marquants, c'est la distribution (58% des répondants), qui domine, selon l'étude. Les secteurs de distribution cités concernent l'énergie, la santé, l'agroalimentaire ou encore l'automobile.

Les secteurs du service aux entreprises (35% des répondants) ou encore de la transformation industrielle (20% des répondants) confortent la promesse du continent africain.

Infrastructures et classe moyenne émergente

D'un point de vue sectoriel, les marchés publics constituent un terrain favorable à l'accueil de capitaux étrangers. Les États et les pouvoirs publics sont globalement défaillants dans l'organisation de l'approvisionnement en énergie, et les structures de santé et d'éducation font défaut ou fonctionnent de manière insatisfaisante.

"Véritable stimuli d'un cercle vertueux", selon les auteurs de l'étude,  le BOP - ou Bottom of Pyramid - met aujourd'hui sur le marché des services visant à accélérer l'autonomisation des populations, comme le micro-crédit bancaire - à noter que 50% des flux financiers au Kenya passent par le téléphone mobile, record mondial.

Aspirant au style de vie d'une société de consommation à l'occidentale, la classe moyenne représente, avec les infrastructures, l'autre marché attractif de l'Afrique, stimule nombre d'acteurs français, à commencer par ceux de la grande distribution.

Côte d'Ivoire, Maroc et Afrique du Sud, les pays les plus attractifs

La Côte d'Ivoire arrive en tête du classement des pays les plus attractifs, avec 50% des entreprises interrogées qui y sont implantées. Bénéficiant d'une classe moyenne montante, aux aspirations proches des occidentaux, la Côte d'Ivoire est souvent l'un des premiers pays sub-sahariens dans lequel les entreprises françaises s'implantent. Après la crise post-électorale de 2010, les bailleurs de fonds ont décidé d'investir massivement dans le pays avec la conversion d'une partie de la dette souveraine en aide au développement, ce qui contribue bien sûr au succès du pays, toujours le premier producteur et exportateur mondial de cacao.

L'Afrique du Sud et le Maroc sont tous les deux cités à un peu plus de 40%. Locomotive de l'Afrique anglophone, l'Afrique du Sud avec ses 54 millions d'habitants et des métropoles de premier plan comme Johannesburg ou Le Cap, représente, malgré de très fortes inégalités persistantes, une part importante du PIB du continent, son économie étant la deuxième en Afrique, juste derrière celle du Nigeria. Nombre de sociétés rayonnant en Afrique anglophone, y compris dans les services, y ont établi leur siège.

Par sa proximité avec la France, le Maroc ressort comme une évidence pour les entreprises françaises, tant au niveau géographique que culturel et linguistique. Les entreprises françaises s'y intéressent déjà depuis de nombreuses années et y délocalisent une partie de leurs activités, bénéficiant de coûts du travail plus intéressants. C'est notamment sur les centres d'appels marocains (service client, service après-vente, etc.) que les françaises s'appuient pour externaliser une bonne partie de leurs activités, mais elles contribuent aussi fortement à l'essor de secteurs comme l'automobile (1er poste d'exportation en 2014) et l'aéronautique.

Le Nigeria est cité par 36% des entreprises et s'illustre par des ressources naturelles reconnues au niveau mondial. Incontournable « géant » de l'Afrique (économique et démographique), le Nigeria est le 1er producteur de pétrole du continent. Selon les projections du PRB (Population Reference Bureau), en 2050, le pays sera le 4e pays le plus peuplé du monde, après l'Inde, la Chine, et les États-Unis (alors qu'il occupe actuellement la 7e place).

Au-delà des évidences, il est intéressant de noter que certains pays sont aussi bien cités. C'est par exemple le cas de l'Égypte, mentionné par 11% des répondants.  Outre le traditionnel secteur du tourisme - même s'il souffre actuellement beaucoup  des conséquences des attentats - l'Égypte voit son attrait revigoré par la découverte de gisements géants au large de ses côtes, qui permettrait au pays de faire face à ses besoins en gaz pendant plusieurs décennies. Sont cités spontanément ensuite une série de pays, comme l'Éthiopie, le Kenya ou encore le Sénégal... ce qui, estiment les auteurs de l'étude, doit être compris comme le fait que les entreprises prennent peu à peu conscience de la diversité des opportunités en Afrique.

Cela dit, face à ce vent d'optimisme, il convient tout de même de se rappeler que la précarité est encore une réalité quotidienne pour 60% de la population africaine. Et que les classes moyennes sont définies ici par une fourchette de revenus oscillant entre 2 et 20 dollars par jour.

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