Une France diplomatiquement forte a besoin d'un Président très bien élu (Ph. Douste-Blazy)

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Philippe Douste-Blazy, ancien ministre des Affaires étrangères.
Philippe Douste-Blazy, ancien ministre des Affaires étrangères. (Crédits : Reuters)
Pour lui permettre d'agir efficacement, de faire entendre la voix de la France et de défendre ses intérêts, l'élection du Président devra être acquise à une très large majorité, estime ce collectif de personnalités, parmi lesquelles l'ancien ministre Philippe Douste-Blazy et François-Aïssa Touazi, cofondateur du think-tank Capmena. Un tel succès sera en effet indispensable, estiment-ils, notamment pour relancer l'Europe, faire face aux éventuelles crises de grande ampleur à venir, et aussi porter une grande ambition pour la Méditerranée et l'Afrique. Plaidoyer.

Le second tour de l'élection présidentielle n'est pas seulement une compétition entre deux projets profondément antagoniques quant au futur proposé aux Français, c'est également l'expression d'un conflit entre deux visions radicalement différentes de la place de la France dans le monde et du rôle que notre pays doit jouer dans les relations internationales.

La candidate du Front National, fidèle aux dogmes de l'extrême droite, privilégie le repli sur soi, le rejet des autres et propose le pari insensé d'une sortie de la zone euro comme argument économique de premier ordre. De son côté, Emmanuel Macron demeure profondément attaché à notre ancrage européen, à la force de notre diversité, à notre ouverture sur le monde et est surtout convaincu de la capacité de notre pays à peser sur les grandes affaires du monde, grâce notamment à la force de nos valeurs universelles et à notre histoire.

Le monde est entré dans une période d'instabilité et d'incertitude comme il en a rarement connu depuis la fin de la guerre froide. Dans ce monde de plus en plus complexe, perturbé par de profonds déséquilibres et dangereux, la France doit pouvoir compter sur un Président fort et déterminé. Cette capacité à s'imposer au reste du monde dépendra en grande partie de la dimension du résultat de ce 7 mai.

Mal élu, un nouveau Président est dépourvu des moyens politiques pour mener à bien son action internationale. La victoire de notre prochain Président devra être très large, sans ambiguïté de sorte à lui permettre d'agir efficacement, de faire entendre la voix de la France et défendre ses intérêts.

Relancer l'Europe en crise

Notre prochain Président devra en premier lieu, et avec notre partenaire allemand, relancer une Europe en crise, qui doute d'elle-même et qui doit non plus considérer le Brexit comme une menace mais comme une opportunité unique pour relancer la construction européenne.

En effet, la sortie programmée de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, si elle ajoute de l'instabilité et de la volatilité politique à court terme, offre aussi à la France une opportunité historique de renforcer son influence et de retrouver sa centralité en Europe, au côté d'une Allemagne qui n'aura d'autre choix que de soutenir une intégration plus poussée de l'Union européenne autour d'un noyau dur de pays déterminés à donner un nouvel élan à ce projet historique.

Pour y parvenir, nous aurons besoin d'un Président fort et respecté pour mobiliser nos partenaires dans la lutte contre le terrorisme qui demeurera la priorité des prochaines années. Un Président fort saura les convaincre d'investir les ressources nécessaires pour destinées à la mise en place d'une nouvelle politique européenne de la sécurité et de la défense.

Il lui appartiendra également de tout faire pour permettre à l'Europe d'exister diplomatiquement face à une Administration Trump unilatéraliste, déconcertante et dominatrice, à la Russie de Poutine déterminée à s'affirmer et à étendre sa zone d'influence, une Chine qui veut s'imposer, tant au niveau économique que politique, sur l'échiquier global.

En effet, les risques d'escalades militaires aux conséquences imprévisibles dans de nombreux points du globe ont rarement été aussi importants. L'état du monde contemporain est marqué par de nombreux conflits et crises qui perdurent depuis trop longtemps, sans espoir de résolution à court terme, malgré leurs conséquences humanitaires désastreuses. De même subsistent les désaccords diplomatiques profonds  sur des grandes questions internationales comme le changement climatique.

Porter une grande ambition pour la Méditerranée et l'Afrique

Encore profondément meurtri par les attaques terroristes, notre pays ne doit pas oublier que le terrorisme et le fondamentalisme se nourrissent du chaos. La France doit ainsi être porteuse d'une grande initiative pour accompagner les pays du sud de la Méditerranée et de l'Afrique dans leurs transitions politiques et économiques. Dans un objectif de prospérité partagée, elle doit incarner et promouvoir une grande ambition pour l'Afrique et la Méditerranée. Seul un Président bénéficiant d'une forte assise populaire pourra susciter une adhésion large et mobiliser les ressources nécessaires pour relever ces défis si structurant pour l'avenir de la France et du monde.

Il existe indéniablement une demande de France dans le monde, d'une voie indépendante et juste qui a beaucoup manqué ces dernières années. Seul un Président fort pourra renouer avec le destin d'une France qui a su dire non à l'invasion américaine de l'Irak, qui aura à cœur de privilégier le dialogue et la diplomatie  dans la résolution des crises, qui bâtit des ponts et des passerelles entre les peuples et non des murs.

De plus, l'économie mondiale peine à renouer avec la croissance et reste encore sous le choc de la grande crise financière de 2008-2009. Sa transmission à l'économie réelle au travers de multiples canaux a débouché sur des crises qui ont touché successivement - et parfois simultanément - toutes les économies de la planète : crise bancaire et boursière, crise de la dette souveraine dans l'Eurozone, ralentissement de la croissance en Chine et chez les émergents, contre-choc pétrolier et ses effets.

D'autres crises de grande ampleur ne sont pas à exclure à l'avenir et il nous faudra là aussi un Président fort, maîtrisant les rouages de l'économie mondiale et qui saura préserver nos intérêts économiques. Dans un monde globalisé ou la diplomatie économique est devenue une nécessité pour notre pays, seul un Président fort saura attirer les investisseurs étrangers dont notre pays a grand besoin et qui saura aider nos entreprises à retrouver un esprit de conquête.

Afin de retrouver la place qui est la sienne dans le concert des nations, la politique de la France devra être menée par un Président dont la victoire doit être incontestable. C'est pourquoi, les citoyens soucieux du poids de notre pays dans les relations internationales, et qui souhaitent que la France reste un pays puissant, devront impérativement se rendre en masse dans les bureaux de vote afin de donner à Emmanuel Macron la victoire la plus large possible.

Les signataires :

Philippe Douste-Blazy, ancien ministre des Affaires étrangères.

François-Aïssa Touazi, cofondateur du think tank Capmena, ancien conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères.

Claire Tassadit Houd, présidente de l'association Diversité et Convergence.

Rabah Ghezali, maître de conférences en économie et droit financier à Sciences-Po Paris.

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Commentaires
a écrit le 06/05/2017 à 17:19 :
alors là ! pour cette fois c'est raté entre un candidat par défaut et un autre par rejet notre diplomatie a du soucis à se faire (selon le thin-tank capmena )
a écrit le 06/05/2017 à 12:38 :
"les c..s ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît...."
a écrit le 06/05/2017 à 7:42 :
Encore un qui reste sur son nuage sans rien comprendre ! C'est le 1er tour qui détermine la représentation de chacun, et Macron, comme ses prédécesseurs, ne recueillent qu'environ 20% des voix des inscrits. Au 2e tour, on vote contre l'autre; la logique voudrait que les LR (par exemple) qui votent Macron au 2e tour continuent de le soutenir tout au long de son mandat. Mias si c'était le cas, cela signifierait la mort de LR (et d'autres qui ont aussi appelé à voter Macron). Qui croit que le LR, les Insoumis et même les socilaistes vont accepter de disparaitre ? On va donc bien s'apercevoir que Macron ne représente qu'environ 20% des voix des inscrits et que par conséquent, son opposition, c'est 80 % des Français. Je me doute bien que certains vont s'empresser de prêter allégeance au nouveau monarque, mais ce n'est pas sur ces gens qu'il pourra s'appuyer parce qu'un traitre aujourd'hui est un traitre potentiel demain :-)
Réponse de le 06/05/2017 à 12:52 :
Voter contre est tout aussi significatif que de voter pour.

De 2002 on ne retient que le score au second tour de Jacques Chirac, malgré les affaires qui l'entouraient.
a écrit le 06/05/2017 à 3:54 :
Sauf que depuis 3 ans, même les plus diplomates français reconnaissent que la diplomatie française ... n'existe plus. Et ce, tout simplement depuis l'inclusion dans l'otan. Même chose pour les plus hauts gradés militaires : la France n'existe plus en tant que pays libre et autonome. Il faut écouter les gens qui savent, parfois... Nous sommes devenus ... l' "occident".
a écrit le 05/05/2017 à 23:32 :
à oui avec des bulletins nuls et blanc , ils sont légitimé
a écrit le 05/05/2017 à 21:59 :
Philippe Douste-Blazy ? Ce ministre des Affaires étrangères (2005 - 2007) qui ne parlait pas anglais et qui voulait se rendre en Martinique après l'accident d'avion du vol 708 West Caribbean (16 août 2005) en pensant que cette île était à l'étranger !
Le ridicule ne tue pas, la preuve.
a écrit le 05/05/2017 à 20:28 :
En filigrane.....avec moi comme ministre des affaires étrangères....ces gens sont vraiment à vomir.....j'espère que E. Macron nommera vraiment de nouvelles personnes et non ces types qui sont là depuis 30 ans....
a écrit le 05/05/2017 à 20:12 :
Oui, honnis soient les abstentionnistes, les ni-ni qui ne sont que des pense-menu égoïstes qui ne voient que leur intérêt personnel,souvent accrochés à leurs privilèges et ne craignent rien quelque soit le nouveau pouvoir.Vous avez aimé "Un village français",vous adorerez "La France des Le Pen".La vision internationale que vous défendez justement ne les intéresse pas.Incapables qu'ils sont d'imaginer que c'est la survie de leur pays, de l'Europe et donc la leur qui est en jeu.
Réponse de le 06/05/2017 à 10:42 :
@bobo: quand on est d'accord ni avec l'un, ni avec l'autre, la logique veut que l'on vote blanc. Mais bon, la logique est une chose compliquée pour certains, et peut-être pourras-tu nous expliquer qu'en votant Macron aujourd'hui, tu vas pouvoir revenir à ta constestation d'avant les élections ? Le vent tourne et la girouette avec, mais n'est pas girouette qui veut :-)
a écrit le 05/05/2017 à 19:50 :
Votez pour quelqu'un que vous n'aimez pas et qui est sûr de gagner bon sang !

Ben oui c'est tellement logique...

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