Michaël de Lagarde, l'entrepreneur de haut vol

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Michaël de Lagarde, fondateur de Delair-Tech.
Michaël de Lagarde, fondateur de Delair-Tech. (Crédits : DR)
À 35 ans, le président cofondateur de Delair-Tech s'apprête à ouvrir sa première filiale au Mexique et va commercialiser son nouveau drone professionnel.

Pour lui, tout est possible. Michaël de Lagarde, le président cofondateur de Delair-Tech, ambitionne d'ici à deux ans de devenir le chef de file mondial du drone professionnel.

« Jusqu'à présent, nous avons été de fougueux inventeurs startuppeurs : nous avons noué des partenariats au Congo et en Afrique du Sud, et présenté un deuxième modèle, le DT 26. Cette année, le mot d'ordre est : calme et raison », précise l'entrepreneur de 35 ans... qui prépare l'ouverture « imminente » de sa première filiale, au Mexique, pour s'établir sur le marché sud-américain, et prévoit de s'implanter aux États-Unis et en Asie dès l'an prochain.

En parallèle, il mène des négociations pour une deuxième levée de fonds, « entre 10 et 15 millions d'euros ». À l'évidence, Michaël de Lagarde ne partage pas l'acception commune du mot « calme ». Créée il y a quatre ans, sa société compte aujourd'hui 40 salariés, et a réalisé l'an dernier 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires, dont 75% à l'exportation.

« Nous ferons le double ou le triple cette année », prévoit-il sans s'émouvoir de son « développement exponentiel » qui vient de lui valoir l'attribution du Pass French Tech, réservé aux entreprises en hypercroissance.

Ce diplômé de Polytechnique avait évoqué l'idée d'entreprendre durant ses études avec Bastien Mancini, devenu l'un de ses trois associés, avec Benjamin Benharrosh et Benjamin Michel, des X eux aussi.

« Michaël est intègre, persévérant, très volontaire. Il est naturel avec tout le monde, et prend les choses avec recul : face aux bonnes nouvelles comme aux mauvaises, il reprend le travail en cinq minutes. Et aucun obstacle ne l'arrête. À nos débuts, alors que nous devions envoyer un drone en Guyane et qu'aucune caisse de transport n'était disponible à la location avant trois jours, il est allé dans un magasin de bricolage pour acheter des planches et une visseuse, et il a monté la caisse lui-même, en deux heures », se souvient Bastien Mancini.

Globetrotter

Durant ses sept premières années d'expériences professionnelles, Michaël de Lagarde a eu à gérer des situations autrement plus délicates. Après un stage de monteur vidéo dans une chaîne de télévision russe à Vladivostok, c'est en effet dans le rude monde du pétrole qu'il a évolué. Un stage chez Total en Argentine a conclu sa formation, puis il a rejoint Schlumberger en 2005 en tant qu'ingénieur terrain au Canada puis en Colombie.

« J'étais à la tête d'une petite équipe, et nous intervenions au moment du forage, un moment de mégatension opérationnelle, car les enjeux sont énormes. »

Puis il intègre Perenco en 2007, à Paris et en mission en Égypte dans une startup d'installation de gaz. C'est avec regret que son responsable de l'époque à Perenco, Jean-Claude Gay, l'a vu partir :

« Michaël est doué en tout, avec une approche très modeste et beaucoup d'autodérision. Il générait une excellente ambiance dans l'équipe. Un jour, alors qu'il était en mission au Congo, il a reçu un colis de 2 mètres de long : c'était un modèle zéro de son drone. Deux ans après qu'il était parti, emmenant avec lui un autre excellent élément de l'équipe, Benjamin Michel, il est venu me voir pour me présenter son prototype. J'ai été impressionné par sa transformation, l'envergure nouvelle qu'il avait prise. Il a beaucoup d'intuition, cette forme d'intelligence propre aux gens qui pensent vite. »

C'est en voyant l'électronique se démocratiser dès 2010 que Michaël de Lagarde a décidé de prendre son envol.

« Dans l'industrie pétrolière, nous faisions souvent appel à l'observation aérienne, mais les avions et les hélicoptères n'étaient pas toujours disponibles. Les drones étaient tout indiqués, et il était dès lors possible de construire à très bas coût des appareils aux performances équivalentes aux drones militaires d'il y a dix ans. Petit à petit, nous avons acquis toutes les compétences nécessaires : aérodynamique, mécanique, propulsion, contrôle de commande, optique et systèmes embarqués... »

Désormais, c'est le traitement de l'image que ce passionné de technique veut accélérer pour permettre la surveillance des pipelines, mais aussi des routes, des lignes électriques, des canaux ou encore des champs, grâce à une technologie accessible à partir de 25.000 euros - drones, capteurs, logiciel et formation inclus.

« Le drone est un maillon de la chaîne. Avoir un appareil photo volant, qui prend une image par seconde, soit 10 gigaoctets de photo en deux heures de vol, ça ne sert à rien si on n'a pas un système de traitement de ces données. C'est pour cela que nous avons lancé une plateforme d'analyse. À l'atterrissage, le drone télécharge automatiquement les photos qu'il a prises en vol, et ensuite nos algorithmes - ou d'autres outils - scannent ces données pour suivre l'évolution dans le temps et identifier les anomalies, et envoient des conclusions sous forme de cartographies. »

EDF l'utilise, tout comme la Commission européenne, dans le cadre du programme d'observation de la Terre, Copernicus.

La parole franche et directe, le verbe incisif mais jamais haut

Michaël de Lagarde détaille ses ambitions pour son dernier-né, le DT 26, en cours de certification par la Direction générale de l'aviation (DGA) et qui sera commercialisé dès la rentrée.

« Le DT 26 peut emporter jusqu'à 4 kg de capteurs et caméras, permettant une surveillance d'une qualité quasi militaire, et il peut atterrir en milieu hostile. Notre premier modèle, le DT 18, a montré que nous savons faire des drones pour des vols hors de portée de vue de l'opérateur. En quelque sorte, le DT 18 était une Maserati, le DT 26 est une Toyota », illustre l'entrepreneur, qui confie que son nouveau modèle a été déployé en missions tests en altitude et dans la chaleur pour repérer les braconniers en Tanzanie, et au Mexique pour surveiller un pipeline.

Ce modèle perfectionné pourrait même connaître une application militaire :

« Le DT 26 pourrait très bien répondre à un appel d'offres de la DGA. ».

Celle-ci a d'ailleurs alloué une subvention à Delair-Tech, dans le cadre de son programme Rapid, voué aux technologies duales - civiles et militaires.

Pour son service militaire - obligatoire en première année de l'X - Michaël de Lagarde a choisi d'intégrer les commandos marine. Durant ses études, ce passionné de sports aériens - parapente, planeur et aujourd'hui en formation de pilote d'avion - a exploré le semi-marathon, le parachutisme, la spéléologie et l'escalade. Avec son ami et ancien camarade de promotion Charles-Antoine Idrac, il a fait voler une montgolfière dans une grotte, et escaladé des parois à Rio de Janeiro :

« Proposez quelque chose d'intrépide à Michaël, il sera partant ! Quel que soit le défi, il est là. Mais s'il vous propose quelque chose, vérifiez que vous êtes à la hauteur. Pour lui, rien n'est impossible, et il gère, quels que soient les imprévus. Intellectuellement aussi : il va au fond des choses, très vite, et ne prend rien pour acquis. À une époque, son salon s'est transformé en atelier aéronautique, avec des aéronefs en construction, d'autres écrasés, des systèmes démontés : il étudiait chaque point d'amélioration possible sur les modèles existants. »

« Michaël peut passer des nuits entières sans dormir pour résoudre un problème. Sa grande détermination est la source de sa capacité à diriger et à entraîner, car il n'est pas très bavard. C'est en montrant l'exemple qu'il crée l'émulation dans son équipe », observe Antoine Delafargue, ancien camarade de l'X et porteur du projet Poisson Pilote, qui consiste à traverser la Manche dans un sous-marin à pédales lors de l'été 2016.

Michaël de Lagarde a insisté auprès de son ami pour le soutenir, à la force des jambes, dès les premiers essais à l'automne prochain. Quand on lui demande si ce projet n'est pas un peu fou, il rétorque, très posé et le visage solennel, mais avec une étincelle de malice dans les yeux :

« Tout ce qui compte, c'est l'aventure. »

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MODE D'EMPLOI

Où le rencontrer ? Entre Toulouse et Paris. « Hormis les moyens de contact numériques, vous pouvez me rencontrer dans nos locaux à Toulouse ou à Paris, où je me rends tous les quinze jours. »

Comment l'aborder ? Passionné. « Il faut éprouver du plaisir dans son activité. Faire ce que l'on veut est une grande chance, je vous le recommande ! »

À éviter ! Les arrière-pensées. « Une prise de contact intéressée est désagréable. Faites en sorte que ce ne soit pas trop évident d'emblée. »

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TIMELINE

  • Juillet 1980 Naissance à Albertville.
  • 2004 Diplômé de l'École polytechnique
  • 2005-2006 Ingénieur chez Schlumberger, au Canada et en Argentine.
  • 2007-2010 Ingénieur pétrole à Perenco.
  • Mars 2011 Cofonde Delair-Tech.
  • Octobre 2013 Lève 3 millions d'euros auprès d'investisseurs privés.
  • Avril 2015 Représentation commerciale au sein du Bub de Bpifrance.
  • Eté 2015 Ouvre une filiale au Mexique.
  • 2017 Compte une filiale sur chaque continent et devient chef de file mondial du drone professionnel.

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