Najette Fellache met le savoir en capsules

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Najette Fellache.
Najette Fellache. (Crédits : DR)
Avec une solution vidéo à la portée de tous, la nantaise Najette Fellache, 37 ans, créatrice de Speach.me, ambitionne de devenir une norme internationale dans la transmission des savoirs.

À l'image d'un chiffre d'affaires passé de 57.000 euros à 750.000 euros en deux ans, Najette Fellache est une femme pressée et ambitieuse. « C'est simple, on doit devenir le leader mondial de la transmission des savoirs », explique la fondatrice de la startup nantaise Speach. me, à l'origine d'une formule originale de transmission des savoirs. La solution s'articule autour d'une plateforme logicielle en mode Saas qui, en quelques clics, permet de réaliser une capsule vidéo de dix minutes où peuvent être incrustés du texte, des documents, du son, des images, des animations, etc.

Un script simplifié permet de détailler et de dérouler le contenu, agrémenté de quizz, d'enquêtes, de grilles d'évaluation... pour donner à ce module une vraie dimension pédagogique.

« Au cours de mes études, j'ai moi-même vécu ce décalage entre les besoins et la formation. Or, aujourd'hui, les nouvelles technologies offertes par le Web permettent d'accéder simplement à des savoirs en créant des modules hyper-agiles dans leur contenu, et déjouer ainsi les problèmes de mémorisation liés aux pertes d'attention », explique Najette Fellache qui, après une année d'études en médecine, s'est vite rendu compte que cet univers n'était pas pour elle.

Plus que la santé, elle préfère les sciences, la technologie et l'entreprenariat. Alors, elle passe un DUT en informatique et gestion, puis une licence en NTIC. Entrée à Cap Gemini comme consultante formatrice en développement informatique, à 23 ans, elle entreprend en parallèle un master 2 en management des entreprises. Passée à Softeam Cadextan, elle manage une unité de profit composée d'une trentaine de consultants formateurs, chargés d'accompagner la mue numérique d'entreprises dans les Pays de la Loire et en Charente-Maritime.

Transmettre savoir, savoir-faire et savoir être

À travers ces expériences, elle identifie les besoins et les carences des dispositifs de formation. C'est là, aussi, que s'affirme son goût pour l'entreprenariat.

« Je suis plus à l'aise dans la création et la prise de décisions que dans les organisations hiérarchiques », reconnaît-elle.

C'est là, encore, qu'elle croise Jérémy Rouet, ingénieur informatique, qui va devenir son associé, et prendre la direction des opérations techniques.

« Comme beaucoup de startups, on a démarré dans mon garage », raconte la jeune femme, aujourd'hui entourée d'une quinzaine de personnes, dont trois ingénieurs pédagogiques.

Il aura fallu deux ans de R & D pour mettre au point un dispositif capable de capter et transmettre savoir, savoir-faire et savoir être. « On n'a pas chômé ! », résume Najette, qui prend par ailleurs le temps de s'impliquer dans l'association des femmes du numérique [email protected], ainsi qu'au Conseil national du numérique.

Vite fait, bien fait, Speach.me propose désormais à tout un chacun de produire des capsules vidéo en moins de deux heures.

« Les clients veulent tout, tout de suite, alors on répond à un vrai besoin de captation en permettant de faire de l'édition en ligne sans connaître les logiciels de montage. Et on constate une vraie appétence pour nos produits », se réjouit Najette.

Confrontée à la perte de savoir-faire liée au renouvellement des générations et aux besoins de transmission de gestes techniques, l'industrie apprécie l'approche. Pour ce faire, les équipes de Speach. me ont conçu un kit vidéo comprenant micro, mini-caméra mobile, lunettes de captation vidéo, prompteurs... commercialisé de 3.000 à 5.000 euros, selon l'équipement fourni. Bref, tout le petit nécessaire pour réaliser soi-même un tournage en situation.

Chaussé de ses lunettes et d'un micro, à la manière d'un acteur de Mission impossible, l'opérateur se filme et commente les manipulations qu'il est en train d'effectuer pour raccorder tel ou tel dispositif. La prise de vue peut aussitôt être mise en forme et en ligne par l'opérateur lui-même, à partir de la plateforme dédiée, commercialisée en marque blanche.

« Il y a un vrai besoin pour expliquer les gestes techniques. Alors on construit les modèles avec nos clients. Et plus qu'un système pratique, on démontre la rentabilité financière de notre système par rapport aux formations classiques », assure la jeune chef d'entreprise.

Gérer le savoir au sein du CAC 40

Après avoir habilement rodé le concept en France auprès de grands noms de l'industrie, de la finance et des services, Najette Fellache entend faire de sa plateforme consacrée à la transmission des savoirs une norme internationale. Rien de moins. Et pour cause, le jeune startuppeuse affiche un catalogue « clients » séduisant, avec Erdf, Coca-cola, L'Oréal, BNP Paribas, Allianz, Natixis, Air Liquide... et surtout Airbus, qui fut le premier à adopter le dispositif déployé par Speach.me.

Au-delà de l'industrie, Najette Fellache vise plus largement les entreprises du CAC 40 et les marchés internationaux pour faire du concept Speach.me une véritable norme sur le marché de la formation, de l'apprentissage en ligne, des Moocs et autres tutoriels.

En trois ans, Speach.me a conquis près de 150 clients et créé une communauté de 170.000 « speachers », devenus une source d'échanges de bonnes pratiques et des ambassadeurs. Car si Najette estime avoir eu une bonne idée, elle n'entend pas en rester là. Sur son agenda : programmation du recrutement d'un directeur général et lancement d'une levée de fonds de 2 à 3 millions d'euros, qui annonce une déclinaison de Speach.me à Nantes, Paris et aux Etats-Unis. « Pour inonder l'Europe et l'Asie », lance-t-elle, avant de s'envoler pour les États-Unis pour la seconde fois en un mois...

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MODE D'EMPLOI

Où la rencontrer ? Dans le TGV Nantes-Paris de 6 h 30, dans une salle de sport pour une séance de Pilates ou à la piscine, le samedi après-midi.

Comment l'aborder ? En parlant des nouvelles méthodes d'apprentissage ou de mémorisation. Et pour ceux qui ne savent pas nager, il reste Linkedin et Twitter.

À éviter ! L'appel téléphonique : toujours attelée à plusieurs tâches en même temps, elle déteste les messages vocaux interminables.

TIME LINE

  • 1979 Naissance, le 21 septembre.
  • 2003-2007 Manager consultante formatrice, Sogeti - Cap Gemini.
  • 2007-2013 Responsable de secteur, Softteam - Cadexan.
  • 2013 Création de Speach.Me.
  • 2014 Trophée Femmes de l'économie.
  • 2015 Trophée Femme du numérique (Femmes de l'industrie)
  • 2016 Objectifs : une levée de fonds de 2-3 millions d'euros ; ouvrir un premier Speach.Me Store en France ; se déployer à l'étranger.

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Commentaires
a écrit le 20/03/2016 à 9:39 :
Le développement des technologies permet de remplacer les encyclopédies par des "capsules" très bien, les dictionnaires ont toujours été des supports de la transmission de connaissance, jamais la transmission elle-même qui est un mécanisme complexe qui s'accommode mal du "vite fait bien fait" "vite fait vite rentable"

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