Samuel Cohen, l'évangélisateur du « barter »

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Samuel Cohen
Samuel Cohen (Crédits : DR)
À 33 ans, le président de France Barter veut aider les entreprises à préserver leur trésorerie grâce à sa plateforme de troc, un réseau d'échange de biens et services entre professionnels.

Présenter son activité, c'est une musique qu'il connaît bien. Et pour cause : depuis quatre ans, Samuel Cohen s'emploie à populariser le barter (troc) en France. C'est donc en toute décontraction que l'entrepreneur de 33 ans achève les préparatifs de la conférence qu'il donnera le mardi 21 avril au Palais Brongniart, pour présenter sa plateforme d'échanges de biens et services entre professionnels.

Son ambition : aider les entreprises à satisfaire leurs besoins tout en préservant leur trésorerie

« Nous comptons 2300 entreprises dans notre réseau, dans tous les secteurs : des agences d'événementiel, des médias, des avocats, des comptables, des graphistes, des community managers, des entreprises de nettoyage, mais aussi un spa, des coursiers à vélo, un sommelier en ligne, un menuisier spécialiste de l'escalier en colimaçon, un fabricant de tapis de course à pied... », énumère Samuel Cohen, précisant que les professions médicales - comme les chirurgiens esthétiques - sont exclues.

« Nous aidons les entreprises à sortir de l'immobilisme. Nous permettons des rencontres entre entreprises qui ne se seraient pas connues sans nous. À l'inscription, un questionnaire permet d'identifier les besoins, puis notre algorithme et nos animateurs de communautés locales aiguillent les demandes. »

Chaque professionnel peut conclure un échange avec un autre inscrit, reversant une commission de 10% à la plateforme freemium, B2B En-Trade (B2b-en-trade.com), lancée en 2010. Ceux qui souhaitent sortir d'une relation bilatérale peuvent nouer des accords multipartites sur la plateforme premium France Barter, moyennant un abonnement annuel de 235 euros, et des commissions de 5 % sur chaque transaction.

« Certains affichent leur offre et son prix unitaire, d'autres fonctionnent au devis. Nous renseignons chaque entreprise sur le prix de marché constaté pour son offre, mais elle reste libre de fixer le montant de ses prestations, dans la limite de 10.000 barter-euros. »

Le barter-euro est la pseudo-monnaie inventée par Samuel Cohen et son associé Arthur Bard pour simplifier les échanges multipartites sur la plateforme France Barter, qu'ils ont cofondée en juin dernier. Le Parisien et le Lyonnais étaient concurrents, jusqu'à se trouver réunis par la DGCIS (renommée depuis Direction générale des entreprises) dans le cadre de l'élaboration d'un rapport sur le « Potentiel et les perspectives de développement des plateformes d'échanges interentreprises », publié en janvier 2013.

« Nous nous sommes très vite bien entendus. Samuel est facile d'accès, fédérateur et d'un optimisme sans limite. Il y a beaucoup de freins dans notre métier : il faut évangéliser le marché. Lui a la foi, et sait la transmettre. Il est doué en pitch, et il a beaucoup d'humour. Il ne se prend pas au sérieux », confie Arthur Bard, associé cofondateur de France Barter, qui dirigeait e-Barter à l'époque de leur rencontre.

Pour cette nouvelle structure bâtie ensemble, ils ont choisi le statut de SCIC

« Comme c'est la règle au sein d'une coopérative, chaque entreprise membre de France Barter en détient une part, associée à une voix pour voter aux assemblées générales. De même que tous nos salariés », prend soin de préciser Samuel Cohen.

L'équipe est aujourd'hui composée de six personnes à Paris, deux à Lyon, et de deux franchisés à Chambéry (Savoie) et à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe).

« Parmi les premières transactions locales, le torréfacteur guadeloupéen Cafés Chaulet a conclu un accord pour fournir en café trois traiteurs et un hôtel en métropole, en contrepartie d'un paiement en barter-euros - ou jusqu'à 50% en barter-euros et 50% en trésorerie. Il pourra ensuite utiliser tout ou partie de cette somme pour mobiliser les services d'une attachée de presse. »

Disert, Samuel Cohen se plaît à raconter en détails et avec enthousiasme les nombreux exemples d'échanges que compte sa plateforme premium.

Cette année, il espère réaliser 300.000 euros de chiffre d'affaires dont un tiers généré par la commercialisation en marque blanche de sa technologie.

« Nous avons reçu des demandes du Maroc, d'Algérie, du Luxembourg, de Pologne et de Côte d'Ivoire », se réjouit l'entrepreneur labellisé en « finance solidaire » par le pôle de compétitivité à vocation mondiale Finance Innovation.

« Samuel se distingue par sa capacité à coopérer, ce qui n'est pas si fréquent chez les entrepreneurs. Il a eu l'intelligence de fusionner avec son concurrent pour se déployer rapidement au niveau national. Il est flexible et courageux. Il aborde parfois certains projets avec un air de dilettante, mais il se donne à fond pour saisir les opportunités latentes », commente Maximilien Nayaradou, le directeur des projets R & D de Finance Innovation, qui a mis en relation Samuel Cohen et le Crédit coopératif.

« Samuel Cohen est déterminé par rapport à ses objectifs. Il se montre efficace, avance vite, tout en restant à l'écoute. Les échanges avec lui sont francs et directs. Les choses sont dites, et ce qui est dit est fait, parfois dès le lendemain », souligne Erwan Audouit, le responsable partenariats, recherche et développement du Crédit coopératif.

En janvier, un partenariat capitalistique et commercial a été conclu entre France Barter et la banque.

S'il identifie les opportunités, l'entrepreneur féru de boxe anglaise - qu'il pratique deux fois par semaine - sait aussi évaluer les risques. Une déformation professionnelle, en quelque sorte. Il a en effet travaillé comme assureur risques chez Coface Amérique du Nord, pendant trois ans - entre 2006 et 2009 - peu après avoir reçu son diplôme de mastère en entrepreneuriat de Neoma Business School et un master en droit international des affaires, commercial et fiscal à l'université Paris X-Nanterre.

« À l'époque, Samuel parlait déjà d'entreprendre. On voyait qu'il avait besoin de travailler pour luimême, de développer ses propres idées. Dans le travail, il était sérieux, volontaire et dynamique. Sa personnalité originale rendait le travail avec lui agréable. Il est ambitieux dans ses projets, mais il ne cherche pas à briller. Il avance dans la discrétion », souligne Céline Hartmanshenn, la vice-présidente de Coface Amérique du Nord.

De par son emploi, il est aux premières loges pour observer la montée en puissance de la crise et les défaillances en cascade après la chute de Lehman Brothers, mais il donne néanmoins sa démission en 2009, « tout tremblant, mais rempli de "l'enthousiasme américain" et de l'envie d'entreprendre ». Pas question pour lui de monter son entreprise aux États-Unis, « un marché trop concurrentiel, réservé à l'élite de l'élite entrepreneuriale ».

D'autant qu'il existe une centaine de réseaux de troc outre-Atlantique. Il décide donc d'importer le modèle en France. Bassiste à ses heures perdues, il avait envisagé une carrière dans l'industrie musicale, le temps de quelques stages à Universal Music où il négociait les droits liés au placement de musiques dans des films et des publicités, ou encore au sein du groupe Bolloré, où il a monté la webradio Nouveaux Talents. « Le secteur était alors en pleine crise, peinant à s'adapter à la révolution numérique. Monter une boîte dans ce secteur me semblait difficile », se remémore-t-il. Pas de quoi lui donner le blues, puisqu'il trace sa route dans la voie qu'il désirait : une vie rock'n'roll d'entrepreneur.

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MODE D'EMPLOI

Où le rencontrer ? Au Palais Brongniart. « Nous sommes installés à la Bourse de Paris jusqu'en juin dans le cadre de l'incubateur. C'est le plus simple pour me rencontrer. »

Comment l'aborder ? Parlez-lui de vos « actifs dormants ». «J'adore ce terme... et je pourrai vous aider à les faire fructifier ! N'hésitez pas à me raconter votre vie et à me poser des questions : j'apprécie la réciprocité. »

À éviter ! « Je suis exaspéré par les gens qui pensent avoir toujours raison. Et par ceux qui arrivent à cinq minutes de la fin de votre présentation, et qui vous retiennent à la fin au motif qu'ils n'ont rien compris. »

TIMELINE

  • AOÛT 1981 Naissance à Paris
  • 2006 Diplômé à la Neoma Business School et à Paris X-Nanterre.
  • JUIN 2006-JUIN 2009 Assureur risques à la Coface Amérique du Nord.
  • JUIN 2010 Fonde B2B En-Trade.
  • JUIN 2014 Cofonde France Barter au sein de l'incubateur Paris Finance Innovation.
  • AVRIL 2015 Ouvre une deuxième franchise à Pointe-à-Pître, en Guadeloupe, après Chambéry (Savoie) en octobre.
  • 2017 Le réseau compte entre 25 000 et 50 000 entreprises membres et dix bureaux, et se lance dans les échanges transfrontaliers.

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