Femme : la French Tech face à son plafond de verre

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Après avoir dirigé Le Camping, Alice Zagury est à la tête de l'accélérateur The Family, qu'elle a cofondé avec Oussama Ammar et Nicolas Colin.
Après avoir dirigé Le Camping, Alice Zagury est à la tête de l'accélérateur The Family, qu'elle a cofondé avec Oussama Ammar et Nicolas Colin. (Crédits : DR)
La French Tech est-elle misogyne, à l'exemple de la Silicon Valley ? Prenez garde lorsque vous posez la question : le sujet a vite fait d'en irriter plus d'un et surtout plus d'une. Combat d'arrière-garde ? Gesticulation médiatique ? La nouvelle génération du numérique prône un discours « transgenre ».

La French Tech refuse de perdre son temps à débattre en suiveuse de la Silicon Valley. Le temps des geeks exclusivement masculins est-il fini ? Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Les chiffres demeurent pourtant parlants. La filière française du numérique n'échappe pas à la tendance globale. Les femmes ne représentent que 7% des entrepreneurs des 125 start-up du baromètre France Digitale. Et d'après Syntec, elles ne totalisent que 27% des salariés du secteur.

Les ingénieurs, les webdesigners, les concepteurs demeurent majoritairement des hommes. Au-delà ? Deux filles - seulement - figurent sur les 36 startuppers de la sixième promotion de l'accélérateur de l'association Numa, Le Camping. Alors qu'à l'École 42, malgré la dénonciation dans les médias de sa « non-mixité », on ne recense toujours que 10% de jeunes femmes parmi ceux qui rêvent de devenir les Bill Gates de demain. Enfin, selon les résultats du baromètre 2014 de l'association Girls in Tech, seulement 13% des levées de fonds pour des sociétés du secteur sont accordées à des femmes. En valeur, le fossé est encore plus flagrant : elles n'obtiennent que 6 % des montants levés.

Pourquoi ? Marie Ekeland, investisseur dans le capital-risque (c'est elle notamment qui a mené l'introduction en Bourse de Criteo) et fondatrice de l'association France Digitale, le dit et le répète :

« Le problème ne repose pas sur une question de capacité, d'intelligence, d'esprit plus ou moins mathématique. Les femmes performent moins dans la high-tech tout bonnement parce qu'elles sont moins nombreuses au départ et qu'elles manquent de confiance en elles. »

Jusqu'à peu, la peur d'une vie trépidante, difficile à concilier, dans le cadre du schéma traditionnel stéréotypé, avec une famille, les dissuadait de passer seules à l'action.

« Nombre d'entre elles ont été tentées de se présenter en couple pour amadouer les banquiers et lever des fonds. C'est l'inverse qui s'est produit. Quand l'avenir d'une entreprise repose sur la création à deux, que l'amour et les affaires s'associent, les investisseurs sont plus méfiants. Au début, on voit la vie en rose ; mais quand arrivent les difficultés ? Quand les heures passées, les nuits et les week-ends attaquent le moral, beaucoup de couples n'y résistent pas. Quid alors de l'avenir de la société ? »

Les propos convergent : les représentantes de la French Tech pointent volontiers la trop forte concentration de testostérone dans le monde de la finance comme frein au développement de l'entrepreneuriat féminin. À la direction du marché des professionnels de la Caisse d'épargne, Florent Lamoureux réfute :

« Le temps où nous ne faisions pas confiance aux femmes est dépassé. Aujourd'hui, elles disposent d'une quantité formidable d'outils pour se lancer. Leur problème ? S'y retrouver, c'est une vraie jungle d'organismes, entre les CCI, les chambres de métier, les clubs d'entreprises... et de réseaux. Il existe énormément de portes, mais on ne sait pas à laquelle frapper. »

Pour y voir clair, des incubateurs comme Paris Pionnières qui se déploie désormais dans toute la France, jouent les éclaireurs. Globalement, la nouvelle génération regrette l'absence de dialogue avec ses pairs et le manque de modèles emblématiques auxquels s'identifier.

« Endurance et exigence à toute épreuve »

Celles qui désormais servent d'exemples sont plus proches d'elles. Elles sont apparues récemment dans la lumière. Telles la Montpelliéraine Rachel Delacour (Bime), lauréate des Tribune Women's Awards 2014 et Mathilde Collin (Front), qui a réussi à lever des fonds supérieurs à 3 millions d'euros à l'automne dernier. À la tête de The Family, un incubateur qui accompagne 200 start-up, Alice Zagury est l'une des figures phares de la nouvelle génération. C'est une militante de la technologie tous azimuts. Dans sa structure elle s'emploie à encourager la réussite des filles.

« Nous avons un principe : nous recevons systématiquement toutes les candidates qui nous envoient leur dossier. Pourquoi ? Parce que lorsqu'elles en sont au stade où elles envoient leur dossier, il leur a certainement fallu décupler leurs forces pour se hisser au même niveau que leurs petits camarades. Pour réussir autant qu'un homme, les femmes doivent faire preuve d'un caractère, d'une endurance et d'une exigence à toute épreuve. »

Ces nouvelles « startuppeuses » vont vite et ne s'encombrent pas de schémas d'arrière-garde. Le monde est un village, elles en font partie. Qui se met au travers de leur route est combattu d'égale à égal.

Leur leitmotiv n'est pas la revendication féministe. Il rejoint la préoccupation première : la priorité en France doit aller à l'enseignement du code au plus grand nombre. Au travers notamment de coding camps (sessions collectives d'apprentissage et de pratique du codage), mixtes ou non. Et l'encouragement par des opérations de sensibilisation aux carrières scientifiques dans les collèges et les lycées, mais aussi par l'attribution de bourses à des postbac pour que les jeunes filles fassent plus volontiers carrière dans le numérique.

Véronique di Benedetto, présidente des Femmes du numérique, en est persuadée « C'est à nous de convaincre les femmes, de leur expliquer et de les motiver sur le formidable potentiel que le numérique représente pour elles. Le secteur possède de très nombreux débouchés ; il est créateur d'emplois qualifiés à forte valeur ajoutée. Trentesix mille nouveaux recrutements sont attendus à l'horizon 2018. Les femmes y ont toute leur part. »

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Commentaires
a écrit le 15/04/2015 à 15:56 :
Le simple mot de "parité" en accroche de la photo est une insulte au talent et des femmes et des hommes d'un secteur qui ne vaut que par l'engagement personnel et la qualité de la production. Personne ne veut parler de ce qui fâche, PC oblige, mais quand une équipe se constitue autour d'un projet initial (je ne parle pas au sein d'une entité déjà existante) ce sont les affinités et la cohésion qui priment. Personne en trouve à redire à des équipes qui se constituent ainsi, fussent-elles uniquement féminines, masculines ou tout autre. Il n'y a là aucune expression de critère, mais la réalité de l'alchimie d'une création. Vouloir introduire de la parité dans ce système est le plus sûr moyen de le faire échouer. Et comme par hasard, comme pour toutes les autres soit disantes normes ainsi imposées, on favorise les grands groupes au détriment des créateurs individuels et des petites structures innovantes. Qu'il soit possible de lire autant de tribunes totalement déconnectées de la réalité sur ces sujets est sidérant. Celle-ci est une des premières qui parle bon sens et expose la réalité. Merci.
Réponse de le 19/04/2015 à 17:40 :
Vous êtes en plein fantasme !!! Qui parle « parité » Dans le monde professionnel nous ne parlons que de « mixité », c’est-à-dire encourager les décideurs à prendre des mesures objectives pour que le sexe sous représenté sectoriellement progresse et notamment au-delà du « plafond de verre » c’est-à-dire sur tout le champ des responsabilités et de la prise de decision ….Sans cela votre plaidoyer est biaisé dès le départ, on ne peut créer une osmose de diversité de compétences dans une équipe qu’avec des principes correctement établis à l’origine et sans préjugés, donc sans choix genres discriminant ce qui n’est pas le cas actuel… Cette démarche peut aussi s’appliquer à d’autre critères tel que l’âge ou l’origine qui sont cumulatifs pour les femmes Quant à La Parité est le reflet de la Démocratie, elle est promue avec ou sans contraintes dans les instances représentatives du monde politique, économique et social, en effet, l’autre moitié de l’humanité a aussi le droit d’avoir en rôle dans l’évolution du monde qui les entoure…Ce n’est certes pas flatteur mais le rythme de féminisation des décideurs et les réticences culturelles font que la progression est loin de suivre les cursus et l’attente des jeunes diplômées ….Nous ne demandons que cela que votre beau principe soit la règle ….Mais la réalité c’est que le monde du travail est encore hostile aux femmes car il remet en cause des vieilles coutumes désuètes…Il faut donc bien passer par l’action politique pour créer égalité et justice
Réponse de le 06/05/2015 à 16:35 :
à subir régulièrement vos diatribes sur tout sujet vous permettant, même vaguement, de justifier votre discours, il est clair que vous n'avez aucune idée de ce qu'est le monde de l'entreprise. Donc remisez vos grandes déclarations "dans le monde professionnel, nous ne parlons"... Et juste pour rigoler, vous m'expliquerez en quoi 27% vs 73% n'est pas une mixité. C'est simplement que le mix ne vous convient pas.
Réponse de le 10/05/2015 à 14:11 :
Si démasquer les propos à tendance sexisme bienveillant de votre paternalisme, vous parait injurieux, oui je l’assume ainsi que celui du poncif élimé de la féministe hystérique couplé à celui de son imbécilité produit par son inconsistance…Je touche au domaine de la « Compétence » sorte de don naturel dont les hommes seraient beaucoup mieux pourvu et qui pour eux ne relèverait d’aucune suspicion…Ce sont les rôles que l’on nous assigne qui créent nos aptitudes et pas l’inverse : Apres 40 ans de loi Roudy, il est faux d’affirmer que les femmes ont investi les seules places correspondant à leur potentiel acquis et qu’il ni aurait pas d’environnement culturel culpabilisant visant à les maintenir « à leur place ancestrale »
Ne pas compter que sur la discrimination ne veut pas dire renoncer à l’action contre une injustice...Dans le domaine récent des nouvelles technologies, le volontarisme est bien sur une bonne voie malgré tous les non-dits des interviewées…Comme disait Sartre « Moitié victime, moitié coupable comme tout le monde »...La mixité est certes qu’une ouverture faites à notre sexe , c’est pourquoi il faut y mettre de l’égalité pro et de la promotion du leadership féminin, sinon effectivement la mixité non représentative devient normative, tout autant que les mix Directeur /assistante, Professeur/infirmière, etc…C’est un concept stéréotypé que de considérer la « Fâme » comme un être humain spécifique avec ses tares innées , c’est bien un homme comme les autre sur le plan cognitif , les différences biologiques ne veulent pas dire infériorité .Si nous admettons cela, nous devons évoluer culturellement comme sur le racisme. Il n’y a aucune rationalité a voir la féminisation fut elle à pas forcés comme une contrainte de discrimination positive qui dévaloriserait les activités concernées …C’est le résultat d’une volonté de mieux éduquer nos filles, rien n’est volé aux hommes…Rappelons toutefois l’itinéraire en oubliant l’élitisme de l’article, 2/3 des emplois peu qualifiés sont occupés par les femmes alors même qu’elles sont en moyenne plus diplômées que les hommes .Cela c’est du factuel, et comme dans tout projet innovant il faut analyser les données d’entrée pour apporter des solutions.
Réponse de le 15/05/2015 à 21:43 :
plutôt que de reformuler comme cela vous convient pour redérouler inlassablement le même discours. Je me moque au fond de vos positions en tant que telles. Chacun a droit à son opinion. Ce qui est insupportable, c'est que vous ne répondez jamais aux objections ou questions. Comme s'il vous importait plus de paraitre que de convaincre qui que ce soit. Vous n'êtes pas dans une logique de débat, mais de combat. Parfait. Mais cela n'apporte rien.
Réponse de le 19/05/2015 à 14:00 :
Mais vous ne posez aucune question, ni n’ouvrez aucun débat ! Simplement vous fantasmez sur une « parité » qui serait imposée en entreprise on ne sait par quel pouvoir ??!!…..La promotion de la féminisation de ces métiers telle que décrit dans l’article ne s’appuie pas sur les études de genre, il n’en reste pas moins vrai que son objectif est d’augmenter le pourcentage de femmes dans l’industrie du numérique parce que cette mixité fonctionne aussi et les retours analysés sont généralement plutôt positifs .Effectivement à chacun ces recettes.et je suis bien sûr d’accord avec vous qu’il faut bien choisir les ingrédients ….C’est plutôt à vous d’expliquer en quoi cela vous dérange que les femmes créent des réseaux pour s’investir et pourquoi cette suspicion sur la performance des équipes formées par ces nouvelles entrantes….C’est bien votre discours qui n’est que de la gesticulation, l’égalité professionnelle est la même quelle l que soit la manière dont on l’aborde. Cette méthode moins frontale vous convient mieux, alors c’est entendu, il n’y a que investissement qui compte….Je trouve l'accroche Parité de la photo sans fondement , mais il suffit de le dire , sans dénaturer le but recherché..
a écrit le 02/04/2015 à 16:57 :
Le sexisme est une discrimination.
Le jeunisme aussi.
Mais seniors, tout le monde le deviendra :)
a écrit le 13/03/2015 à 19:37 :
Biensur qu'il faut se battre contre les discriminations et pour l'égalité ! J'encourage les femmes à le faire ! Mais notez que y a pas que des discriminations sur le sexe, y a aussi sur : l'age , le poids, la taille, les origines, la religion ! A mon avis, beaucoup de patrons français discriminent sans aucun complexe, car ils savent qu'ils ne seront jamais punis. Et y a des lois contre ça, mais elles sont presque jamais appliquées, alors quelles sont vos solutions concrètes ?

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