Quel avenir pour le travail ?

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Difficile de prédire ce que sera le travail à horizon 15 ou 20 ans dans un contexte de transformation numérique. Tout l'enjeu consiste à adapter les modes d'organisations des entreprises à ces ruptures technologiques qui modifient la nature même du travail. Par Philippe Boyer, directeur de l'innovation, Foncière des Régions

Qu'aurait pu écrire Bertrand Russel (1872-1970) en ces temps de campagne électorale où le mot « travail » se trouve projeté au centre des débats ? En faisant paraitre, en 1932, « Éloge de l'oisiveté[1] », le mathématicien-philosophe, par ailleurs membre de l'aristocratie britannique tout en ayant milité de nombreuses années au Parti travailliste, n'avait alors qu'une idée, certes polémique : promouvoir la baisse du temps de travail au profit d'un temps libre consacré aux « loisirs studieux ».

En ces années de taylorisme triomphant où les idéologies socialistes et capitalistes s'opposaient frontalement, Russel choisit d'inscrire sa réflexion iconoclaste dans une problématique sociale pour comprendre l'origine des inégalités et imaginer une nouvelle organisation politique de la société. Pour lui, pas de doute, « la cause des grands maux dans le monde moderne» provient de l'association malheureuse entre « travail » et « vertu ». En clair, la glorification de la sueur n'étant destinée qu'à entretenir une « morale d'esclaves » et d'en déduire qu'à « l'ère de l'abondance » rendue possible par l'industrialisation, la valeur travail se doit d'être repensée.

Pour le philosophe utopiste, la « source du bonheur universel » ne peut advenir que par une baisse significative du temps de travail (il va même jusqu'à recommander 4 heures par jour...), condition pour que « le bonheur et la joie de vivre prennent la place de la fatigue nerveuse, de la lassitude et de la dyspepsie. » Si un tel détour philosophique n'a d'autre intérêt que de rappeler que la question du travail reste plus que jamais au centre des enjeux économiques et politiques de nos sociétés, le « travail », tantôt facteur d'épanouissement personnel ou vu comme enjeu d'aliénation, n'en finit pas d'évoluer du fait de la diffusion de nouvelles technologies et d'un environnement économique mondial concurrentiel.

Mutation du travail

Entre ceux qui préfigurent la disparition du salariat et d'autres, plus radicaux, qui annoncent la fin du travail, il est bien sûr impossible de prédire la future nature de ce que sera le travail dans les 10, 20 ou 50 prochaines années. Une chose semble néanmoins certaine : le numérique, la robotique et l'intelligence artificielle, souvent annoncés comme destructeurs d'emplois par quelques « techno-prophètes », devraient être à l'origine d'une mutation et non une disparition du travail. En la matière, chaque fois que le progrès et les innovations remettent en cause les habitudes, dont celles sur le travail, un discours anxiogène se répand, sapant les espoirs placés dans le progrès technologique. Il y a déjà plus de vingt ans, l'économiste américain Jeremy Rifkin prophétisait « la fin du travail» suite à l'arrivée massive des robots et de l'informatique.

Plus proche de nous, en septembre 2013, les universitaires Carl Benedikt Frey et Michael Osborne[2] faisaient paraitre une étude alarmiste concluant que près de 47% des emplois américains étaient «potentiellement automatisables à une échéance non spécifiée, peut-être une décennie ou deux ». Depuis, d'autres études plus nuancées[3] avançant qu'à peine 10% métiers seraient en danger du fait de l'automatisation. Comme souvent, bon nombre d'études qui paraissent sur ce sujet se focalisent presque exclusivement sur le « passif » en omettant de mettre en lumière « l'actif », en l'occurrence les créations d'emplois issues de ces mutations. En suivant ce raisonnement manichéen, il y a fort à parier que nous en serions à encore recenser le millier d'ouvriers soudeurs, forgerons et autres architectes de marine ayant disparu de la construction navale en omettant de citer les millions de nouveaux emplois créés du fait de l'émergence de nouveaux moyens de transport (aviation civile et automobile).

Quelles futures organisations du travail ?

S'il est évident que l'actuelle révolution technologique sera source de création et de destruction d'emplois, l'important est de pouvoir comprendre comment ces emplois de demain s'intégreront aux organisations du travail mis en place dans les entreprises et les administrations. C'est tout le pari du dernier rapport de France Stratégie[4], Imaginer l'avenir du travail - Quatre types d'organisation du travail à l'horizon 2030. Ce document prospectif met en avant 4 pistes d'évolutions des modes d'organisation du travail :

  • Il y a d'abord l'hypothèse d'un fort développement des « organisations apprenantes » dans lesquelles le travailleur est largement autonome tout en bénéficiant d'un cadre managérial participatif. « Décentralisation des décisions, autonomie, enrichissement du travail, apprentissage, travail en équipe... sont les maîtres mots de cette forme d'organisation ».
  • Dans le même temps, et afin de s'adapter à un contexte concurrentiel toujours plus marqué, les entreprises continueront à privilégier des modes d'organisation souples, flexibles et connectés « capables de générer rapidement des produits et des services innovants et de qualité pour se différencier sur le marché mondial ». Bienvenue dans l'ère des « plateformes collaboratives virtuelles » ! Comme le précise Gilles Babinet dans son dernier essai consacré à la transformation digitale des entreprises et à l'avènement des plateformes[5], « les entreprises, quelles qu'elles soient, ont vocation à devenir des plateformes, c'est-à-dire à être au cœur des interactions (fournisseurs, clients, salariés...) qui leur permettent de remplir leur mission au mieux. »
  • Enfin, et pour les deux dernières formes explorées, le modèle du « super-intérim » et le « taylorisme new age », l'étude avance que ces autres formes d'organisation ultra-flexibles, appuyées sur des réseaux de communication très rapides, pourraient faire disparaitre le modèle (par ailleurs déjà largement écorné) d'employeur et de contrat de travail uniques.

Comment travaillerons-nous demain ? Cette question continue de hanter les réflexions philosophiques, économiques et politiques dans un contexte où, nous dit-on, nos emplois seront peut-être (tous) remplacés par des robots équipés d'intelligences artificielles. Pour l'heure, et s'il n'est pas facile de se frayer un chemin entre prophéties techno-alarmistes et appels à la raison au nom du progrès économique et social, il est certain que de profonds changements s'annoncent. À coup sûr, ils transformeront notre réalité du travail comme la révolution industrielle l'a fait en son temps. Face à cela, il reviendra à, chaque acteur concerné de remodeler sa façon de produire, repenser sa façon de travailler, réécrire le droit du travail et de la protection sociale pour s'adapter à ces nouvelles formes d'emplois. Autant d'enjeux que Russel aurait peut-être pu nous aider à décrypter s'il s'était lui-même penché sur cette question en ce début de XXIe siècle.

[1] http://www.editions-allia.com/fr/livre/286/eloge-de-loisivete

[2] http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/downloads/academic/The_Future_of_Employment.pdf

[3] http://www.oecd.org/employment/future-of-work.htm

[4] http://www.strategie.gouv.fr/document-de-travail/imaginer-lavenir-travail-quatre-types-dorganisation-travail-lhorizon-2030

[5] http://www.le-passeur-editeur.com/les-livres/essais/transformation-digitale-l-av%C3%A8nement-des-plateformes/

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a écrit le 07/05/2017 à 18:27 :
Une vue qui me semble pertinente d'ATTALI. Qu'il soit de droite ou de gauche ... peut importe, c'est la réflexion qu'il faut écouter !
:
http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/bourdin-direct-jacques-attali-2002-450306.html
a écrit le 07/05/2017 à 17:10 :
Il y a d'abord l'hypothèse d'un fort développement des « organisations apprenantes » dans lesquelles le travailleur est largement autonome tout en bénéficiant d'un cadre managérial participatif. « Décentralisation des décisions, autonomie, enrichissement du travail, apprentissage, travail en équipe... sont les maîtres mots de cette forme d'organisation ....
Moi j’appelle cela un robot, simplement. Nous en verrons le résultat ce soir car la mutation a déjà commencé... Et ça fait pêur.
a écrit le 06/05/2017 à 22:20 :
Voir le travail comme un monde virtuel est une arnaque digne des "sites de rencontre"!
a écrit le 06/05/2017 à 16:32 :
De la fameuse "valeur travail".
Le progrès et l'inventivité détruisent une forme de travail. On pourrait aussi en conclure que l’intelligence détruit du travail.
Il faut sortir de la culture bête et méchante du travaillisme (rien à avoir avec le parti), ou pire, d’ériger le travail comme une sorte de religion.
La "valeur travail" n'est qu'un prétexte ou une fainéantise intellectuelle pour inciter des êtres humains à devenir encore plus productifs. Le taylorisme n’étant qu'une tentative, parfois maladroite d'une meilleure organisation du travail ou d'un plus grand productivisme.
Un modèle tout de même très hiérarchisé (qui conviendrait très bien à des robots). Or depuis, le travail collaboratif prouve qu'une approche intelligente du travail est possible et est souvent plus efficace.

Entre épanouissement professionnel et épuisement professionnel.
Pour une société évoluée le problème à résoudre en priorité ne devrait pas être celui d’éviter la destruction du travail, mais celui d’éviter la destruction par le travail. Dans le monde, chaque année 2 millions d’êtres humains meurent du travail et des maladies professionnelles (estimation du BIT). Soit 5000 par jour et les chiffres sont en augmentation.

Toute disparition des tâches pénibles devrait être saluée comme un progrès et non comme un échec. Reste à résoudre l'aspect social ou sociétal. Fondamentalement, le problème n'est pas celui du travail, mais celui de la répartition des richesses produites.
C'est presque mathématique, puisque 8 hommes possèdent à présent la moitié de la richesse mondiale.
Cela voudrait dire qu'ils ont travaillé autant que 3.7 milliards d’êtres humains ?
je demande à voir.
Réponse de le 08/05/2017 à 7:50 :
Vous avez raison; le problème n'est pas celui du travail mais celui de la répartition des richesses produites. Il faut répartir les charges sociales sur la production ET sur la consommation. Qui nous l'expliquera pour que nous le comprenions?
a écrit le 06/05/2017 à 13:19 :
Suite. Je précise que cela correspond à appliquer la note n°6 du CAE. Ce prélèvement sur l'énergie serait favorable à la protection du climat. Qui est capable de le comprendre?
a écrit le 06/05/2017 à 12:38 :
faire évoluez le travail non delocalisable en France dépendras de la reforme des impots , j ai vue beaucoup de grosse entreprises et de gros magasin ferme ses derniere annees a cause des impots trop lourd , la France peut s en sortir en devenant un grand pays touristique, nos campts de vacance a la montagne et a la mer l art et la culture nos muses nos monuments nos bibliotheques la science la gastronomie la restauration e avec nos produits de l agriculture raisonne et bio et nos ecoles de recherche et de formation de jeunes cadres de tous pays nous avons de grand medecin de grand chirugiens BREF NOUS AVONS TOUS A CONDITION QUE TOUT CE VIVIER D EMPLOIES POTENCIEL NE SOIT PAS DETRUIT PARS DES CHARGES ET IMPOTS TROS LOURS.???
Réponse de le 08/05/2017 à 8:48 :
en gros l avenir de la france que vous poropsez c c est d etre comme l egypte : une destination touristique ...
a écrit le 06/05/2017 à 10:51 :
La conclusion est pour moi la suivante: il faut financer le temps rendu disponible avec un prélèvement sur l'energie

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