Big Data... doit encore grandir

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Gilles Babinet, Président de Captain Dash  et Digital Champion auprès de la Commission européenne.
Gilles Babinet, Président de Captain Dash et Digital Champion auprès de la Commission européenne. (Crédits : DR)
La Tribune lance avec Gilles Babinet et plusieurs professionnels du secteur un nouveau blog entièrement consacré à la révolution Big Data. Pour ce premier post, nous mettons l'accent sur le décalage entre les grandes entreprises et les startups dans la culture de la data et l'interaction avec la multitude. Bref, il y a encore des progrès à faire. Aujourd'hui, Gilles Babinet, entrepreneur et digital champion auprès de la Commission européenne, ouvre le ban.

Big Data entre dans l'âge de l'adolescence. S'il y a un peu plus de dix ans, des acteurs comme Google ou Yahoo, et si des chercheurs comme Doug Cutting ont permis son essor en créant des dynamiques technologiques essentielles (HDFS, puis Map Reduce ou Hadoop), la généralisation de ces techniques n'a finalement été rendue possible que parce que les besoins des nouvelles startups de l'ère 2.0 étaient considérables tant les quantités de data qu'elles génèrent sont importantes.

Il y a là une conséquence du « Touchpoint » (1), du fait d'être sans cesse en relation avec la multitude, d'échanger de la donnée avec des millions d'applications. Ainsi, une entreprise comme «MyLittleParis » interagit en permanence avec plus d'un million d'applications installées qui sont « interrogées » une fois toutes les trente secondes et mises à jour que l'utilisateur y soit directement actif ou pas.

Des progrès à faire dans l'interaction avec le client

Mais cette culture est-elle unanimement acquise, aussi bien dans les startups que dans les entreprises plus traditionnelles ? Les travaux que j'ai récemment menés sur les entreprises du CAC40, et également sur des entreprises plus petites (ETI et PME), semblent démontrer le contraire. La culture de la data et du « Touchpoint » y est faiblement répandue. Un concessionnaire automobile n'interagit avec ses clients qu'une fois tous les 18 mois en moyenne, tandis que Facebook le fera 7 fois par jour avec une base de 1,7 milliard d'individus !

Cette culture du « Touchpoint » impacte donc diversement les segments économiques. Dans beaucoup d'entreprises que l'on croit riches de données personnelles (le monde de l'assurance par exemple), la connaissance client est en réalité incomparablement plus pauvre que ce que l'on pense et les données y sont particulièrement hétéroclites : une opération marketing aboutit trop souvent à la création d'un nouveau fichier avec un nouveau référentiel client, difficilement compatible avec ce qui préexiste.

En attendant l'essor d'une vraie culture de la donnée

Dix ans après l'apparition des premières équipes de data scientists au sein des grandes entreprises, les résultats sont en conséquence mitigés : peu de « découvertes » de nouvelles opportunités ont été mises à jour par la donnée. Si l'espoir demeure, c'est surtout du fait des développements spectaculaires de l'intelligence artificielle dont les clusters de type Big Data sont une brique élémentaire essentielle.

La crise d'adolescence pourrait durer jusqu'à ce qu'une vraie culture de la donnée se crée au sein des entreprises traditionnelles. La mise en place de vrais projets industriels de création de plateformes de données, exposant celles-ci de façon unifiée, n'est pas une option, tout comme le fait de tout faire pour accroitre le « Touchpoint » ou la fréquence des points de contacts électroniques avec les parties prenantes de l'entreprise. Car autant le dire aussi abruptement que possible : les entreprises doivent devenir des plateformes d'interaction de données avec leurs écosystèmes économiques et celles qui n'y parviendront pas devraient normalement disparaitre, désintermédiées par celles qui auront créé des gains de productivité et de qualité de service du fait de leur connaissance client.

Cette culture de la donnée passe par des formations soutenues et largement distribuées au sein du management (2), de sorte que les cultures traditionnelles évoluent fortement. Il y a lieu de tirer le signal d'alarme tant la vitesse d'adoption de ces connaissances et leur mise en application semble en retrait de ce que l'on observe au sein des acteurs emblématiques de la révolution digitale.

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(1) le Touchpoint représente le nombre de fois où les entreprises digitales sont en relation avec leurs utilisateurs. Ainsi Facebook communique 7 fois par jour en moyenne avec 1,7 milliards d'individus.
(2) voir à ce sujet le Mooc que j'ai dirigé avec Learn-Assembly, lancé le 15 octobre.

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