La protection des données personnelles, une priorité pour les marques ?

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D'après l'enquête 2016 du cabinet BCG auprès de 8.000 personnes aux Etats-Unis et dans 5 pays d'Europe, les Français seraient les plus méfiants à l'égard des entreprises: 62% des Français interrogés considèrent que les entreprises ne respectent pas le caractère privé de leurs données.
D'après l'enquête 2016 du cabinet BCG auprès de 8.000 personnes aux Etats-Unis et dans 5 pays d'Europe, les Français seraient les plus méfiants à l'égard des entreprises: 62% des Français interrogés considèrent que les entreprises ne respectent pas le caractère privé de leurs données. (Crédits : Flickr/r2hox. CC License by.)
Lorsque les Français -malgré leur méfiance massive- acceptent sans ciller les ajustements réguliers de chartes de confidentialité digitales, faut-il, en tant que marque, se montrer bon élève et appliquer la nouvelle législation européenne sur la protection des données ? Par Stéphanie Courtois, DG, Le Club des Annonceurs.

Alors que le TES*, le nouveau fichier de l'Etat regroupant de nombreuses données personnelles  sensibles, fait polémique, la disparité entre les comportements des Français et leurs déclarations interpelle.

Ainsi, d'après l'enquête 2016 du Cabinet BCG auprès de 8.000 personnes aux Etats-Unis et en Europe, les Français seraient les plus méfiants des 6 pays à l'égard des entreprises. 62% des Français interrogés considèrent que les entreprises ne respectent pas le caractère privé de leurs données. Pour plus de 80% des sondés, les données bancaires, fiscales, mais aussi celles concernant leur santé ou leurs enfants, sont une affaire privée.

Méfiance maximale mais consentement tacite accordé

Pourtant, avec la démultiplication des objets connectés et de leurs capteurs, de nombreuses données personnelles sont transmises à différents opérateurs, avec le consentement tacite de leurs utilisateurs : rythme cardiaque sur les montres, informations sur la conduite dans les voitures connectées, accès aux albums photos pour de nombreuses applications et messageries...

Finalement, faut-il, en tant que marque, se montrer bon élève et appliquer la nouvelle législation européenne sur la protection des données, lorsque les Français acceptent sans ciller les ajustements réguliers de chartes de confidentialité digitales, autorisant par exemple des publicités « plus pertinentes car mieux ciblées » ?

Gageons que les actes de foi faits par de grandes entreprises seront récompensés dans le futur.

La Poste et la confiance historique des Français

Prenons exemple du groupe La Poste, prolixe en innovations facilitant la vie domestique : offre "Veillez sur mes parents" en automne dernier ou lancement de l'appli Digiposte+, véritable coffre-fort numérique et désormais appli pro-active (campagne de publicité d'octobre 2016). La Poste parie tout particulièrement sur le rapport de confiance historique créé entre les Français et leurs postiers.

Le groupe a ainsi  formalisé ses engagements le 25 mai dernier, sa charte de la data, digne d'un serment d'Hypocrate. Désormais, en plus du secret des correspondances,  les 260.000 Postiers s'engagent à respecter la confidentialité des données personnelles électroniques des Français. Reste à savoir comment instaurer cette relation de confiance sur de plus jeunes générations, moins habituées à la visite des voitures ou vélos siglés, si ce n'est pour les achats e-commerce.

Crédit Agricole : une charte data pour 52 millions de clients

Les acteurs bancaires, qui ont déjà acquis une légitimité historique sur les données confiées, ont eux aussi un véritable enjeu d'extension de leur crédibilité à d'autres informations. Ainsi, le Crédit Agricole a annoncé la mise en place de sa nouvelle charte Data pour ses 52 millions de clients dans le monde pour début 2017.

Ces actes de foi ne sont pas sans rappeler les récents rapports de force entre le FBI et Apple et le refus de ces derniers, renouvelé en octobre dernier, de dévérouiller le portable d'un présumé terroriste.

L'affaire Apple/FBI : le prix de la crédibilité ?

Par la multitude des informations gérées sur les téléphones mobiles (photos, géolocalisation, navigation sur internet, paiement dématérialisé... ), les constructeurs et opérateurs sont des interlocuteurs privilégiés. Il paraît essentiel qu'ils assoient leur légitimité, lors de ces prises de position largement médiatisées.

Citons enfin,  dans l'univers de la cyber-sécurité, l'originalité des dernières campagnes de Norton, marque du groupe Symantec, en pleine expansion : docu-fiction sur le cybercrime "The Most Dangerous Town on the Internet - Where Cybercrime Goes to Hide" ou plus récemment #RaiseYourVoice, campagne contre le "cyberbullying" (harcèlement des jeunes via les réseaux sociaux). Sur des populations plus averties, gourmandes de séries sur les hackers comme "Mr Robot", l'enjeu sera probablement autant la créativité dans les prises de parole que la crédibilité des promesses.

Alors, oui, la protection des données personnelles s'impose d'elle-même comme une priorité, les marques se sont emparées du sujet et notre responsabilité à tous est de savoir la rendre effective de manière intelligente et surtout en toute transparence avec le consommateur.

(*) TES pour "titres électroniques sécurisés"

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Commentaires
a écrit le 14/06/2017 à 11:06 :
Découvrez Les Nouveaux Loups du Web, le film sur l'utilisation de nos données privées sur Internet.
Que se passe-t-il lorsque nous ne lisons pas les conditions générales d'utilisation sur internet avant de cliquer sur "j'accepte"?
Comment sont utilisées nos données ?
Un film indispensable pour que le public prenne conscience de ce qui est réellement fait de nos données personnelles !
N'hésitez pas à vous rendre sur Jupiter Films pour en savoir plus !
a écrit le 23/01/2017 à 11:35 :
Consentement tacite ou résignation ? Face à des états laissant tout faire et n'importe quoi aux propriétaires des capitaux et outils de production...

Je suis le premier à savoir qu'il faut lire tout contrat que l'on signe mais je suis le premier aussi à cliquer sur "oui j’accepte les termes du contrat" sans lire les 2307 pages dudit contrat.

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